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ClimatEnergie & Environnement

Fessenheim : le conseil d’administration d'EDF temporise

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 06 avril 2017 à 18:32 - Mis à jour le 07 avril 2017 à 07:22

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Malgré les pressions exercées par le gouvernement ces dernières heures, les administrateurs de l’opérateur ont préféré temporiser une fois de plus à quelques semaines de l’élection présidentielle. Au-delà d’un dossier qui aura empoisonné le quinquennat de François Hollande, ce nouvel épisode illustre la complexité des relations entre l’entreprise publique et l’Etat actionnaire, et la difficulté de faire évoluer le mix énergétique français, comme le prévoient pourtant trois des cinq "grands" candidats à...

[Papier mis en ligne 6/04/2017 à 19h40 - mise à jour à 20h32]

Certes, les administrateurs d'EDF ont finalement approuvé cet après-midi le principe de l'arrêt de Fessenheim. Mais, contrairement à ce qu'auraient souhaité l'Elysée et la ministre de l'Energie Ségolène Royal, la demande d'abrogation de l'autorisation d'exploitation ne sera pas prise tout de suite. Elle sera adressée à l'Etat dans les six mois précédant la mise en service de l'EPR de Flamanville. Accusant déjà plusieurs années de retard, cet EPR doit être opérationnel fin 2018. En outre, le PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy, a obtenu que soit ajoutée une autre condition : que le plafond de 63,2 gigawatts (GW) de capacités nucléaires, fixé par la loi de transition énergétique, soit maintenu. Cela laisse la porte ouverte à de nouveaux reports pris sur la base des résultats concernant l'examen de la cuve de Flamanville ou la remise en service de la centrale de Paluel, et plus généralement des interruptions de fonctionnement exigées par l'Autorité de sûreté nucléaire.

Une première délibération, actant la possibilité immédiate de prendre le décret de fermeture, avait d'abord été rejetée par les administrateurs et donc pas soumise au vote. Cette décision permet de ménager la chèvre et le chou. Cette promesse du candidat, censée préfigurer la première étape d'une baisse progressive de la part nucléaire de la production électrique française, le président l'avait ré-affirmée lors de sa première conférence environnementale à l'automne 2012, assortie d'une échéance : fin 2016. Celle-ci n'a cessé d'être repoussée au grès des négociations portant sur les conditions, notamment financières, de cette fermeture.

Un compromis à près de 500 millions d'euros

Après bien des débats, il était déjà convenu que la fermeture n'interviendrait qu'à l'entrée en service de l'EPR de Flamanville et dans le cadre d'une capacité de production nucléaire globale maintenue au niveau de 63,2 GW.

Sur le plan financier, aussi éloigné des deux à trois milliards réclamés par l'entreprise que des 80 à 100 millions estimés par Ségolène Royal pour compenser le manque à gagner, c'est finalement un montant fixe de près de 500 millions d'euros, assorti d'une part variable selon l'évolution des prix de l'électricité, qui avait été arrêté.

Côté gouvernement, la plus vieille centrale de France avait également été choisie car elle se situe sur une faille sismique. Côté EDF, le coût (300 millions d'euros) des travaux engagés après Fukushima, ou encore la rentabilité d'un équipement rapportant quelque 200 millions par an ont été beaucoup utilisés pour rejeter la fermeture, sans compter évidemment les aspects sociaux du dossier.

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On apprenait il y a quelques jours la tenue du Conseil d'Administration de ce 6 avril, et l'intention affichée par le gouvernement d'y voir au moins entériné le principe de cette fermeture, charge le prochain gouvernement de s'y atteler.

Entreprise publique recapitalisée par l'Etat

Ségolène Royal puis Michel Sapin n'ont d'ailleurs pas ménagé leurs efforts pour convaincre les six administrateurs indépendants quelques heures avant le vote, les six représentant de l'Etat (actionnaire d'EDF à 86%), étant interdits de vote car en situation de conflit d'intérêt et les six représentants des salariés étant par définition opposés à la fermeture.

Mais  les « mises en garde » mercredi de la ministre de l'Ecologie sur le risque de « porter atteinte à l'intérêt de l'entreprise », comme les déclarations du ministre de l'Economie et des Finances jeudi matin, considérant qu'« il n'était pas envisageable qu'EDF, entreprise publique à plus de 80% et que l'État vient de recapitaliser, ne soit pas alignée avec la volonté gouvernementale », n'auront pas totalement fait mouche.

Ajoutées à celles des 250 salariés de la centrale venus manifester devant le siège parisien de l'entreprise, les pressions du gouvernement dans la dernière ligne droite n'ont fait qu'inciter une majorité des six administrateurs indépendants à entériner tout en la repoussant, la demande d'abrogation de fonctionnement. Mais Ségolène Royal préfère saluer une délibération, qualifiant cette fermeture « d'inéluctable et irréversible ».

20 réacteurs fermés d'ici à 2025 ?

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Certes, comme n'ont eu de cesse de répéter les opposants à la fermeture tout au long d'un bras de fer qui aura duré aussi longtemps que le quinquennat, même un décret de fermeture aurait facilement pu être détricoté par un autre décret sous un prochain gouvernement. Mais c'est encore plus simple sans décret, et François Fillon comme Marine Le Pen ont d'ores et déjà annoncé leur volonté d'annuler cette fermeture. Pour les trois autres « grands » candidats en revanche, alignés sur la mise en œuvre de la loi de transition énergétique (Macron), voire plus ambitieux encore concernant la baisse de la part du nucléaire (Hamon et Mélenchon) dans la production électrique, le feuilleton de Fessenheim laisse présager de nombreux bras-de-fer à venir.... Le simple passage de la part de l'atome de 75 à 50% implique en effet selon la Cour des Comptes, de fermer entre 17 et 20 réacteurs d'ici à 2025.

Dominique Pialot

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