L'économie circulaire, clef de voûte de la lutte contre le réchauffement

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En Chine, où la majorité des maisons et des routes que seront utilisés dans les prochaines 10 à 50 années doivent encore être construites, et où l'utilisation de matériaux par le BTP devrait plus que doubler d'ici à 2050, en passant de 239 à 562 milliards de tonnes, Circle Economy calcule que le secteur émet 3,7 milliards de tonnes de gaz à effet de serre chaque année.
En Chine, où "la majorité des maisons et des routes que seront utilisés dans les prochaines 10 à 50 années doivent encore être construites", et où l'utilisation de matériaux par le BTP devrait plus que doubler d'ici à 2050, en passant de 239 à 562 milliards de tonnes, Circle Economy calcule que le secteur "émet 3,7 milliards de tonnes de gaz à effet de serre chaque année". (Crédits : Reuters)
62% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont libérées pendant l'extraction et la transformation des matériaux composant les produits de consommation, ou pendant leur fabrication, relève un rapport publié ce mardi à Davos par l'organisation Circle Economy. Pourtant, les gouvernements négligent la mise en place de stratégies incitant les entreprises à des modèles économiques plus circulaires.

Energies renouvelables, efficacité énergétique, reforestation... alors que les "solutions phares" sur lesquelles misent aujourd'hui les pays du monde pour enrayer le réchauffement climatique montrent leurs limites, une stratégie potentiellement complémentaire est négligée. Il s'agit de l'économie circulaire, à savoir un nouveau modèle de production fondé -selon la définition courante- sur trois principes : réduire la consommation de matière dans les processus de fabrication, étendre la durée de vie des produits et recycler tous matériaux en fin de vie.

Or, généraliser l'application d'un tel modèle pourrait contribuer significativement à l'objectif de contenir l'augmentation des températures dans la limite d'1,5°C, souligne un rapport publié ce mardi à Davos par le think tank Circle Economy. 62% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (50,9 milliards de tonnes de CO2 équivalent en 2017, sans prendre en compte celles liées à l'utilisation des terres et à la foresterie) sont en effet relâchées pendant l'extraction (24,5%) et la transformation (19,6%) des matériaux composant les produits de consommation, ou pendant leur fabrication (18,3%), souligne l'étude, en citant un rapport de 2018 de l'agence environnementale nationale néerlandaise.

Lire: Soldes : les "déconsommateurs" contre-attaquent

"Seulement 38% (de ces émissions, NDLR) sont libérées lors de la livraison (12,8%, NDLR) et de la consommation (24,9%, NDLR) des produits et services", ajoute le rapport.

 "Un monde à 1,5°c ne peut être qu'un monde circulaire", conclut le PDG de Circular Economy, Harald Friedl.

L'économie mondiale dans la mauvaise direction

Toutefois, aujourd'hui, seulement 9% des 92,5 milliards de tonnes de matières premières vierges (minéraux, combustibles fossiles, métaux et biomasse) exploitées chaque au niveau planétaire sont réinjectées dans le système, pointait la première édition du rapport de Circle Economy, publié en 2018 lors de la précédente réunion du Forum économique mondial. Et malgré cette mise en garde,  l'utilisation de nouvelles ressources ne cesse de croître. "Elle  a plus que triplé depuis 1970 et pourrait encore doubler avant 2050 si on n'agit pas", regrette le think tank, en citant des données de l'Organisation des nations unies.

C'est pourquoi l'organisation renouvelle son appel aux gouvernements et aux leaders mondiaux à prendre des mesures afin d'enclencher le passage d'une économie linéaire (extraction, fabrication, production des déchets) "à une économie circulaire qui maximise l'utilisation des actifs existants, tout en réduisant la dépendance à l'égard des nouvelles matières premières et en réduisant les déchets".

"Les stratégies des gouvernements en matière de changement climatique (...) devraient repenser les chaînes d'approvisionnement jusqu'aux puits, champs, mines et carrières d'où proviennent nos ressources, de manière à réduire la consommation de matières premières".

Optimiser la durée de vie des bâtiments

Pour les entreprises, il s'agit de repenser leur modèles économiques. Le rapport insiste sur deux secteurs particulièrement importants dans cette transition. Le premier est le BTP, qui utilise la moitie des nouvelles ressources extraites annuellement et est responsable d'un cinquième des émissions de gaz à effet de serre. Les principes de l'économie circulaire pourraient y être très profitablement appliqués. En France, le BTP est à l'origine de plus de 70% des déchets du paysselon des chiffres publiés par l'Ademe en 2016. En Chine, où "la majorité des maisons et des routes qui seront utilisés dans les prochaines 10 à 50 années doivent encore être construites", et où l'utilisation de matériaux par le BTP devrait plus que doubler d'ici à 2050, en passant de 239 à 562 milliards de tonnes, Circle Economy calcule que le secteur "émet 3,7 milliards de tonnes de gaz à effet de serre chaque année".

Mais les stratégies doivent être adaptées aux réalités locales. "En Europe et dans d'autres économies développées disposant d'un parc de logements mature", où la croissance dans le BTP est donc contenue, le rapport appelle ainsi non seulement à "augmenter le taux actuel de 12% de réutilisation et de recyclage des matériaux" de construction, mais surtout "à maximiser la valeur des bâtiments existants en prolongeant leur durée de vie, en améliorant l'efficacité énergétique et en trouvant de nouvelles utilisations si nécessaire". "Optimiser la durée de vie des bâtiments et les concevoir pour une utilisation flexible" constitue ici donc la voie principale vers une industrie de la construction plus respectueuse de l'environnement.

Lire aussi: Les déchets du bâtiment, défi de la ville décarbonée

Eviter les erreurs commises dans le passé

Dans le pays émergents, où le marché de la construction est en pleine expansion sous la pression de la croissance démographique et de l'urbanisation, en revanche, "le défi est d'adopter des pratiques minimisant l'utilisation des matériaux vierges et les émissions qui y sont associées".

"Le bambou, le bois et d'autres matériaux naturels peuvent potentiellement réduire la dépendance à l'égard des matériaux à forte intensité de carbone tels que le ciment et les métaux dans la construction. Au lieu d'émettre du carbone, ces matériaux le stockent et dureront des décennies. Ils peuvent être brûlés pour générer de l'énergie à la fin de leur vie", note par exemple le rapport.

L'enjeu est d'"éviter les erreurs commises dans le passé" dans les pays développés", "de remplacer les méthodes de construction traditionnelles par des pratiques de pointe qui ne permettront pas d'obtenir de fortes émissions pendant les décennies à venir", et de maximiser l'impact en appliquant ces principes non seulement à la conception des maisons, des bâtiments et des infrastructures, mais également à celle "des villes entières pour une utilisation optimale des ressources", explique Harald Friedl. En Chine, aujourd'hui, moins de 2% des matériaux utilisés dans la construction sont réutilisés ou recyclés. La bonne nouvelle est cependant que leur taux de recyclage a atteint 10% en 2015 et continue d'augmenter.

Lire aussi: Déchets : la Chine ferme ses portes, une opportunité pour l'industrie française ?

La conception modulaire pour récupérer des matériaux de valeur

Autre secteur clé, les "biens d'équipement", qui comprennent "un large éventail de produits, des voitures aux scanners médicaux et aux panneaux solaires", en passant par les imprimantes industrielles et les ascenseurs. Bien que son impact matériel soit relativement modeste (7,2 milliards de tonnes, à savoir 6,5% de l'ensemble des matériaux), et qu'il soit responsable de seulement 6,5% des émissions, il "consomme plus que la moitié de  tous les métaux minerais consommés à l'échelle mondiale". Le caractère très technologique de ce secteur lui confère toutefois un fort potentiel de transformation, et donc d'intégration de l'économie circulaire dans la conception des produits, susceptible d'engendrer des "innovations disruptives" productrices de richesse, selon Circle Economy.

Le rapport cite notamment le covoiturage et l'autopartage, ainsi que l'avènement des voitures autonomes, "qui multipliera l'utilisation de chaque véhicule par huit". Il évoque également la conception modulaire, qui permettrait de désassembler facilement certaines produits comme les panneaux solaires -dont 78 millions de tonnes ne seront plus utilisés d'ici à 2050-, d'en réutiliser des composants et d'en récupérer des matériaux de valeur.

Lire aussi: Veolia ouvre la première unité européenne de recyclage de panneaux solaires

Un impact positif sur la croissance et les emplois

Les Etats pourraient encourager cette transformation industrielle, notamment en adoptant des mesures fiscales. Le rapport soutient la nécessité de "supprimer les incitations financières qui encouragent la surexploitation des ressources naturelles, telles que les subventions pour l'exploration, l'extraction et la consommation de combustibles fossiles"; d'"augmenter les taxes sur les émissions, l'extraction excessive de ressources et la production de déchets, par exemple en mettant en place une taxe sur le carbone progressivement croissante"; et de "réduire les impôts sur le travail, les connaissances et l'innovation et investir dans ces domaines".

"Des taxes sur le travail moins élevées encourageront les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre d'une économie circulaire, tels que les programmes de reprise et le recyclage", explique-t-il.

Selon Circle Economy, une approche plus circulaire de l'économie aurait en effet non seulement des effets positifs sur le climat. Elle stimulerait aussi "la croissance, en rendant les économies plus efficaces". Et en "transformant le contrat social", elle réduirait les inégalités.

Lire: Rapport Oxfam : 26 milliardaires détiennent autant d'argent que la moitié de l'humanité

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Commentaires
a écrit le 22/01/2019 à 18:39 :
Un article qui tombe bien :
https://www.usinenouvelle.com/article/pour-le-cese-la-mine-en-france-ne-doit-plus-etre-un-tabou.N796600
Quand est-ce qu'on arrête l'hypocrisie ?
Les bobos friqués, accrocs de nouvelles technologies, est-ce que leurs smartphones et leurs hautes technologies connectées très énergivores sont fabriquées avec des carottes, des principes actifs ou de la spiruline?
a écrit le 22/01/2019 à 11:57 :
D'où l'intérêt de stopper l'imposture de la "Transition énergétique" dévoreuse de terres rares pour alimenter la voiture électrique. Voir le bouquin de Pitron
a écrit le 22/01/2019 à 10:42 :
Bla...bla.....blaaaa..... réguler de façon autoritaire la démographie à travers le monde, c'est l'unique solution. Malheureusement l'homme est définitivement un parasite qui a le pouvoir de se donner bonne conscience.
a écrit le 22/01/2019 à 9:02 :
Les actionnaires milliardaires préfèrent régner sur un milliard d'habitants (GIEC) plutôt que sur 7 milliards, leur volonté est donc de continuer, pour eux tout va bien sans hésiter.

C'est pour cela que de sans arrêt désigner le citoyen responsable de la destruction du monde commence à devenir franchement grotesque permettant de suite de taxer d'inculte celui qui l'affirme.

De l'inculture à la criminalité, nos propriétaires d'outils de production et de capitaux oeuvre contre le monde en toute tranquillité.

"Triomphe de l’oligarchie" https://www.monde-diplomatique.fr/2010/06/A/19241

"La lutte des classes existe bel et bien mais c'est ma classe, celle des riches, qui la fait et nous gagnons." W. Buffet.
Réponse de le 22/01/2019 à 10:24 :
Curieux que vous utilisiez les moyens offerts par ces « criminels » pour vous exprimez librement et faire connaître vos positions !!! Il y a, là dedans, quelque chose qui cloche....

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