Après les feux de forêt, l'Australie se déchire entre réduction des émissions et préservation des emplois

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(Crédits : Social Media)
Le gouvernement estime qu'il serait "irresponsable" de s'engager, dès aujourd'hui, à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050. Il met en avant les emplois générés par le charbon et le gaz.

Meurtrie par de gigantesques feux de forêt, qui ont ravagé plus de dix millions d'hectares en six mois et tué au moins 33 personnes, l'Australie se déchire désormais sur la réponse à apporter au réchauffement climatique. En ligne de mire: le charbon et le gaz naturel liquéfié (GNL), deux énergies fossiles, émettrices de gaz à effet de serre, encore très développées dans le pays. Mais qui représentent un important vivier d'emplois.

Le débat autour cette question s'est encore envenimé la semaine dernière, lorsque que le parti travailliste, principale force d'opposition au gouvernement libéral, s'est prononcé en faveur d'un objectif de neutralité carbone en 2050, en ligne avec les ambitions fixées en 2015 par l'accord de Paris sur le climat visant à limiter la hausse des températures. Un objectif sur lequel Scott Morrison, le premier ministre victorieux des élections de 2019, ne souhaite pas encore officiellement s'engager.

"Sacrifice pour les Australiens"

La proposition du parti travailliste est "démesurée et irresponsable", a justifié Mathias Cormann, le ministre des Finances, interrogé par la chaîne de télévision Sky News. Selon lui, cette mesure ne permettrait pas de "résoudre le problème". Et ne résulterait donc que "sur un sacrifice pour les Australiens sans aucun bénéfice environnemental". Pourquoi ? Parce que réduire la production de charbon et de gaz en Australie ne reviendrait "qu'à "déplacer des émissions vers d'autres régions du globe", et même à "les augmenter", assure le ministre australien.

Ce raisonnement se base sur le fait que l'Australie exporte l'essentiel de sa production de charbon et de gaz naturel liquéfié. Le pays est même le premier exportateur mondial de ces deux énergies fossiles, principalement vers le Japon, la Chine, la Corée du sud et l'Inde. D'un côté, sans le charbon australien, ces pays devraient augmenter leur production nationale pour compenser. De l'autre, sans le GNL australien, ils devraient produire davantage d'électricité dans leurs centrales à charbon, au bilan carbone est bien plus élevé. "Nos exportations de GNL permettre de réduire les émissions mondiales en remplaçant des énergies très émettrices à l'étranger", argue ainsi Angus Taylor, le ministre de l'énergie.

Le gouvernement australien souligne par ailleurs que le pays devrait tenir les engagements pris lors de la COP 21 à Paris: une réduction comprise entre 26% et 28% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport au niveau de 2005. Mais une partie de cette baisse devrait provenir de l'utilisation de crédits carbone obtenus dans le cadre du protocole de Kyoto signé en 1997 - un artifice comptable que seule l'Australie souhaite utiliser. En outre, l'autorité australienne pour le changement climatique préconise, elle, une baisse allant de 40% à 60% des émissions d'ici en 2030.

Enjeu électoral

Surtout, les émissions de gaz à effet de serre ont cessé de baisser depuis 2013, en raison notamment de la forte hausse de la production de GNL. Et le parti travailliste d'assurer qu'elles devraient repartir à la hausse d'ici à 2030 en cas de poursuite de la politique actuelle. Critiqué pour son inaction climatique, et encore plus après les récents feux de forêt, le gouvernement Morrison a déjà promis de présenter une nouvelle "stratégie à long terme" avant la prochaine COP, qui se tiendra en novembre à Glasgow. Tout en promettant de protéger le charbon.

Les enjeux économiques sont immenses. L'an passé, les exportations de GNL ont dépassé la barre des 50 milliards de dollars australiens (30,6 milliards d'euros). Et celles de charbon la barre des 60 milliards (36,5 milliards d'euros). Les deux secteurs représentent désormais plus du quart de l'ensemble des exportations du pays. Ils génèrent aussi, selon les chiffres officiels, plus de 80.000 emplois directs. Et encore plus d'emplois indirects. L'industrie du charbon avance, par exemple, le chiffre de 120.000 emplois supplémentaires.

Dans ce contexte, l'avenir du charbon et du gaz naturel revêt une importance électorale capitale, en particulier dans le Queensland, le troisième Etat le plus peuplée du pays où les libéraux et leurs alliés ont recueilli 58% des voix en 2019. Un casse-tête pour le parti travailliste, qui promet donc de ne pas s'attaquer à l'industrie du charbon mais simplement de ne plus subventionner des projets. Son patron, Anthony Albanese, s'est d'ailleurs prononcé en faveur de la très controversée mine de Carmichael. "Notre priorité reste l'emploi", a-t-il promis.

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a écrit le 26/02/2020 à 18:19 :
l'Australie pourrait pour limiter la casse sans sacrifier l'emploi, bien au contraire, au moins investir au minimum en remplaçant progressivement ses ctrales à charbon ( qui fournissent 60% de ses besoins en électricité) par des ctrales à gaz au bilan carbone 2 à 3 fois plus faible.
Par ailleurs, son énorme potentiel en énergie renouvelable solaire et eolien est très peu mis en valeur.
Tôt ou tard, la production charbonnière va péricliter avec une prise de conscience de plus en plus aiguë de l'opinion publique de pays avancés importateurs comme le Japon , la Corée du Sud ou même la Chine qui investit fortement ds les Enr et le nucléaire.
Entre tps, qu'auront fait les politiques Australiens pour anticiper cette chute ??
Décidément, les rentes de situation st un véritable poison mortifère à l'échelle d'un pays.
Les Australiens, vous n'avez certes pas de pétrole, mais encore moins des idées.
a écrit le 26/02/2020 à 13:48 :
Une solution GLOBALE PROPRE ? _________ L'Australie, pour une grande partie de son territoire plate et horizontale, trop ensoleillée (nécessitant du stockage en batteries difficiles à recycler proprement...concernant les énergies renouvelables intermittentes du photovoltaïques) ferait bien de concevoir des réservoirs souterrains d'eau (récoltée en période de crue) en forme de tunnels miniers en étoile à deux niveaux : - pour faire turbinage en période de fort ensoleillement) ; - et quand à risques d'incendies, d'envoyer cette eau en de larges rizières coupe-feu bordées d'arbres qui humidifiés suffisamment ne brûleront pas (voir les terrasses à talus arborés de https://greenjillaroo.wordpress.com)
a écrit le 26/02/2020 à 10:35 :
L'Australie montre à une plus petite échelle que la planète, mais à une plus grande que l'île de Pâques, que la nature profonde de l'Homme est d'exploiter la nature qui l'entoure jusqu'à ce qu'à la fin il n'en reste plus rien, probablement même pas lui-même.
a écrit le 26/02/2020 à 10:30 :
Le GNL, à côté de l'éventuel ammoniac, c'est le carburant d'avenir des bateaux en remplacement du fuel lourd ou léger, mais pas le charbon qui génère plus de CO2 de plus (que le gaz) par combustion. La Pologne connaît le même problème, mines de charbon et emplois de mineurs, ressource pas chère et locale.
Ils ne peuvent pas construire des éoliennes, les ex-mineurs ?
a écrit le 26/02/2020 à 10:28 :
Des emplois, des bénéfices, face à ces données, le climat est sacrifié.
De Cop en intentions, rien ne change. La croissance étant l'alpha et l'oméga des politiques libérales conservatrices et réactionnaires, ça ne pourra que chauffer de plus en plus. C'est donc individuellement qu'il faut anticiper, se préparer. La première chose à envisager est de quitter la ville, "se mettre au vert" prend ici tout son sens. Avec des températures qui vont inexorablement grimper et durer plus longtemps vivre en ville va devenir insupportable. Les besoins de climatisation vont accentuer le phénomène, la consommation d'énergie va augmenter... alimentant d'autant le cycle infernal. Les "sacrifices" qui ne sont pas faits aujourd'hui seront d'autant plus douloureux dans le futur ET pour un plus grand nombre.
Réponse de le 26/02/2020 à 14:50 :
Je suis malheureusement d'accord. Cela dit, je me pose aussi la question de la vie à la campagne, tout en me disant qu'avec un cout croissant des transports (taxation du carburant + hausse du cout des autos moins émettrices), il va falloir se mettre dans des villages ou on peut se déplacer à pieds ou à vélos pour aller du travail, à l'école, au magasin, à la maison.
a écrit le 26/02/2020 à 9:34 :
Alors qu'il suffit de remplacer les emplois de destruction de la nature par des emplois de préservation de la nature mais il est vrai que la nature elle n'a ni fortune, ni paradis fiscal, ni lobby.

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