Pourquoi Tesla repousse aussi les limites en Bourse

La valorisation du constructeur de voitures électriques a culminé à 140 milliards de dollars. Un niveau record qui ne correspond à aucun standard de marché en vigueur dans le secteur. Décryptage d'une valeur atypique et imprévisible.
Nabil Bourassi

5 mn

(Crédits : Reuters)

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel... Et pourtant, Tesla est en marche pour prouver le contraire. Le constructeur automobile californien fondé par Elon Musk a franchi en ce début février des seuils de capitalisation boursière qui l'ont propulsé dans la stratosphère du secteur automobile. Lundi 3 février, Tesla était ainsi coté 140 milliards de dollars... Soit la valorisation de Volkswagen, Renault et PSA réunis ! Autrement dit, du haut de ses 360.000 voitures vendues en 2019, l'entreprise fondée par Elon Musk valait autant que les 18 millions de voitures construites par ces trois groupes automobiles. Et pourtant, Tesla n'est toujours pas rentable sur un exercice entier. En 2019, seul le troisième trimestre a été profitable.  Quels sont donc les ressorts de cette extraordinaire dynamique boursière ?

Une valeur tech ?

Il y a peu de débats autour de la force d'innovation de Tesla. "Tout est technologie de pointe chez Tesla, de la mise à jour software, aux batteries qui résistent aux températures extrêmes, Tesla dispose des meilleures technologies", rappelle John Plassard, spécialiste en investissement, chez Mirabaud.

En outre, Tesla a formidablement bien marketé la voiture électrique à une époque où personne n'y croyait. Même l'Alliance Renault-Nissan qui a misé très tôt sur cette technologie, ne l'a jamais intégrée dans une démarche de voiture de luxe. Avec la Model S et ses 400 km d'autonomie, Elon Musk a fait de sa marque, la voiture que tout Hollywood s'arrachait. L'arrivée de la Model 3, destinée à un public plus large, a permis de donner de nouvelles perspectives de marché à Tesla jusqu'ici confinée à un marché de niche. Avec un prix d'appel à 35.000 euros soit plus de moitié moins que le prix de la Model S, la berline compacte californienne a conquis le monde. En 2019, elle s'est imposée leader sur le marché européen pourtant acquis aux Renault Zoé et Nissan Leaf.

Acheter du rêve

La force de Tesla, c'est ce marketing porté par le flamboyant Elon Musk, cet inventeur fou capable de disrupter les marchés les plus verrouillés. Il a ainsi été le premier à dématérialiser le paiement en créant PayPal, et s'apprête à casser toutes les idées connues sur le transport terrestre avec Hyperloop, ou encore sur les activités spatiales avec SpaceX.

"Lorsqu'on achète des titres Tesla, on achète d'abord du Elon Musk, c'est à dire du Tesla mais également du Hyperloop ou du SpaceX, même si ces deux entreprises ne font pas partie du package. Vous achetez du rêve", résume John Plassard.

"Il est difficile de réaliser, en France, la fascination que suscite Elon Musk. Il représente le rêve américain, et l'enthousiasme entrepreneuriale qu'il suscite aux Etats-Unis se traduit par une véritable adhésion des investisseurs".

Si la croissance de Tesla se poursuit à ce rythme, le constructeur automobile pourrait
effectivement atteindre les millions d'exemplaires très rapidement. Elon Musk en paraît
d'ailleurs convaincu et poursuit ses effets d'annonce intempestifs. Tesla a ainsi programmé plusieurs nouveaux modèles dont le Model Y, un nouveau SUV, mais également le Semi, un poids lourd... En outre, les difficultés d'industrialisation semblent derrière lui. La cadence des usines augmente plus vite qu'attendu, l'usine chinoise a été inaugurée à l'automne dernier, et un site a enfin été trouvé en Europe, près du futur nouvel aéroport de Berlin, comme un défi à l'automobile allemande.

Un contexte d'exacerbation des marchés ?

Même à 10 millions de voitures vendues, aucun constructeur n'est valorisé aussi cher que Tesla. "On ne peut pas analyser Tesla avec des outils d'analyse financière traditionnels . La valorisation de Tesla repose en grande partie sur de l'anticipation. Les investisseurs anticipent la croissance des ventes mais pas seulement, il y a aussi le positionnement acquis sur la voiture autonome et sur lequel Elon Musk a pris de l'avance", oppose John Plassard de Mirabaud. Un peu comme les GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft qui valent à eux cinq plus de 5,5 trillions de dollars...

Pour Nicolas Chéron, responsable de la recherche marché chez Binck.fr, ce qui se cache derrière la flambée du cours Tesla, c'est la conjonction d'un contexte macro-financier et de mécanismes techniques extrêmement complexes sur le titre. "Nous vivons un moment d'exacerbation de la spéculation des marchés, dans un contexte d'affaiblissement des fondamentaux macroéconomiques, sans parler des incertitudes liées aux conséquences de l'épidémie de Coronavirus qui a mis en quarantaine 60 millions de personnes en Chine", explique Nicolas Chéron. "Dans ce contexte, toutes les conditions sont réunies pour des manipulations en tout genre sur des dossiers très médiatisés comme Tesla", ajoute-t-il.

"Tesla s'est ainsi retrouvé au coeur d'une pagaille qui a contraint les « shorters » [vendeurs à découvert], et ils sont nombreux à avoir parié à la baisse sur Tesla, à racheter des titres, poussés par des haussiers...", a-t-il observé.

C'est ainsi que les échanges sur le titre Tesla a atteint des sommets, près de 55 milliards de dollars ont été échangés dans la seule journée du 3 février, soit quatre fois plus que la deuxième valeur la plus échangée ce jour-là.

Ne pas "shorter" Tesla

"C'est très difficile de modéliser des prévisions sur le titre Tesla. Néanmoins, je ne recommanderai jamais de "shorter" (parier à la baisse, NDLR) le titre Tesla... Beaucoup de Hedge Funds ont perdu de l'argent en faisant ça, parce que l'action peut encore beaucoup monter...", avertit John Plassard. Nicolas Chéron défend la même idée, estimant que Tesla est une valeur qui comporte une très forte composante affective notamment auprès des petits porteurs qui ne voient pas Tesla comme une valeur automobile, mais comme une valeur technologique. "Des dizaines de milliers de petits porteurs ont afflué sur le titre lorsque celui-ci a dépassé les 700 dollars", a-t-il constaté avant de rappeler que Tesla a continué à brûler du cash en 2019. Pour Nicolas Chéron, le titre pourrait avoir toutefois avoir atteint son point haut ce fameux lundi 3 février. Une fois les positions short purgées, le titre pourrait rapidement revenir sur des échanges plus sains. "Mais l'action Tesla restera néanmoins très volatile parce qu'elle restera fortement liée à de l'affect", insiste l'analyste.

Nabil Bourassi

5 mn

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Commentaires 8
à écrit le 18/02/2020 à 1:46
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Tesla plus fort que la Chine, j'ai des doutes! Les orientations d'investissements s'opposent dès 2020 et je pense qu'on va bien rigoler!

à écrit le 17/02/2020 à 13:04
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Tesla incarne parfaitement l'univers visionnaire de son créateur. Et pour l'instant, le moins qu'on puisse dire, c'est que cet univers n'est pas mis en défaut ds la vision tt électrique de l'automobile promue par EM: ts les majors du secteur se bous...

le 18/02/2020 à 0:07
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C'est surtout que la bourse est en apesanteur du fait de la masse de capitaux privés circulants cherchant désespérément à s'investir du fait de la politique de quantitative easing de la fed. Celle-ci en lève un débouché aux capitaux privés qui se t...

le 18/02/2020 à 12:37
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@Elfe Noir : bien vu et bien dit !!

le 18/02/2020 à 23:50
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Qui vous permet de dire que l'environnement de Tesla ne sera pas radieux avec l'explosion à venir de l'électrique ds l'automobile et l'avance confortable prise ds le premium ? Son endettement correspond à environ 1 an de CA. Les carnets de cde débo...

à écrit le 17/02/2020 à 10:29
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Non, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel et plus ils montent plus le vent les fait tanguer. Si de plus les racines ne sont pas bien ancrées dans le sol, c'est alors la chute assurée. Mais la cupidité rend tellement aveuglé.

à écrit le 17/02/2020 à 9:13
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L’État profond américain a misé dessus, ce n'est certainement pas pour rien et ce n'est certainement pas pour une raison visible. Tout comme le consortium européen mise sur BAYER qui est endetté pourtant de plus de 40 milliards imposant un boulet...

à écrit le 17/02/2020 à 6:06
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Tesla est une bulle. Elle explosera emportant tous les naifs qui auront achete au plus haut. C'est le but.

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