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Le Géo Trouvetou britannique défend bec et ongles ses brevets

Propos recueillis par Tristan de Bourbon, à Malmesbury

Publié le 06 décembre 2011 à 07:10 - Mis à jour le 06 décembre 2011 à 07:15

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L'inventeur anglais et roi des aspirateurs, James Dyson, est devenu un personnage incontournable du business britannique. Interview.

Vous avez rédigé en mars 2010 un rapport sur la politique industrielle britannique. Qu'avez-vous conseillé à David Cameron, alors le chef de l'opposition ?

Je lui indiquais les manières de réaliser des exportations de hautes technologies, qui permettraient de rééquilibrer l'économie nationale, qui repose trop sur le secteur financier. Pour cela, il faut soutenir les entreprises de haute technologie, et notamment les start-up et les PME. J'avais conseillé le passage à 200 % du crédit d'impôt, le chancelier de l'Échiquier est même allé au-delà de mes recommandations, à 225 %. Ensuite, et c'est là le principal point, notre pays manque d'ingénieurs.

Comment inverser cette tendance ?

Il y a un problème culturel : être ingénieur est mal vu au Royaume-Uni. Les arts sont perçus comme nobles alors que les sciences sont considérées comme mineures. Les plus grands cerveaux du pays partent vers la finance, la politique, le journalisme, c'est-à-dire des métiers non créatifs. Et cela sera d'autant plus difficile à inverser que les sciences ne sont plus obligatoires au lycée, alors que dans les classes primaires, le cours de design et technique est le plus populaire auprès des élèves avec les maths et l'anglais.

Pourquoi avoir choisi les aspirateurs ?

Lorsque j'ai commencé à réfléchir à un nouveau secteur d'activité, je me suis aperçu que toutes les machines de la maison avaient évolué depuis mon enfance sauf les aspirateurs. Les fabricants ne faisaient aucun effort : leurs sacs sentaient toujours aussi mauvais, les machines faisaient du bruit et elles fonctionnaient tellement mal que l'on devait toujours ramasser à la main les détritus les plus lourds. J'ai imaginé un moyen de créer un aspirateur sans sac. Je me suis alors concentré sur la production d'un modèle commercialisable. Je pensais que cela nécessiterait six mois, cela m'a en fait pris cinq ans et 5.127 prototypes !

Pourquoi l'avez-vous d'abord commercialisé au Japon ?

Parce que c'étaient les seuls à le vouloir ! Pendant les cinq années qui ont suivi la production de mon appareil, j'ai effectué le tour de tous les grands fabricants mondiaux mais aucun n'a voulu de mon innovation. Ils ne m'ont jamais dit pourquoi mais les ventes de sacs représentaient une part non négligeable de leur chiffre d'affaires. Je suis ensuite allé voir des investisseurs, des fonds d'investissement, là encore sans succès. Finalement, un groupe japonais a accepté mon aspirateur. Grâce aux revenus de mes licences, j'ai pu lancer le premier modèle sous mon propre nom. Le public a été enthousiaste. En deux ans, je suis devenu le numéro un des ventes au Royaume-Uni et aujourd'hui je suis le premier en vente, en valeur en Belgique.

Pourquoi, malgré ce succès, avez-vous délocalisé votre usine d'assemblage en 2002, faisant perdre 590 emplois à votre pays ?

Je voulais garder l'usine à Malmesbury mais les autorités locales ne me l'ont pas permis. Comme nous grandissions très rapidement, nous avons dû produire en Malaisie où nous étions sûrs de pouvoir investir fortement dans les nouvelles technologies et lancer les produits plus rapidement. Nous assemblons à l'étranger mais développons la technologie en Grande-Bretagne. Ce qui signifie que les profits et la propriété intellectuelle sont générés au Royaume-Uni, où nous payons aussi nos impôts.

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En tant qu'inventeur, avez-vous rencontré des problèmes de contrefaçon ?

Oui, notamment avec Hoover, qui a copié notre technique du cyclone. La procédure judiciaire a duré longtemps, trois ou quatre ans avec l'appel, mais nous avons gagné en 1999. Depuis, nous poursuivons régulièrement des producteurs sud-coréens et chinois. Le problème dans ce dernier pays est que le gouvernement ne soutient pas les détenteurs de brevets : les amendes sont ridiculement basses, environ 1.000 dollars, et en plus de cela la cour ne récupère pas le montant de l'amende. Nous avons donc décidé de poursuivre ces fabricants en dehors de leur pays et cela s'avère bien plus efficace.

La question des brevets est l'un de vos chevaux de bataille...

Oui, car d'un côté la Chine subventionne ses entreprises pour qu'elles déposent des brevets, notamment de faux brevets sur des inventions déjà déposées, de l'autre le dépôt et le renouvellement des nôtres coûtent très cher : 2.000 euros par an et par pays. J'ai donc porté plainte deux fois auprès de la Cour européenne des droits de l'homme car le brevet est une oeuvre d'art et les artistes n'ont pas à payer pour la protection de leur oeuvre. Ensuite, c'est une pratique anticoncurrentielle : comme il n'existe pas de brevet pour toute l'Europe comme il en existe un pour tous les États américains car les parlementaires européens l'ont refusé, cela revient rapidement très cher.

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