Les géants de l'énergie accusés de bloquer les renouvelables en France

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En France, les renouvelables ne représentent que 12 % de l'énergie consommée.
En France, les renouvelables ne représentent que 12 % de l'énergie consommée. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le rapport « Nouveau Monde », commandité par la ministre de l'Environnement, propose une centaine de mesures pour passer à l'après-pétrole. Il attribue l'échec des renouvelables en France à la toute-puissance des géants de l'énergie comme EDF, Engie et Areva.

La ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, avait commandité cet hiver un rapport sur l'économie du Nouveau monde, celle de l'après-pétrole. Coordonné par l'ancienne députée européenne Corinne Lepage, le texte propose un bataillon de nouvelles réformes fiscales et économiques pour favoriser la croissance grâce à l'environnement.

Décentraliser l'énergie, l'inverse du modèle français

C'est, pour une fois, une approche décentralisée qui est privilégiée. Après une trentaine d'auditions d'entrepreneurs des énergies renouvelables ou du bio, les auteurs sont persuadés que le capitalisme à la française avec des grands groupes qui font la pluie et le beau temps finit par être néfaste au développement d'une nouvelle voie. « Il faut faciliter l'accès aux financements des petites entreprises, beaucoup d'entre elles sont motivées, mais peinent à obtenir des fonds parce que leur activité est innovante » constate l'un des auteurs, l'économiste Thomas Porcher.

Le label « France Avenir » sur les traces de la « French Tech »

Pour cela, le rapport Nouveau monde suggère 5 mesures phares, dont la création d'une marque spécifique « France Avenir », qui marcherait dans les traces de la « French Tech ». Une façon de rendre plus lisibles pour le consommateur les innovations françaises. Le rapport de Corinne Lepage suggère également la création d'un « Medef » du « Nouveau monde » qui permette à ces entreprises de peser dans les décisions. Une critique à peine voilée envers l'organisation très « industrielle » de l'organisation patronale française, dont les principaux postes sont souvent réservés à des pontes des grandes entreprises plutôt qu'à des entrepreneurs innovants.

>>Lire : La COP 21 financée par des sponsors controversés

Enfin le rapport Nouveau monde suggère de créer un « institut de la transition » qui permette de prendre en compte dans le modèle économique global les externalités négatives pour l'environnement, dont le prix reste sous-valorisé. Un « fonds de remédiation » permettrait également de financer les projets dont la rentabilité est encore bancale.

Dans son ambition d'orchestrer un monde sans pétrole, le rapport se penche à la fois sur la filière énergétique et la filière agricole, grosse consommatrice de dérivés du pétrole non seulement en tant que carburant, mais aussi sous forme d'intrants : engrais, produits phytosanitaires. Le développement difficile de la filière bio en France est ainsi passé en revue.

Parmi les idées de bon sens du rapport, la réduction de la TVA sur les produits bio ou les produits issus de l'économie circulaire.

Engie, EDF et Areva pointés du doigt

« Il faut que les entreprises puissent peser dans le débat. Malgré les avantages donnés aux renouvelables, les bilans énergétiques sont quasiment les mêmes qu'il y a 10 ans en Europe, rien n'a changé » s'insurge Thomas Porcher. En France, les énergies renouvelables représentaient 12 % de l'énergie consommée en 2012, selon le rapport d'étape fourni à la Commission européenne ; l'objectif des 20 % en 2020 est donc encore loin.

Le fait que l'État, qui reste actionnaire des géants de l'énergie comme Engie (ex GDF Suez), EDF et Areva , des entreprises principalement axées vers des énergies du passé, pose aussi problème dans la mesure où « ces gros acteurs se sont développés en étant en monopole et avec capitaux publics. Il faut maintenant que l'État redevienne stratège dans ses investissements et arbitre ces fonds en faveur des renouvelables » avance l'économiste. Le rapport identifie, parmi les obstacles spécifiques du développement de cette nouvelle économie, « les grands groupes en situation de monopole » ou encore « le refus du passage aux énergies renouvelables ».

>>Lire : Les énergéticiens français restent accros au charbon, mais à l'étranger

« Dans le secteur de l'énergie EDF bloque de manière quasi systématique et volontaire l'essentiel des innovations en matière d'énergies renouvelables de même qu'en matière d'efficacité énergétique en France. Elle est du reste parfaitement parvenue à son objectif consistant à ce que sa filière énergie renouvelable soit effectivement un acteur important du renouvelable, mais seulement à l'étranger, pratiquant la politique de la terre brûlée en France sur les filières industrielles du renouvelable » assure le rapport.

L'interdiction du RoundUp, une mesure symbolique

Clairement critique envers les géants français de l'énergie, le rapport n'a pas fait l'objet d'une présentation officielle par le ministère de l'Environnement. La remise du rapport a été annulée une première fois pour cause de venue du roi et de la reine d'Espagne, et Ségolène Royal était en déplacement au Bourget lundi lors de sa remise officielle.

La ministre visitait mardi matin une jardinerie pour promouvoir une mesure d'interdiction du désherbant RoundUp de Monsanto pour les particuliers. Le glyphosate qu'il contient a été décrété comme cancérigène par l'Organisation mondiale de la santé. Si les ONG saluent la mesure, elles rappellent qu'il s'agit surtout d'une mesure symbolique. Les particuliers ne représentent que 5 % de la consommation de RoundUp, un désherbant surtout utilisé dans l'agriculture à qui Monsanto fournit des semences de céréales résistantes au RoundUp (ou RoundUp Ready).

>>Lire Les Etats allemands appellent à l'interdiction d'un désherbant (EN)

En Allemagne, plusieurs Lander appellent également à la suppression du RoundUp, sans avoir pour l'heure été entendus par l'État fédéral.

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>> REPERES

Le projet de loi sur la transition énergétique, débattu depuis maintenant un an en France, peine à mettre tout le monde d'accord. Après avoir été repensé par le Sénat, il a été de nouveau modifié à l'Assemblée nationale en mai 2015 avant de repartir au Sénat en deuxième lecture. Le texte ne devrait pas être adopté définitivement avant la rentrée 2015. La place des grands groupes de l'énergie au sein du mix énergétique français continue de faire débat au sein de la classe politique, les Verts s'insurgeant notamment du maintien contre vents et marée du nucléaire.

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>> LIENS EXTERNES

Assemblée nationale

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Par Aline Robert, Euractiv.fr

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Euractiv

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a écrit le 17/06/2015 à 16:43 :
Comme souvent la solution est certainement au milieu. Il est exact que le coût du nucléaire est sous estimé par contre les défenseurs du renouvelable oublient un peu vite que si ces énergies peuvent répondre à des besoins individuels c'est plus délicat pour des besoins collectifs (ce qui explique par exemple que l'Allemagne ait du relancer ses centrales à Charbon). le problème n'est donc pas aussi simple que ne le pose les défenseurs du nucléaire ou des énergies renouvelables
le vrai dilemme est donc d'un coté une énergie abondante grâce au nucléaire mais avec un risque d'accident, un coût de démantèlement important mais pas de rejet de CO2 de l'autre des énergies renouvelables donc peu polluantes mais qui nécessitent en complément des centrales qui sont elles émettrices de Co2 de plus en l'état actuel ces énergies renouvelables ne sont pas économiquement compétitives et doivent être subventionnées. Cela mériterait donc un vrai débat avantage/inconvénients tranché par les citoyens mais qui ne soit pas pollué par le lobby nucléaire ou le lobby écolo (qui lui aussi existe!)
a écrit le 17/06/2015 à 13:21 :
Evidemment que la bataille actuelle se passe entre les energies decentralisees (PV, micro-hydro. eolien) et les energies centralisees qui sont le gagne-pain de EDF, Suez et autres partisans de la conservation. Il se trouve que c'est l'affrontement entre energies non polluante et tres polluantes (GES pour le charbon-gaz, dechets et pollution de site pour le nuke).

Il se trouve aussi que si tous les couts du nucleaire etaient inclus (demantelement, stockage de dechets, assurance accident), ce dernier devrait couter 8 c€ / kWh au lieu des 4 actuels et il serait alors evident a tout le monde que cette energie n'a aucun avenir et n'est pas competitive avec les EnR.
D'ailleurs la realite du terrain est que l'auto-consommation solaire eolienne ou hydro commence a prendre le pas.
Réponse de le 17/06/2015 à 14:19 :
Je crois que l’évolution la plus importante viendra du stockage d’énergie. Les enjeux technologiques et économiques sont énormes, car la problématique concerne de multiples secteurs et usages : l’autoproduction, les véhicules électriques, tous les appareils et outils portables, etc…
Concernant l’autoproduction et la décentralisation des lieux de production (ou répartition, tout comme l’a vécu le secteur informatique) le comble est de lire les arguments des pourfendeurs des producteurs de panneaux chinois, qui utilisent certainement : ordinateur, téléphone télé, radio, appareil photo, camera, tablettes,…tous fabriqués en Asie … Mais un panneau solaire, ça jamais, c’est une question d’honneur pour le pays. Le problème, c’est que les déchets nucléaires aussi resteront Français.
Mais il est vrai qu’entre un vulgaire panneau solaire à 150 € et un prestigieux projet de réacteur à surgénérateur à 9 Milliards, il n’y a pas de comparaison possible. Quoi que, au moins on est sur que le panneau solaire va produire et que il sera donc amorti un jour ou l’autre, même en produisant uniquement par intermittence.
a écrit le 17/06/2015 à 13:21 :
Le réveil va être difficile.
Ce n'est que le début du fiasco de la politique énergétique du tout nucléaire. Le verrouillage du marché ne changera rien à la finalité, sauf à revenir au système du monopole, Mais dans ce cas, pourquoi ne pas remplacer internet par le minitel ?
Ce n'est pas grave, dans une économie de marché, les pays concurrents vont certainement attendre que nous soyons prêts à couper le cordon ombilical avec notre système élitiste.
a écrit le 17/06/2015 à 12:28 :
Tout le monde connait les opinions très tranchées de C. Lepage sur l'énergie.Est-il vraiment utile de lui commander un rapport ( aux frais des contribuables) pour qu'elle les assène une fois de plus ?
a écrit le 17/06/2015 à 7:05 :
Il faut basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique.
a écrit le 17/06/2015 à 3:21 :
Quand on abandonne l'analyse cartésienne, on aboutit souvent à ce genre de bouillie militante. Cessez donc de porter des ornières ou changez de métier. C'est d'autant plus dommage que le sujet pourrait être révélateur et informatif.
a écrit le 16/06/2015 à 23:04 :
Bonjour,
Je trouve très dommage le mélange des genres dans cet articles. On commence par le sujet de l'énergie et on finit par le Roundup et Monsanto.
Un peu plus de rigueur journalistique serait la bienvenue. Là il y a un ménage des genre néfaste et chaque sujet abordé mériterait un dossier véritable et non un traitement par dessus la jambe à la va vite. C'est dommage le sujet abordé par le titre annonçait une ambition douchée par le manque de profondeur de l'article et le hors sujet. Je pense qu'en école de journalisme ça aurait valut environ 8 sur 20 pas plus. Trop d'affirmations et pas assez de faits et de preuve des blocage par exemple d'EDF et de la manière dont s'opèrent ces blocages. Quid des technologies vertes que développe EDF justement ? Plein de question qui ne sont pas abordées. Un article trop léger au vu du sérieux du sujet abordé ... .
a écrit le 16/06/2015 à 22:15 :
Corinne Lepage recycle son éternel discours à des années lumières des réalités industrielles, sociales, économiques et environnementales du secteur.
Les panneaux photovoltaïques fabriqués en Chine et transportés par bateau, auront coûté plus d'énergie à fabriquer et transporter que ce qu'ils convertiront en électricité chez nous. C'est un véritable non sens.
Il vaudrait mieux améliorer l'isolation des bâtiments et continuer la recherche sur le stockage de l'électricité à grande échelle, pour faire avancer les choses.
Le débat est complètement biaisé en France puisque politisé : il faut à la fois réduire les émissions de CO2, réduire la part du nucléaire dans le mix électrique (pas de chance le nucléaire ne produisait pas de CO2), augmenter la part des ENR (et donc le coût des subventions), tout ça sans augmenter la facture du client. Bref une équation sans solution. Ah oui j'oubliais, chaque année l'Etat prélève 3,5 Milliards d'euros de dividendes chez EDF, comme ça on creuse la dette d'EDF jusqu'à l'implosion de tout le système...
Mais bon il y aura sans doute quelques rapports sur le bureau du ministre d'ici là.
Réponse de le 17/06/2015 à 9:50 :
@Réaliste. Pas complètement d'accord avec vous; Mme Lepage a une attitude cohérente. Elle est engagée dans une double guerre, contre le nucléaire et contre le CO2. Et dans une guerre on accepte les privations, qu'on appelle frugalité ou économies d'énergie. Dans une guerre on n'a pas le choix et on passe par des ersatz coûteux, comme la méthanation chère à Mme Lepage. Après, reste à faire accepter cela aux Français et c'est pas gagné ; les journalistes auraient pu avoir un peu d'esprit critique face à un rapport de Mme Lepage.
Réponse de le 17/06/2015 à 13:15 :
Ou sont vos preuves ? Affirmer des absurdites ne fait pas une verite.
Les fabricants francais de panneaux solaires se nomment Photowatt, Sillia, Voltec, Fonroche et produisent autant de puissance PV qu'il s'en installe. Chez les fabricants de systemes annexes (onduleurs, cables, transfo, parafoudre) vous avez Schneider, Socomec, Clemessy...
Et pour finir ces panneaux produisent en 2-3 ans selon la latitude l'energie necessaire a leur fabrication pour une duree de vie de 35-40 (garanties de 20-30 ans, cf photovoltaique.info) et sont 100% recycles vis PV-Cycle.
Réponse de le 17/06/2015 à 16:12 :
Pas d'accord, a ce jour personne ne recycle le panneau solaire et encore moins à 100%. Pour cela il faudrait avoir une industrie de recyclage qui a été etoufe par les grands groupe francais qui sont site dans cette article et je rajouterais le CEA et INES qui font la pluie et le beau temps avec l'argent du contribuable.
a écrit le 16/06/2015 à 20:28 :
Est-ce que la meilleure solution pour notre avenir énergétique est vraiment le photovoltaïque et l'éolien ?
Des moyens qui, rappelons-le, produisent une électricité chère et intermittente dans un pays qui ne peut pas vraiment la stocker, où elle est déjà bien décarbonnée, et où de toute façon on consomme surtout du gaz et du pétrole...
a écrit le 16/06/2015 à 20:14 :
Une cetaine lucidité sur les actions des grands groupe energetique et historique en France, mais bon le principal actionnaire reste l'état, donc il est peux probable que cela change prochainement, il n'y a pas de vrais volonté politique....

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