Climat : malgré "l'héroïsme" de l'Australie, Boris Johnson anticipe un fiasco de la COP26

L'Australie, premier producteur mondial de charbon, annonce qu'elle vise désormais la neutralité carbone en 2050, s'alignant ainsi sur les objectifs de l'UE, mais tout en voulant préserver son industrie minière. Au Royaume-Uni, qui héberge la COP26, Boris Johnson commence à s'inquiéter d'un possible échec de ce sommet mondial pour le climat, tandis qu'à l'ONU, on se fait carrément pessimiste, parlant d'un "aller simple vers le désastre".

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Photo d'illustration : le Premier ministre britannique Boris Johnson s'exprime lors du Sommet des Nations Unies sur l'action pour le climat 2019 au siège des Nations Unies à New York, le 23 septembre 2019.
Photo d'illustration : le Premier ministre britannique Boris Johnson s'exprime lors du Sommet des Nations Unies sur l'action pour le climat 2019 au siège des Nations Unies à New York, le 23 septembre 2019. (Crédits : Reuters)

La COP26 risque de très mal se passer, anticipe désormais Boris Johnson.

"Je suis très inquiet, parce que ça peut mal se passer (...) Il est possible que nous n'ayons pas les accords dont nous avons besoin", a déclaré Boris Johnson lundi au cours d'une séance de questions-réponses avec des écoliers à Downing Street, où il évoquait le changement climatique qui ne connaît aucun répit avec la rapide montée des eaux aux Pays-Bas, la concentration record des gaz à effet de serre...

De fait, c'était ce lundi que l'ONU annonçait la mauvaise nouvelle: malgré le répit mondial de la production et des émissions polluantes imposé par la pandémie de Covid, les concentrations dans l'atmosphère des trois principaux gaz à effet de serre, facteur de réchauffement, ont atteint des niveaux records l'an dernier.

Mais il n'est pas le seul à s'inquiéter autour du monde sur l'issue de ce sommet mondial pour sauver le climat qui cette année se déroule à Glasgow sous l'égide du Royaume-Uni.

COP26, "un aller simple vers le désastre"

La semaine dernière, le président de la COP26 lui-même, le Britannique Alok Sharma, avait estimé qu'il serait "plus difficile" d'obtenir un accord à Glasgow qu'à Paris en 2015.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est montré franchement pessimiste, jugeant que les engagements actuels des États étaient "un aller simple vers le désastre".

De fait, nombreux sont ceux qui anticipent l'absence du chinois Xi Jinping, pas seulement pour des raisons sanitaires.

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Dans ce contexte, bien que qualifiée d'"héroïque" par Boris Johnson (cité par le journal écossais "The National"), l'annonce de l'Australie qui fait mine de s'aligner sur les objectifs de l'Union européenne, risque d'ajouter au découragement.

L'Australie dit s'aligner sur l'UE mais s'accroche au charbon

Ce pays, plus grand exportateur mondial de charbon et largement considéré comme retardataire en matière de climat, a annoncé ce mardi qu'il visait désormais la neutralité carbone à l'horizon 2050, s'alignant de fait sur les objectifs que s'est imposée l'Union européenne.

"Les Australiens veulent un plan 2050 sur les émissions nettes nulles qui fait le nécessaire en matière de changement climatique et assure leur avenir dans un monde en mutation", a déclaré le Premier ministre conservateur Scott Morrison.

Malheureusement, il s'agit d'objectifs lointains, très lointains, qui ne sont pas étayés par une feuille de route contraignante, un cadre jalonné d'étapes qui engagerait le pays devant la communauté internationale.

Refus de l'Australie de renforcer les objectifs à 2030

Ainsi, à cinq jours à peine du début de la COP26, le gouvernement australien s'est ainsi refusé à renforcer les objectifs de réduction des émissions pour 2030, considérés pourtant comme cruciaux pour lutter de manière significative contre le changement climatique.

Car l'Australie veut à tout prix maintenir ses mines ouvertes.

"Nous voulons que nos industries lourdes, comme l'industrie minière, restent ouvertes, compétitives et s'adaptent, afin qu'elles restent viables aussi longtemps que la demande mondiale le permettra", a-t-il écrit dans un texte publié par son bureau.

Pour autant, l'Australie, dont une grande partie de la production d'électricité repose sur le charbon, n'a pas renié ses engagements de neutralité carbone qu'elle avait mis si longtemps à prendre:  elle avait accepté de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 26% à 28% d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005, et Scott Morrison affirme même qu'elle les "atteindra et battra".

Scott Morrison, Australie, climat,

[Le Premier ministre Scott Morrison s'adresse aux médias lors de sa conférence de presse au Parlement à Canberra, le mardi 26 octobre 2021 sur la nouvelle stratégie zéro carbone de l'Australie. Crédit Reuters]

Négociations tendues avec les climato-sceptiques et les pro-charbon

Cependant, pour justifier son refus d'améliorer ses objectifs climat à la veille de la COP26, Scott Morrison avance l'argument de l'engagement vis-à-vis des électeurs.

"Nous ne nous laisserons pas faire la leçon par d'autres qui ne comprennent pas l'Australie. La méthode australienne, c'est comment on fait les choses, et non si on va les faire. Il s'agit d'y arriver", a-t-il écrit.

Il ajoutait:

Mais « nous ne briserons pas non plus l'engagement que nous avons pris lors des dernières élections en modifiant nos objectifs de réduction des émissions pour 2030."

Cette décision est le fruit de semaines de négociations tendues entre les différents partenaires au sein de la coalition gouvernementale longtemps dominée par les climato-sceptiques et les intérêts pro-charbon. Mais rien n'a filtré des concessions faites, et le plan annoncé n'a pas été détaillé. Sans doute, le Premier ministre australien en réserve-t-il la teneur pour la COP26 à Glasgow.

"À Glasgow, je confirmerai que l'Australie continuera à jouer son rôle."

Dans son discours publié sur son compte Linkedin, le premier ministre australien donne cependant quelques précisions sur ses intentions :

"Nous nous fixerons un objectif pour atteindre le zéro net d'ici 2050 et nous disposerons d'un plan clair pour y parvenir. J'ai toujours dit que je ne me fixerais pas d'objectif pour atteindre le zéro net d'ici 2050 à moins que nous n'ayons un plan pour l'atteindre. Nous avons maintenant ce plan."

Il ajoutait:

"Nous le ferons à la manière australienne. Grâce à la technologie, pas aux impôts. (...) La clé de cette approche est l'investissement dans les nouvelles technologies énergétiques, comme l'hydrogène et l'énergie solaire à faible coût, pour garantir que nos secteurs de la fabrication, des ressources, de l'agriculture et des transports puissent assurer leur avenir, en particulier dans les zones rurales et régionales."

Face aux critiques récurrentes, l'Australie veut améliorer son image

Canberra a fait l'objet de critiques croissantes pour ne pas avoir agi plus tôt, y compris de la part de ses proches alliés, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ainsi que de ses voisins insulaires du Pacifique, très vulnérables aux effets du changement climatique.

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Cet engagement pour 2050 intervient quelques jours seulement avant le départ Scott Morrison pour le sommet des Nations unies sur le climat COP26, qui dimanche prochain à Glasgow.

(avec AFP)

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Commentaires 7
à écrit le 26/10/2021 à 21:49
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ce pauvre clown a tout foiré sur toute la ligne, vous allez voir qu'il va accuser la France, il ne sait plus quoi faire d'autre

à écrit le 26/10/2021 à 20:33
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Pour qui sonne le Glasgow?

le 27/10/2021 à 6:09
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👍

à écrit le 26/10/2021 à 11:30
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Je l'aime bien ce Scott Morrison. "Grâce à la technologie, pas aux impôts. (...)" Lui au moins il prend la peine de concilier la fin du monde et du mois.

le 26/10/2021 à 16:41
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Mais quelle est donc cette belle technologie révolutionnaire qui serait prête dans moins de 30 ans (tout en respectant les lois de la thermodynamique) ?

à écrit le 26/10/2021 à 11:16
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L'étonnement de Boris Johnson est une plaisanterie. Il pourrait, pour éviter le desatre, obliger la City à n'investir, financer, Que dans des projets écologiques.

à écrit le 26/10/2021 à 10:42
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Ce serait étonnant que Glasgow soit un choix au hasard, le RU ayant été anéanti par la spéculation financière, surtout Londres, dévasté, il reste encore de la vie en Écosse. Un bon choix en tout cas.

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