LA TRIBUNE.- Dans un contexte de fortes incertitudes conjoncturelles et compte tenu de la future réalité du marché, comment peut-on préparer l'automobile de demain pour qu'elle soit encore compétitive tout en étant décarbonée ?
MIKAEL LE MOUËLLIC.- La compétitivité, c'est toute une bataille industrielle qui raconte bien l'histoire de l'automobile. Comment construire des voitures, cet objet extrêmement complexe, à un prix accessible ? Effectivement, le contexte fait que cette histoire n'est pas terminée, elle va au contraire poser d'immenses challenges. Prenons simplement le passage de la voiture thermique à la voiture électrique. Les batteries représentent un coût supplémentaire de 5.000 euros par véhicule. L'enjeu c'est évidemment l'industrialisation, mais c'est également le passage à de nouvelles générations de voitures électriques qui, à chaque fois, optimisent, améliorent les performances mais également les coûts. Sur ces deux dernières années, on a vu une nouvelle génération de voitures électriques débarquer sur le marché, qui n'avait déjà plus rien à voir avec la précédente. On peut donc légitimement s'attendre à de nouveaux sauts qualitatifs d'ici à 2030. L'un des leviers de cette amélioration programmée, c'est évidemment la baisse du coût des batteries grâce à la maturité technologique. Mais pour gagner encore en compétitivité, la voiture doit se transformer. Par exemple, des réflexions sont en cours sur la taille des voitures, notamment pour la ville. Faut-il des SUV là où une berline compacte, voire une citadine, répond à la grande majorité des usages ? Il est acquis que plus une voiture est légère, plus elle est performante du point de vue de son autonomie et de son bilan carbone.
De plus en plus de spécialistes s'interrogent sur les vertus environnementales réelles des voitures électriques...
Le passage à la voiture électrique va permettre de baisser significativement les émissions polluantes. Il est vrai que c'est plus probant en France où le mix énergétique est plus décarboné qu'ailleurs grâce à l'énergie nucléaire. On estime qu'une voiture électrique est moins polluante qu'une voiture thermique dans une fourchette comprise entre 12.000 et 25.000 kilomètres parcourus. Sur l'aspect cycle de production, où la question des conditions de fabrication mais aussi d'exploration des matières premières se pose, il faut regarder vers le futur où l'innovation doit permettre de baisser drastiquement l'empreinte carbone. De nouvelles technologies devraient introduire de nouvelles matières, tandis que les constructeurs investissent de plus en plus dans l'économie circulaire afin de récupérer de la matière.