Energies renouvelables : Ségolène Royal présente sa feuille de route et laisse de côté le nucléaire

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Ségolène Royal assume l'absence de directives sur le nucléaire dans la feuille de route: Je ne vais pas freiner la partie Programmation pluriannuelle du renouvelable, parce que sur le nucléaire, c'est beaucoup plus complexe.
Ségolène Royal assume l'absence de directives sur le nucléaire dans la feuille de route: "Je ne vais pas freiner la partie Programmation pluriannuelle du renouvelable, parce que sur le nucléaire, c'est beaucoup plus complexe." (Crédits : © Gonzalo Fuentes / Reuters)
Le texte signé mercredi par la ministre de l'Environnement et de l'Énergie constitue une partie de la Programmation pluriannuelle (PPE) déclinant les orientations de la loi de transition énergétique. Mais un point essentiel n'est pas abordé, au grand dam des ONG: l'évolution du parc nucléaire français.

"[Le document] est prêt, je l'ai signé ce matin [mercredi]." C'est par ces mots que Ségolène Royal a annoncé mercredi 6 avril la finalisation de la feuille de route pour le développement des énergies renouvelables en France.

Le texte a été transmis pour avis au Conseil supérieur de l'énergie (CSE), qui devrait se prononcer d'ici à la fin du mois d'avril. L'entourage de la ministre précise que sa publication au Journal officiel pourrait ensuite intervenir en mai.

Une partie de la Programmation pluriannuelle de l'énergie

"J'ai décidé de mettre à consultation la partie de la Programmation pluriannuelle [de l'énergie] qui concerne les énergies renouvelables. Pourquoi? Parce que ça permet de motiver les filières industrielles (...) et de donner une place claire à tous les appels à projets que je vais lancer", a expliqué Ségolène Royal.

Très attendue par les acteurs du secteur énergétique, cette Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) est un texte réglementaire qui doit décliner les orientations de la loi de transition énergétique, en détaillant les grandes trajectoires d'évolution des sources d'énergie jusqu'en 2023.

Son enjeu est de taille: planifier la montée en puissance des énergies renouvelables, qui doivent couvrir 40% de la production d'électricité en 2030 et organiser la baisse de la consommation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon). Sans oublier la réduction de la part du nucléaire dans la production de courant: de 75% aujourd'hui à 50% à l'horizon 2025.

Objectif revu à la baisse pour l'éolien en mer

Le projet d'arrêté, obtenu par l'AFP, fixe notamment un objectif de 14.300 mégawatts (MW) de capacité installée pour l'éolien terrestre en 2018, puis une fourchette de 21.800 à 23.300 MW en 2023. Pour l'énergie solaire, l'objectif intermédiaire est de 10.200 MW, porté ensuite jusqu'à 20.200 MW.

Pour l'éolien en mer, l'ambition est revue à la baisse: la France vise 500 MW de puissance installée en 2018 puis 3.000 MW cinq ans plus tard, alors qu'elle visait précédemment 6.000 MW en 2020.

"Des investigations complémentaires" sur le nucléaire

Une question centrale est toutefois laissée en suspens par le texte: celle de l'évolution du parc nucléaire français. Ségolène Royal a justifié son choix en insistant sur la complexité du dossier. "Je ne vais pas freiner la partie Programmation pluriannuelle du renouvelable, parce que sur le nucléaire, c'est beaucoup plus complexe", a expliqué la ministre, qui a présenté deux scénarios pour le futur de l'atome:

"Soit on ferme les centrales les plus anciennes, sous le contrôle de l'Autorité de sûreté nucléaire et sur proposition d'EDF, soit on diminue le volume de production des centrales. Ce travail mérite des analyses techniques complémentaires qui ne sont pas terminées."

"J'ai demandé des investigations complémentaires, une cartographie claire des lieux", a-t-elle ajouté, précisant que certaines centrales seraient prolongées au-delà de 40 ans et d'autres fermées et promettant de se prononcer "le plus vite possible". Les scénarios devront tenir compte de différents facteurs, comme la montée en puissance des énergies renouvelables, la croissance de la consommation d'électricité, le taux de disponibilité des centrales ou encore les capacités d'exportation de courant de la France.

Les ONG exigent une PPE complète

Le silence du texte sur ce point déçoit les ONG. "Sans orientations sur l'évolution de la consommation et sur les autres sources de production, le nucléaire et les énergies fossiles, les objectifs d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique resteront des vœux pieux", déplore Anne Bringault, coordinatrice sur la transition énergétique pour le Réseau Action Climat et le CLER. Elle demande urgemment "de mettre en consultation une PPE complète et cohérente avec les objectifs de la transition énergétique". Du côté de Greenpeace, la solution est toute trouvée pour faire de la place aux énergies renouvelables: fermer plusieurs réacteurs nucléaires.

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a écrit le 22/05/2016 à 17:19 :
C'est un triste spectacle que de voir des ONG dont la raison d'exister est la destruction du parc électronucléaire, non seulement s'exprimer (cela fait partie de la démocratie) mais d'avoir l'écoute du gouvernement et même de beaucoup de médias.
La disparition des centrales nucléaires en France aurait de très graves conséquences pour le pays :
- augmentation brutale du coût du kWh (TTC bien entendu) : la moyenne européenne étant 40% au dessus des tarifs EDF (TTC), et l'Allemagne deux fois plus chère depuis le début de l'arrêt des centrales.
- impasse technique : car les énergies solaire et éoliennes ne fonctionnent que quand la météo le permet, et on ne sait pas stocker massivement l'électricité. Ne compter que sur ces sources d'énergie revient à accepter des pénuries fréquentes et durables d'énergie électrique, comme après la dernière guerre
- dégradation de nos paysages : le passage de 5000 éoliennes (situation actuelle) à quelque 100 000 éoliennes modifierait fortement notre qualité de vie (bruit, environnement visuel...)
- indépendance énergétique : les machines utilisées dans l'éolien et le solaire étant quasiment toutes importées, avec des composants rares (dont les terres rares des éoliennes en provenance de Chine)
- pollution atmosphérique : car qui dit énergies intermittentes dit compensation des périodes sans vent ni soleil par des centrales au gaz voire eu charbon, avec des émissions de CO2 qui réchauffent notre planète et de particules fines qui génèrent plusieurs millions de cancers du poumon par an (source : OMS)
Toutes ces raisons qui militent pour conserver l'avantage d'un parc nucléaire fournissant 75% de notre électricité, associé à un parc hydraulique (12%) ne sont jamais honnêtement évoquées ni par la ministre ni évidemment pour les ONG auxquelles elle donne de l'audience (son directeur de campagne en 2007 n'était-il pas ancien directeur de Greenpeace ?).
L'intérêt général s'effaçant devant les intérêts particuliers (électoraux pour le PS et les Verts, idéologiques pour les ONG), notre pays s'enfoncera de plus en plus dans la décadence sauf si un nouveau gouvernement plus soucieux de l'intérêt de la nation et sans a priori idéologique (j'ajouterais composé de gens compétents) prend rapidement la place de l'actuel.
a écrit le 09/04/2016 à 8:41 :
..." J'AI decidé de mettre à consultation..." / ..."J'AI demandé des investigations complementaires ..." / ..." JE ne vais pas freiner la partie Programation..." / ...les appels d'offre que JE vais lancer ; c'est bien d'etre la chantre du travail d'equipe ? non ? mais dites nous donc , petite madame : iriez vous , au cas ou , declarer à un tribunal :J'AI geré LA REGION Poitou-Charentes ???
a écrit le 08/04/2016 à 12:51 :
C'est tres bien cette PPE mais quels moyens sont mis au bout. Pour les EnR ca signifie des tarifs de promotion, pas forcement eleves mais stable or celui du solaire fait du yo-yo incomprehensible.
Par ailleurs le prix de marché du kWh est tres bas car il ya beaucoup de moyens de productions. Seuls la fermeture de nombreuses unités polluantes permettra de compenser les unités nouvelles et ramener le kWh a 5-6 c€ contre 3 actuellement.
Il va falloir trancher et fermer des centrale nuke.
a écrit le 08/04/2016 à 12:48 :
Bonne décision. Ce qu'elle ne dit pas : produire de l'électricité verte coûte PLUS cher et elle n'a pas les moyens d'augmenter la CSPE.
a écrit le 08/04/2016 à 11:20 :
L' intérêt des consommateurs est d'avoir une fourniture d'énergie stable qu'il paye le moins cher possible. Or les énergies renouvelables coûtent encore tres chères en coût de production auquel s'ajoutent les taxes payées par les consommateurs pour leur développement et qui figurent en bas de leurs factures. Donc évolution du mix énergétique : oui, mais en garantissant une énergie abondante, stable et peu coûteuse.
a écrit le 08/04/2016 à 9:30 :
Incompétence et gaspillage de l'argent publique il suffit de regarder son bilan dans sa région...juste le paraître dans les médias pour satisfaire son ego bref une énarque!
a écrit le 07/04/2016 à 22:31 :
Très bonnes mesures dont il faudrait intégrer plus nettement le stockage d'énergie, l'efficacité énergétique et les réseaux intelligents indépendants et locaux car çà va de pair avec une bonne gestion de l'énergie à coût raisonnable. Pour le nucléaire la réalité est que la 3e génération est cuite et dépassée et qu'une bonne gestion des déchets (large réduction de leur durée de nuisances) et exploitation de la filière thorium supposerait l'exploitation combinée de plusieurs types de centrales et la 4e génération. Intéressant pour les résultats mais en l'état on se heurte clairement au prix. Bref le nucléaire qui nous a avantagé va continuer de nous plomber si on ne prend pas le virage plus rapidement mais çà gêne du monde qui freine des 2 fers ! : le lobby nucléaire en France, celui du charbon en Allemagne etc Chaque pays à ses boulets ! Mais il est plus que temps de se bouger malgré cela.
a écrit le 07/04/2016 à 19:37 :
elle évoque une programmation pluriannuelle ! alors que dans quelques mois elle aura disparu des écrans radars ! elle devrait se contenter d'objectifs à plus courts termes !c'est pas elle qui va engager notre pays pour les prochaines décennies avec les c....qu'elle raconte comme vouloir vendre Fessenheim aux Américains de Tesla pour y assembler la nouvelle voiture électrique , sans penser que la fermeture de Fessenheim demandera au moins 20 ans et coûtera quelques milliards ! le constructeur a surement besoin d'une solution industrielle plus rapide , plus simple et moins couteuse ! tout ça pour qu'on parle d'elle !
a écrit le 07/04/2016 à 15:34 :
"Objectif à la baisse pour l'éolien en mer", c'est normal, cette ministre brasse du vent.
Sur la géothermie : rien
Sur les panneaux solaires installer sur les toits des bâtiments : rien.
Quelqu'un pourrait-il lui rappeler que l'énergie la plus efficace et la moins cher, et la moins sensible aux intempéries est celle qui est produite au plus prés du consommateur. Mais cela remettrait en cause, les parcs éoliens, les parcs solaires et le bastringue Edf.
Réponse de le 08/04/2016 à 9:47 :
brasseuse d air comme toute la clique!!!

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