Le sous-traitant automobile Dumarey Powerglide, qui fabrique notamment des boîtes de vitesse à Strasbourg, a perdu son plus gros client et se dirige vraisemblablement vers une « restructuration de grande ampleur », a appris l'AFP ce mercredi de source syndicale.
C'est une mauvaise nouvelle pour le tissu économique strasbourgeois. Le sous-traitant automobile Dumarey Powerglide a perdu son principal client, l'allemand ZF. Conséquence, « un fonds de garantie de 60 millions d'euros a été mis en place, cet argent est bloqué et sera utilisé pour un éventuel plan social » et l'accompagnement des salariés licenciés, a déclaré Laurent Julien, secrétaire CFDT du Comité social et économique (CSE), confirmant une information des Dernières nouvelles d'Alsace.
L'entreprise emploie actuellement 591 salariés en CDI. « On était sous le spectre d'un redressement judiciaire et d'une procédure de sauvegarde, mais celle-ci est finalement annulée », a poursuivi Laurent Julien. « Ces 60 millions c'est quelque part un soulagement pour nous mais il va y avoir de la casse sur l'emploi : on se dirige vers une restructuration de grande ampleur, inédite. Je m'avance peut-être un peu mais je m'attends à plus de 200 salariés licenciés. »
« Quand on se rappelle qu'on était plus de 2.500 du temps de General Motors (avant la reprise de l'entreprise en 2013, ndlr) et aujourd'hui on va se retrouver à 400 salariés, c'est une grande tristesse », a encore noté le représentant syndical.
Sous-traitant automobile
Dumarey Powerglide produit des composants et des boîtes de vitesses pour différents équipementiers automobiles, dont l'allemand ZF, lui-même fournisseur du constructeur BMW. L'entreprise strasbourgeoise produisait il y a quelques semaines encore 1.550 boîtes de vitesse par jour pour ZF, à destination de véhicules thermiques.
Mais la société ZF a annoncé la fin de ses commandes de boîtes de vitesse, à compter du 30 août : « Cette annonce entraîne la perte de près de 85% du chiffre d'affaires de Dumarey Powerglide », s'était alarmé lors de cette annonce l'intersyndicale CGT-CFDT, dénonçant la « situation de dépendance économique abusive » dans laquelle avait été placé le sous-traitant strasbourgeois.
« Les 60 millions d'euros ont été mis sur la table par Dumarey mais également par ZF : le client reconnaît donc sa responsabilité dans la situation en contribuant ainsi », a repris Laurent Julien.« On attend maintenant qu'ils annoncent un plan social, il faut entrer en phase de négociation. »
Sollicitée, la direction de l'entreprise n'a pas donné suite dans l'immédiat. Dumarey Powerglide est issu du changement de nom de Punch Powerglide en 2023.
La situation dramatique dans laquelle se retrouve plongé Dumarey Powerglide n'est pas sans lien avec la crise très dure que vit l'industrie automobile allemande. En août, seules 197.322 voitures ont été immatriculées outre-Rhin, soit 27,8% de moins qu'un an plus tôt, a indiqué l'Agence fédérale pour l'automobile (KBA) dans un communiqué.
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En cause, le marché de l'électrique : il a plongé de 68,8%, avec seulement 27.024 voitures électriques écoulées, par rapport à un très bon mois d'août 2023. Pour rappel, en décembre 2023, le gouvernement allemand a décidé d'arrêter quasiment du jour au lendemain son programme d'aides à l'achat pour les véhicules électriques, en raison de contraintes budgétaires. Résultat, en août, les voitures électriques ont représenté seulement 13,7% des parts de marché, loin derrière la moyenne 2023, supérieure à 18%.
Plus inquiétant encore, la chute des immatriculations s'est répercutée en août sur presque tous les types de motorisation, hybrides (-1,5%), essence (-7,4%) et diesel (-24,4%). « Le déclin de plus d'un quart du volume de voitures particulières sur l'ensemble du marché est un coup dur pour l'industrie automobile », souligne le président de la VDIK.
Volkswagen, qui aligne plus de 100.000 salariés en Basse-Saxe, où se situe son siège de Wolfsburg, explique que son actuel plan d'économies de 10 milliards d'euros d'ici à 2026 n'a pas tenu ses promesses. Le constructeur n'arrive pas, comme son programme l'ambitionne, à atteindre une marge opérationnelle de 6,5%.
En cause notamment, les difficultés du constructeur pour conserver ses parts de marché en Chine. Même si l'empire du Milieu demeure le premier marché du géant allemand - il représente 40% de ses ventes annuelles, soit 3 millions de véhicules écoulés en 2023 -, le constructeur fait face à de nombreux concurrents, notamment pour la production de voitures électriques, comme le chinois BYD.