"Je ne veux pas que les pharmacies se meurent et deviennent le Kodak de demain"

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Pour l'instant, 225 pharmacies se sont portées candidates pour travailler sous cette nouvelle enseigne, explique Lucien Bennatan.
"Pour l'instant, 225 pharmacies se sont portées candidates pour travailler sous cette nouvelle enseigne", explique Lucien Bennatan. (Crédits : DR)
Le groupement de pharmaciens d'officine PHR lance en mai 2015 "Ma Pharmacie Référence", une nouvelle enseigne. Lucien Bennatan, président de la société, revient sur ce projet axé sur la prévention et le numérique dans un secteur qui connaît une baisse de rentabilité.

La Tribune. Qu'est-ce que cette pharmacie aura de plus que les autres ?

Lucien Bennatan. Cette nouvelle enseigne, en plus de son rôle classique de ventes de médicaments, sera aussi destinée aux bien-portants. Il faut rappeler que l'alimentation entre en ligne de compte dans la santé, ainsi que l'activité physique et le coaching santé. Aujourd'hui, quand notre santé se dégrade, nous allons voir le médecin et le pharmacien. Si l'on avait su avant que c'était évitable, on n'aurait pas agi de la même façon. Une pharmacie avant tout focalisée sur les soins, c'est très latin. Aujourd'hui, en France, lorsqu'on s'intéresse à la prévention tout en étant bien-portant, on est presque plus tenté par Décathlon que par les pharmacies.

Les anglo-saxons s'intéressent à la fois au soin et au parcours santé. S'impliquer dans la santé, c'est la base du métier. Mais, s'impliquer dans la prévention et le coaching santé est à la fois nouveau et indispensable pour les pharmacies françaises.

Notre nouvelle enseigne intègrera en outre des technologies destinées au commerce moderne et disposera d'un espace d'interactivité, un "web bar santé", avec plusieurs tablettes, notamment. Elles permettront de réserver des produits que l'on ne trouve pas dans l'établissement. Le client pourra aussi poser des questions et obtenir des réponses sur des pathologies et des médicaments. Il aura la possibilité de consulter des fiches informatives. Nous travaillons sur des écoutes et des lectures d'extraits de livres sur les pathologies, médicaments et autres produits.

Jusqu'à quel point espérez-vous développer l'enseigne?

Pour l'instant, 225 pharmacies se sont portées candidates pour travailler sous cette nouvelle enseigne. Une grande partie d'entre elles ne sont pas déjà rattachées à notre groupe.

Nous espérons en convaincre 600, sur les trois prochaines années. Nous investissons au départ 400.000 à 500.000 euros, il en coûtera de 15.000 à 20.000 euros par point de vente.

Vous allez vendre des objets connectés dans cette nouvelle enseigne. Ce marché est encore balbutiant en terme de chiffre d'affaires...

Il est vrai que ce type de produit va représenter sur le court terme 1% à 2% du chiffre d'affaires de chaque officine. Il atteindra 4% à 5% dans 4 ans.Cela peut sembler faible, mais les médicaments non remboursés (OTC) représentent actuellement 7% de leur chiffre d'affaires, en moyenne.

En outre, c'est une année zéro pour nous dans ce domaine. Nous proposerons des objets connectés minutieusement sélectionnés. J'ai demandé à Lick [partenaire de PHR dans le lancement de la nouvelle enseigne, Ndlr] et à d'autres professionnels de tester ces produits afin de vérifier s'ils ont une légitimité à être vendus dans une pharmacie, s'ils apportent une information scientifique valable et intéressante.

Dans "Ma Pharmacie Référence", les pharmaciens seront formés une à deux semaines par an aux nouvelles technologies. Ils conseilleront notamment les clients sur l'achat de ces objets connectés dédiés à la prévention. Nous vendrons des balances connectées, des trackers qui transforment chaque mouvement en données pour analyser et contrôler sa forme et pour prévenir les risques sur la santé, des oxymètres de pouls connectés sans fil  pour mesurer la fréquence cardiaque en temps réel et le pourcentage de saturation en oxygène dans le sang...

Vous lancez un nouveau projet dans un secteur qui connaît une baisse de rentabilité...

De nombreuses professions sont mortes ou meurent de ne pas vouloir s'adapter aux évolutions technologiques et à celles de la société. Je ne veux pas que les pharmacies deviennent le Kodak de demain. Actuellement, je dis bravo aux pharmacies pour leur travail dans le domaine des soins, même si tout n'est pas parfait. Mais nous ne devons pas attendre d'être bons dans tous les domaines pour passer un palier et nous rendre indispensables dans un système de santé qui a besoin de nous. Si cela nous protège des attaques, des uns et des autres qui veulent remettre en cause notre profession ou venir manger une part de notre gâteau, tant mieux.

Avant d'être défensif, nous devons donc avoir un positionnement offensif. Le pharmacien est un acteur santé qui doit s'impliquer dans le système en intégrant toutes les évolutions comportementales, médicamenteuses et technologiques. La menace existe -et existera- si la profession se repose sur ses acquis. Evoluer ne nous protégera pas, mais nous mettra hors de portée.

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Commentaires
a écrit le 30/01/2015 à 14:08 :
VENDRE DES LIVRES SUR LA SANTE EST UNE TRES BONNE IDEE IL DEVRAIS MEME FAIRE DE LA LIVRAISON A DOMICILE POUR LES PERSONNES AGES???
a écrit le 30/01/2015 à 10:37 :
Les pharmacies n'ont pas l'air de se mourir: j'habite une petite ville balnéaire de 6000 habitants, 3 pharmacies sur le secteur avec les patrons qui se tirent la bourre à celui qui aura le plus gros 4x4 allemand et changent tous les deux ans. Ils ne font pas vraiment partie de la frange de la population qui m'inquiète...
Réponse de le 17/05/2016 à 14:59 :
exactement! Encore une profession qui pleure avant d'avoir mal! Les pharmaciens ont, parmi les commerçants, et de loin, les plus hauts revenus, ..en moyenne 17000 euros par mois.Pas étonnant qu'il faille se protéger de ceux qui veulent "manger une part de notre gâteau"! Quitte à vendre n'importe quoi et à profiter de la crédulité de certains, sans vergogne!

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