Mercedes : pourquoi les groupes chinois se bousculent dans le capital

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(Crédits : Regis Duvignau)
Après Geely Motor, c'est un autre industriel chinois, BAIC, qui est monté dans le capital du géant allemand des voitures premiums désormais détenu à hauteur de 15% par des intérêts chinois. Officiellement, BAIC veut sécuriser son partenariat industriel avec Daimler. En réalité, le groupe public, BAIC, tente de contre-carrer le milliardaire Li Shufu sur fonds de tensions politiques...

Daimler est-il de plus en plus un groupe chinois ? Il faut dire que passé le choc de 2018, lorsque Geely s'est emparé de 10% du capital du géant allemand des voitures premiums, le caractère passionné de cette question semble s'être largement décanté outre-Rhin. Au point que l'annonce, ce matin, de la prise de 5% du capital du groupe automobile par BAIC, a été accueilli avec bienveillance par les marché. Le titre Daimler a immédiatement grimpé de 2,5% en Bourse, avant que le mouvement ne s'amplifie pour finir la séance sur une flambée de 5% de l'action. C'est une véritable aubaine pour une action qui accuse pourtant une baisse de près de 20% en trois mois, au gré des avertissements de résultats et des publications financières décevantes.

L'avenir des coentreprises chinoises en question

Mais que vient faire BAIC dans le capital du constructeur de Mercedes et de Smart ? Officiellement, le groupe veut sécuriser son partenariat avec l'Allemand avec qui il détient une joint-venture pour le marché chinois. Ce format d'entreprise était jusqu'ici une obligation pour tout constructeur automobile étranger souhaitant construire et vendre en Chine sous peine de lourdes taxes d'importations. Sauf que Pékin a décrété en 2018 que cette obligation prendrait fin à partir de 2022. BMW avait presque aussitôt annoncé qu'il se renforcerait dans la coentreprise qu'il possède avec Brilliance Automotive Group, visant les 75% du capital.

Pour BAIC, Daimler pourrait parfaitement suivre la même voie, et l'arrivée de Geely Motor dans son capital n'arrange rien du tout, bien au contraire. Le groupe automobile fondé et dirigé par l'ambitieux et flamboyant Li Shufu pourrait ainsi influencer la stratégie capitalistique de Daimler. D'autant qu'il a acquis de véritables lettres de noblesse en Europe après avoir acquis et relancé Volvo tout en ayant préservé son identité suédoise.

Consolidation en vue ?

Pas question pour le gouvernement de Pékin, de laisser la dixième fortune chinoise poursuivre son ascension tranquillement. Li Shufu passe encore pour l'électron libre de l'industrie chinoise, suscitant la méfiance du pouvoir central qui lui préfère des groupes plus proches du parti tels que FAW, SAIC ou DongFeng.

Le groupe étatique BAIC tente donc de reprendre la main sur un partenariat jugé stratégique. A défaut, il risque de se fragiliser au pire moment. Le marché automobile chinois est désormais en territoire récessif après avoir signé en juin un douzième mois de baisse consécutive. D'après AlixPartners, cette baisse devrait se poursuivre et s'amplifier jusqu'en 2022 avec 3 millions d'immatriculations en moins. Un tel effondrement ne serait pas sans conséquences et pourrait pousser les autorités à réorganiser son industrie nationale à travers une consolidation et des fusions.

Certes Geely est loin derrière BAIC, respectivement 7éme et 5ème constructeur chinois, mais le statut d'entreprise publique est plus contraignant pour le partenaire de Daimler. En outre, Li Shufu pourrait tout simplement chercher à tirer profit d'une consolidation en réalisant une belle plus-value, comme semble le prouver le projet d'introduction en Bourse de Volvo.

De son côté, Daimler voit d'un bon oeil l'arrivée d'un nouvel actionnaire de référence, même si avec 5%, BAIC reste derrière Geely, le fonds souverain du Koweït, et le fonds d'investissement BlackRock.

Inquiétude après le départ de Dieter Zetsche

D'autant que le départ du très respecté Dieter Zetsche, PDG depuis 2006, est également une source d'inquiétude, lui, qui a probablement freiné des quatre fers les ambitions de Geely. Le célèbre patron à la moustache blanche n'est cependant pas parvenu à empêcher son groupe de signer avec l'entreprise de Li Shufu un projet de coentreprise de 1,6 milliard d'euros, pour fabriquer la Smart électrique en Chine. BAIC aurait sûrement apprécié être le réceptacle chinois d'un tel partenariat.

Depuis Daimler a indiqué qu'il n'engagerait plus de partenariats industriels en Chine sans son consentement de son allié. Pour Daimler, BAIC reste son interlocuteur privilégié en Chine. Début 2018, il avait d'ailleurs signé une extension du partenariat d'une valeur d'1,5 milliard d'euros, pour construire une nouvelle usine en Chine. Il semblerait que les mouvements dans le capital de Daimler ne soient pas terminés...

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Commentaires
a écrit le 26/07/2019 à 0:29 :
Les chinois sont en train de se débarasser des $ dont ils ont une masse. Mieux vaut être actionnaires que détenteur de $, avant que Trump essaye de dévaluer le $. C'est un sauve qui peut. Si vous avex des $ achetez quelque chose......... n'importe quoi, mais débarassez-vous de vos $. Ils font comme la banque Rothschild......
a écrit le 25/07/2019 à 9:59 :
L'économie allemande a tout misé sur la Chine.
Elle exporte plus de 100 Md vers Chine + Hong-Kong, un peu moins que vers les Etats-Unis ou la France,....... pour l'instant.
Et elle importe ~ 110 Md depuis la Chine presque autant que depuis la France (~ 70 Md) + les Etats-Unis (~ 60 Md).
La Chine n'est pas prête a laisser filer son 2ème meilleur client (après les Etats-Unis).
Surtout durant cette guerre commerciale menée par Trump.
La Chine et l'Allemagne sont et seront fortement interdépendantes.
Pour mieux s'exporter, il faut se laisser acheter.
D'après vous, qui va gagner? Aller demander à l'Australie
a écrit le 24/07/2019 à 8:52 :
L'histoire de MERCEDES est forcément rassurante pour un régime dictatorial.

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