Déchets en plastiques : une nouvelle vague de multinationales se mobilise

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Les fonds mobilisés par l'Alliance to End Plastic Waste (AEPW) doivent notamment servir à quatre types d'interventions essentielles, parfois au travers du soutien à des programmes déjà en cours : le développement d'infrastructures de traitement des déchets, l'innovation en matière de recyclage, l'éducation et le nettoyage des lieux déjà très pollués.
Les fonds mobilisés par l'"Alliance to End Plastic Waste" (AEPW) doivent notamment servir à quatre types d'interventions essentielles, parfois au travers du soutien à des programmes déjà en cours : le développement d'infrastructures de traitement des déchets, l'innovation en matière de recyclage, l'éducation et le nettoyage des lieux déjà très pollués. (Crédits : Carlos Jasso)
Une trentaine de sociétés annoncent, ce mercredi 16 janvier, la création d'une alliance visant à trouver des solutions d'élimination des déchets plastiques, dotée d'un fonds de plus d'un milliard d'euro. Mais, malgré la multiplication à travers le monde des interdictions de produits jetables, elle ne prévoit rien en matière d'éco-conception.

Confrontées à l'aggravation du phénomène de la pollution marine et à la pression de l'opinion publique, les multinationales de la planète, qui produisent énormément de déchets en plastique, se retroussent enfin les manches. Après Danone, H&M, L'Oréal, PepsiCo, Coca-Cola, Unilever, qui fin octobre ont adhéré à un "engagement mondial de la nouvelle économie des plastiques" promu par la fondation Ellen MacArthur et UN Environment, c'est au tour de BASF, Total, ExxonMobil, Dow, Mitsui Chemicals, LyondellBasell, Procter&Gamble, Chevron et Shell de se mobiliser, avec une vingtaine d'autres sociétés internationales implantées aux quatre coins du monde.

Ce mercredi 16 janvier, ces géants de la pétrochimie et des biens de grande consommation ont ainsi annoncé la création d'une alliance visant à trouver des solutions d'élimination des déchets plastiques, main dans la main avec des recycleurs comme Veolia et Suez. Le World business council for sustainable development figure parmi les partenaires stratégiques fondateurs.

Des partenariats avec les grandes villes

Les fonds mobilisés par la "Alliance to end plastic waste" (AEPW) (un milliard de dollars dans un premier temps et jusqu'à 1,5 milliard dans les cinq ans) doivent notamment servir à quatre types d'interventions essentielles, parfois au travers du soutien à des programmes déjà en cours : le développement d'infrastructures de traitement des déchets, l'innovation en matière de recyclage, l'éducation et le nettoyage des lieux déjà très pollués. Le communiqué de presse cite notamment l'objectif de nouer des partenariats avec les grandes villes, en particulier celles dépourvues d'infrastructures, situées au long des rivières et "dans des zones où les plastiques usagés sont abondants", pour améliorer leur gestion des déchets, afin "de créer des modèles reproductibles, économiquement viables".

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La grande majorité des déchets plastiques retrouvés dans les océans proviennent en effet de la terre ferme, notamment via les fleuves d'Asie du Sud-Est et d'Afrique. D'autres objectifs sont évoqués dans le communiqué de presse: "créer un pipeline de projets d'investissement", "développer un projet d'information scientifique ouvert avec des institutions universitaires", tablir des capacités de collaboration avec des organisations intergouvernementales". L'alliance prévoit également de soutenir l'ONG Renew Oceans, qui tente de récupérer les déchets plastiques dans les dix grandes rivières les plus polluées, dont huit se situent en Asie.

Rien sur l'éco-conception

"Il s'agit d'un défi mondial complexe et grave qui nécessite une action rapide et un fort leadership. Cette nouvelle alliance constitue l'initiative la plus vaste à date visant à mettre fin aux déchets plastiques dans l'environnement", souligne dans le communiqué David Taylor, PDG de Procter and Gamble et président de l'Alliance, en invitant d'autres entreprises à le rejoindre.

"L'histoire a démontré qu'une action collective et des partenariats entre l'industrie, les gouvernements et les ONG peuvent apporter des solutions innovantes à un défi mondial comme celui-ci", ajoute Bob Patel, président-directeur général de LyondellBasell et vice-président de l'AEPW.

A la différence de l'"engagement mondial de la nouvelle économie des plastiques", qui poursuit une véritable approche d'économie circulaire incluant la mise sur le marché de plastique 100% recyclable, compostable, ou réutilisable, voire l'"élimination des emballages en plastique problématiques ou non nécessaires", cette alliance ne prévoit toutefois rien en matière d'éco-conception.

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Pourtant, c'est sur ce terrain que le modèle traditionnel de l'industrie de l'emballage est aujourd'hui de plus en plus remis en cause non seulement par les consommateurs, mais aussi par les gouvernements, qui multiplient les interdictions d'objets jetables, ainsi que par les investisseurs. Et alors que l'engagement promu par la fondation Ellen MacArthur et UN Environment prévoit une mise à jour des objectifs poursuivi tous les 18 mois, rien de tel n'est mentionné par l'alliance annoncée aujourd'hui.

KFC et McDonald's promettent d'interdire les pailles

En France, deux autres multinationales largement responsables de la production de déchets en plastique, se sont aussi récemment senties obligées de renforcer leurs engagements. KFC vient d'annoncer la suppression des pailles en plastique dans l'ensemble de ses 250 restaurants français.

Elles seront remplacées par des pailles en papier, qui seront d'ailleurs uniquement disponibles à la demande. KFC - qui promet de mettre en oeuvre la mesure dès janvier dans quatre restaurants parisiens, et au cours du premier trimestre 2019 dans les autres - anticipe ainsi l'entrée en vigueur de la loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine, durable et accessible à tous ("loi Egalim"), où est prévue leur interdiction dès 2020.

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Dans le cadre de sa stratégie de réduction des gaz à effet de serre à l'horizon 2030,  McDonald's France a aussi affirmé, en décembre, vouloir supprimer dès 2019 la distribution de pailles et de couvercles en plastique qui, dans leur ensemble, pèsent plus de 400 tonnes annuelles. Ils seraient substitués par "des alternatives mieux-disantes du point de vue environnemental". Cette approche devrait ensuite être poursuivie "pour l'ensemble des autres ustensiles en plastique (bols pour les glaces et salades...)". McDonald's promet en outre "de déployer la mise en place du tri sélectif en salle dans l'ensemble des restaurants" d'ici trois ans.

L'engagement de ces deux enseignes de fast-food fait lui aussi suite à la pression de l'opinion publique. En octobre 2018, l'association Zero Waste France a en effet annoncé porter plainte contre deux restaurants parisiens, l'un appartenant à KFC et l'autre à McDonald's. Au cours d'une longue enquête, elle a documenté l'absence de poubelles de tri en salle, alors que toutes les entreprises ont l'obligation depuis 2016 de trier leurs déchets de papier et plastique. L'émission "Envoyé spécial" a elle aussi documenté l'absence de poubelles de tri dans un restaurant parisien de McDonald's.

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a écrit le 17/01/2019 à 12:36 :
"La grande majorité des déchets plastiques retrouvés dans les océans proviennent en effet de la terre ferme, notamment via les fleuves d'Asie du Sud-Est et d'Afrique."

De la source d'origine, la Chine, à la fin du cycle à savoir l'Afrique utilisée par les décideurs politiques et économiques comme poubelle du monde.

Cocasse qu'aucun de ces deux pays ne "profite" de la joie consumériste non ?
a écrit le 16/01/2019 à 23:02 :
Je me rappelle avoir bossé dans un restaurant McDo étant étudiant, il fallait rationner les serviettes en papier: raison invoquée par le directeur: ça faisait des économies.
Maintenant ça sera pareil avec les pailles.
C'est beau l'écologie.
a écrit le 16/01/2019 à 22:21 :
C’est encore du green-washing: tous ces bons messieurs qui polluent allègrement, produisent du plastique au lieu d’arreter d’emballer vont s’occuper de l’éliminer après production ? Cela n’aura comme conséquence que d’augmenter la production puisque le déchet ne posera plus problème (au moins virtuellement parce que dans les faits le système ne sera pas efficace). Personnellement, je n’achete plus de produits emballés sous plastiques, je fais mes yaourts moi même dans des pots en verre recyclés.
Réponse de le 17/01/2019 à 12:23 :
Aux pollueurs de nettoyer à commencer par tout ces soi-disant ingénieurs qui détruisent l'environnement

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