Qui est Joe Kaeser, le patron de Siemens qui veut sa part du gâteau Alstom ?

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L'idée de ce bavarois de 57 ans est de mettre sur pied un « Airbus de l'énergie ». (Photo : Reuters)
L'idée de ce bavarois de 57 ans est de mettre sur pied un « Airbus de l'énergie ». (Photo : Reuters) (Crédits : Reuters)
Le PDG allemand de Siemens rêve de faire main basse sur son concurrent français. Son groupe avait déjà tenté l'opération en 2004, sans succès, alors que Joe Kaeser n'était pas encore aux manettes du groupe.

Après avoir été refoulé une première fois il y a 10 ans par Nicolas Sarkozy pour entrer dans le capital d'Alstom, Siemens a à présent les faveurs du ministre de l'Economie Arnaud Montebourg. Mais pour François Hollande, le seul critère dans cette bataille entre l'Américain General Electric et Siemens, c'est l'emploi. Il demande d'ailleurs à Alstom de prendre son temps avant de se décider.

Joe Kaeser doit donner des précisions sur son offre dans la journée

En attendant, le groupe de Joe Kaeser devrait confirmer son offre dans la journée. Car à l'heure actuelle, on ne connaît pas avec précision les intentions du patron de Siemens, nommé au siège à Munich il y a moins d'un an. Convoite-t-il comme GE la branche Energie d'Alstom ? A-t-il des vues sur les transports, un secteur qu'il a déjà fortement développé ?

Dans son bras de fer avec Jeffrey Immelt, CEO de General Electric, Joe Kaeser n'a pas encore abattu toutes ses cartes.

Futur patron d'un "Airbus de l'énergie"?

L'idée de ce Bavarois de 57 ans est de mettre sur pied un « Airbus de l'énergie », selon l'expression de François Hollande. La transaction estimée à 10 milliards d'euros par la presse porterait, non pas sur l'emblématique branche transport d'Alstom et son TGV, mais sur celle de l'énergie. Une branche qui représente tout de même 70% de l'activité du Français Alstom. Dans cette optique, le conglomérat allemand pourrait en contrepartie lui céder un part de ses activités ferroviaires. Deux géants européens verraient alors le jour : l'un, autour de Siemens, spécialisé dans l'énergie, l'autre, autour d'Alstom, dans les transports.

Controverse sur ses liens avec la Russie de Poutine 

Début avril, Joe Kaeser s'était déjà fait remarquer sur un tout autre dossier en rendant visite au président Russe Vladimir Poutine. En pleine crise ukrainienne, il avait réaffirmé l'engagement de Siemens dans ses contrats avec la Russie, malgré les condamnations internationales adressées à Moscou. Une attitude qualifiée de « baveuse » par le journaliste américain Thomas Friedman et condamnée jusque dans les hautes sphères de l'Etat allemand. 

Issu d'un famille modeste, longtemps identifié comme « le manager moustachu », il n'est pourtant pas un novice dans le groupe allemand et plutôt réputé pour ses qualités de communiquant. Il a même survécu au scandale de corruption qui a secoué l'entreprise en 2007. Entré à ses 23 ans après des études d'économies, il y a fait toute sa carrière et a gravi les échelons. L'international est un point qui ressort sur son CV : bien qu'ayant toujours sa maison en Bavière, ce « provincial » a officié pour Siemens en Malaisie et aux Etats-Unis, notamment au Texas et en Californie.

Un sens de l'humour revendiqué 

Souvent qualifié de sérieux mais simple par les journalistes, il est aussi connu pour son sens de l'humour. Lors de la conférence de presse annuelle en 2012, il avait surpris le parterre de reporters en se présentant pour la première fois sans sa moustache et en précisant :

"Si vous l'interprétez comme le signe d'un nouveau départ pour Siemens, cela va tout à fait dans notre sens."

Sur le point de supprimer des milliers d'emplois

Mais sous ses airs badins, Joe Kaeser prépare un véritable changement de stratégie pour Siemens. Dévoilée le 7 mai prochain, elle devrait comporter des milliers de suppressions d'emplois, selon le Manager Magazin Online, citant plusieurs responsables du conglomérat industriel allemand.

Cette nouvelle stratégie aboutirait, selon l'hebdomadaire, à démanteler les quatre divisions actuelles du groupe - Industrie, Energie, Santé et Infrastructures & Agglomérations - au profit d'une organisation plus horizontale, ce qui entraînerait la suppression de 5.000 à 10.000 emplois.

Il ajoute que Siemens annoncera également une acquisition dans le secteur de l'énergie pour au moins un milliard d'euros, acquisition distincte d'un éventuel accord à l'étude avec Alstom. Siemens n'a pas souhaité faire de commentaires.

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a écrit le 29/04/2014 à 17:34 :
Siemens est une entreprise qui rencontre d'énormes difficultés qui pourraient se résumer ainsi : une entreprise qui monte un escalator à l'envers en manque de vitesse, elle recule. Après avoir changé de nombreuses fois de PDG ces dernières années, la firme a procédé avec un retard moyen d'environ 4 ans à la fermeture successive de nombreuses branches qui pesaient en moyenne 9 milliards d'euros chacune. Arrogante, elle a longtemps refuser d'entamer le processus et depuis est dépassé par lui. J'ai exposé sur ce fil, peut-être à l'étonnement général ces péripéties. Heureusement la vente de la branche automobile VDO par un tour de passe-passe sauvetage organisé par le gouvernement lui a rapporté des sommes (environ 11 milliards) inespérées qui ont permis de remonter un peu la pente. Toutefois le mécanisme de déclassement de cette firme symbole s'est accéléré et cette ressource ne suffit plus. La masse du chiffre d'affaire permet quand même encore quelques années de turpitudes. Mais rien n'y fait : il faudra bien constater que l'ensemble (quasi) des métiers de Siemens sont dépassés et ne valent pratiquement plus rien. Avec Alstom la firme voudrait valoriser 8 ou 9 milliards sa division train : ICE obsolète et autres tortillards de montagne qui ne vaut pas plus de 1 milliard. En échange elle reprendrait à la casse sans presque rien débourser une division énergie dépassée mais avec un potentiel permettant de tenir encore 10 ans et quelques compléments technologiques à son portefeuille. Un doux rêve d'arnaque que les allemands qui ne doutent jamais de rien nous verraient bien enfiler. La fusion complète quand à elle serait la ruine totale des 2 entreprises. On choisira la solution américaine qui, à mon sens, si les américains donnent un retour favorable concernant leur branche commune avec Safran et la partie financière totale à la BNP, pourrait être élargie à plus de 90% de l'entreprise en incluant le TGV actuel. Bien entendu, et ce sera exceptionnel aux deals habituels, Alstom se réservera la possibilité de se maintenir dans le ferroviaire avec de touts nouveaux projets. Savoir vendre fait aussi partie du business.
Réponse de le 29/04/2014 à 18:31 :
Tu devrais arrêter de prendre tes désirs pour des réalités
Siemens se porte bien et Alstom est moribond
Réponse de le 30/04/2014 à 10:45 :
@corso: enfin une analyse digne d'interet. Siemens n'a que faire d'une quelconque idee europeenne, l'interet premier est evidemment de renforcer leur situation quelque soit la casse generee aupres des acquis. La seule solution pour Alstom est de donner suite a un projet industriel et seule l'offre GE tient la route.

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