Pesticides : le nouveau plan "Ecophyto 2+" déçoit les ONG

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Le gouvernement promet aussi d'accroître la transparence sur les moyens financiers alloués à la réduction des produits phytosanitaires, en réalisant notamment une cartographie nationale et régionale intégrant les diverses sources de financement, et en mettant à la disposition des agriculteurs avant octobre 2019 un guide des financements mobilisables dans l'ensemble des régions.
Le gouvernement promet aussi d'accroître la transparence sur les moyens financiers alloués à la réduction des produits phytosanitaires, en réalisant notamment une cartographie nationale et régionale intégrant les diverses sources de financement, et en mettant à la disposition des agriculteurs avant octobre 2019 un guide des financements mobilisables dans l'ensemble des régions. (Crédits : Regis Duvignau)
Le gouvernement a présenté mercredi 10 avril une nouvelle version de son plan national de réduction des produits phytosanitaires, comptant sur une "mobilisation pleine et entière de l'ensemble des parties prenantes". Mais les ONG regrettent des résultats et des nouvelles mesures très en-déça des objectifs affichés.

Première puissance agricole européenne, la France va-t-elle réussir à réduire sa consommation de produits phytosanitaires ? Encore une fois, le gouvernement a promis de s'y atteler. Mercredi 10 avril, dans le cadre d'une réunion mobilisant quatre ministères (Agriculture, Transition écologique, Santé et Recherche), ainsi que des ONG et des professionnels, il a en effet lancé une nouvelle version de son plan national de réduction des produits phytosanitaires "Ecophyto 2+", ainsi qu'établi un bilan des progrès effectués depuis le Grenelle de l'environnement de 2007 grâce aux deux plans successifs "Ecophyto 1 et 2".

Une augmentation de l'utilisation de glyphosate

Malgré un demi milliard d'euros alloué sur dix ans, les résultats paraissent très fragiles. Tout en figurant "seulement" "neuvième en quantité à l'hectare"  en Europe, la France, avec ses  287 millions d'hectares de surface agricole utile, y reste pourtant la première utilisatrice de produits phytosanitaires. Et si après sept ans d'augmentation de la consommation de pesticides en France (+12,4%) la tendance semble s'inverser, la baisse est très mesurée: de 2% en 2017 par rapport à 2016 selon France Nature Environnement, qui était présente à la réunion. Tout en regrettant que le ministre n'ait "pas pu communiquer les derniers chiffres de l'indicateur de référence, le NODU, pour cause de ... problème informatique !",  Générations futures précise avoir appris que 68.817 tonnes de pesticides ont été utilisées en France en 2017, à comparer à la dernière moyenne triennale glissée, qui s'élève à 70.640 tonnes ("en très légère baisse" selon l'association).

Quant au glyphosate, en revanche, "les résultats sont alarmants", selon la Fondation Nicolas Hulot (FNH), puisqu'"en 2017 on vend plus de ce pesticide qu'en 2011". Générations futures rapporte notamment des statistiques montrant que "8..31 tonnes de produit ont été vendus en 2017", contre "8.673 tonnes en moyenne annuelle sur les 3 dernières années (2015-2017)". La FNH observe pourtant que le suivi de la quantité de glyphosate utilisé ne comprend pas l'année 2018, ce qui rend difficile l'observation des progrès obtenus depuis la mise en place du plan de sortie du glyphosate en juin dernier.

Un travail de diffusion des bonnes pratiques filière par filière

Malgré ce bilan plutôt décevant, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Didier Guillaume, a confirmé les objectifs du gouvernement :

"Réduire de 25% l'utilisation de produits phytopharmaceutiques en 2020 et de 50% en 2025", ainsi que sortir "du glyphosate d'ici fin 2020 pour les principaux usages pour lesquelles des alternatives existent, et d'ici fin 2022 pour l'ensemble des usages".

Pour ce faire l'exécutif, qui compte sur une "mobilisation pleine et entière de l'ensemble des parties prenantes, publiques et privées, dans un esprit constructif", a annoncé diverses mesures, misant sur un travail de diffusion des bonnes pratiques filière par filière et au plus près des agriculteurs. Une "task force" engageant des acteurs publics et privés devra notamment assurer la coordination et le suivi opérationnel du plan. Présidée par le Préfet Pierre-Etienne Bisch, délégué interministériel au plan de sortie du glyphosate et de réduction des pesticides depuis décembre 2018, elle mobilisera les préfets de région, ainsi que les agences régionales de santé et les collectivités territoriales. Un comité de suivi réunira en outre fin avril l'ensemble des interprofessions végétales.

 30 millions d'euros pour la recherche de "voies alternatives"

Le gouvernement promet aussi d'accroître la transparence sur les moyens financiers alloués à la réduction des produits phytosanitaires, en réalisant notamment une cartographie nationale et régionale intégrant les diverses sources de financement, et en mettant à la disposition des agriculteurs avant octobre 2019 un guide des financements mobilisables dans l'ensemble des régions. La base de données d'achat et de vente de produits phytosanitaires à l'échelle de la commune doit aussi être rendue accessible le 1er juillet, "dans des modalités permettant de préserver l'anonymat des acheteurs".

Les moyens alloués à la recherche seront aussi renforcés, avec une dotation de 30 millions d'euros dans le cadre du 3e programme d'investissements d'avenir. L'objectif sera d'identifier "des voies alternatives" aux produits phytosanitaires, en "mobilisant les leviers" de "l'agroécologie, du biocontrôle, de la génétique et de la prophylaxie". Un appel à projets sera lancé en juin.

Une enquête "flash" sur le glyphosate

Quant au glyphosate, une enquête "flash" spécifique doit être lancée parmi les agriculteurs d'ici à l'été, afin de "mieux connaître les pratiques de désherbage et mesurer l'évolution des pratiques". L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) et l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) conduiront pour leur part une "évaluation comparative des produits" à base de cette substance.

Entre-temps, "un centre de ressources présentant aux agriculteurs des alternatives au glyphosate est opérationnel depuis février", rappelle le gouvernement, qui promet: "les usages du glyphosate pour lesquels des alternatives efficaces, présentant un risque moindre et économiquement supportables existent, seront progressivement interdits. Le dialogue avec les premières filières concernées débutera avant l'été 2019".

La France affirme d'ailleurs porter "de manière proactive" cette même politique au niveau européen, en "s'opposant systématiquement à toute prolongation des autorisations des substances actives les plus préoccupantes". L'Anses doit d'ailleurs participer dans le cadre d'un consortium de quatre États membres, au processus de réévaluation du glyphosate dont l'échéance d'approbation est fixée à fin 2022, a rappelé le gouvernement.

Mais l'exécutif veut aussi s'attaquer aux pesticides naturels trop abondants, en élaborant une feuille de route pour "développer des alternatives à l'usage du 'cuivre en viticulture". Les modalités d'épandage devraient être discutées au sein de deux groupes de travail d'ici l'été, alors qu'une stratégie nationale de déploiement du biocontrôle doit être mise en consultation avant juin 2019.

"C'est trop lent"

Malgré cet égrenage de promesses, les ONG se disent toutefois peu rassurées quant à leur suffisance face à l'ampleur des objectifs. Tout en se réjouissant que deux mesures portées par l'association aient fait leur apparition dans le nouveau plan (l'augmentation de la taxe sur les pesticides et la séparation vente/conseil), ainsi que de la mise en place de "contrats d'engagement" censés permettre un meilleur suivi de la répartition des financements et des résultats, FNE regrette l'absence de tout nouveau levier réglementaire, ainsi que de "mesures claires pour la protection des riverains".

"Le gouvernement promet de nouvelles annonces d'ici la fin de l'année : c'est trop lent", signale l'association.

Le bilan dressé, notamment sur le glyphosate, "doit sonner le glas de la méthode prônée par le gouvernement" ("centre de ressource en ligne, décision de non renouvellement de certains produits à base de glyphosate, mise en place d'une task force"), renchérit la fondation Nicolas Hulot. Elle appelle donc de nouveau "les députés à inscrire l'interdiction du glyphosate d'ici fin 2020 dans une loi", en rappelant que nombre d'entre eux "s'étaient en effet engagés à le faire si une diminution significative des quantités utilisées n'était pas observée". Un amendement à la loi Egalim visant à inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate en France avant 2021, dans le sillon de  l'engagement pris par le président de la République en 2017, a pourtant déjà été rejeté par l'Assemblée nationale en 2018, malgré. En janvier, dans le cadre du Grand débat, Emmanuel Macron a de surcroît déclaré que la France ne parviendrait pas à s'en passer "à 100%" en trois ans comme il s'y est engagé.

Lire aussi: Pourquoi la loi Alimentation ne satisfait personne

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a écrit le 12/04/2019 à 12:34 :
Beaucoup de contradiction dans le discours des ONG.

Le glyphosate permet de ne pas travailler le sol, pratique obligatoire pour le retour des insectes qui vont pour la plupart y pondre ... pour désherber, le retour du travail du sol, solution utilisée en BIO, sera une ineptie écologique. En agriculture de conservation (A2C), sans travail du sol, le glyphosate peut être en outil intelligent pour démarrer les cycle de semi sous-couvert.

L'essentiel est avant tout de l'interdire aux particuliers, qui dosent n'importe comment ces produit, et de ne les laisser qu'aux professionnels.
Réponse de le 12/04/2019 à 14:52 :
"Le glyphosate permet de ne pas travailler le sol, pratique obligatoire pour le retour des insectes qui vont pour la plupart y pondre .."

Trop d'engrais azotés tuent les insectes du moins une grande partie le glyphosate forcément aussi hein... -_-

"L'essentiel est avant tout de l'interdire aux particuliers, qui dosent n'importe comment ces produit, et de ne les laisser qu'aux professionnels. "

Pour une fois que je suis d'accord avec un des soldats de l'agro-industrie c'est à noter.

En effet l'avantage qu'a le paysan sur le retraité qui n'a que ça à faire c'est que ça lui coute tout ces produits et il n'a aucun intérêt à sur doser tandis que le papi lui qui aime rester sur le trottoir devant sa maison au cas ou il croise quelqu'un pour parler asperge sans compter des dosages 100 fois trop élevés au mieux. PLus yen a et plus c'est efficace forcément !

Il serait vraiment intéressant de comparer les ventes du round up privé et celles professionnelles.
Réponse de le 12/04/2019 à 17:01 :
@citoyen_blasé : en bio, on utilise (aussi) de l'engrais azoté. La seule différence est qu'il est de source organique ... On peut ainsi sans problème mettre trop d'azote dans les sols en bio. Bref, sans vouloir vexer les idéologues, ça n'est pas parce que c'est bio que c'est forcément vertueux ;-) !
a écrit le 12/04/2019 à 11:31 :
Ce qui est le plus navrant dans cette histoire, c‘est que le règne de l‘obscurantisme étende (à nouveau?) son emprise sur la société moderne. Alors que l’immense majorité de la littérature scientifique et des agences réglementaires juge le glyphosate comme l’un meilleure (le meilleur?) désherbant au point de vu sécurité sanitaire pour les utilisateurs et consommateurs, la société le voit comme le mal absolu.... c’est bien triste que les « fake News » soient si puissante...
a écrit le 12/04/2019 à 9:16 :
Heureusement qu'internet est en train de mettre sous le nez des agriculteurs l'empoisonnement généralisé de tout ces produits sanitaires qui commencent à faire la relation entre leurs cancers "préférés" et réguliers comme les leucémies et le cancer des os qui font que ceux-ci sont en train de se réveiller et de comprendre que s'ils continuent comme ça ils y passeront aussi.

Parce que compter sur nos dirigeants politiques totalement soumis au pouvoir de l'argent n'est pas raisonnable.

Regardez le bio si les consommateurs ne s'y étaient pas mis, n'avaient pas imposé leur volonté de mieux manger jamais les autorités n'auraient imposé aux industriels du secteur de faire des efforts malgré tout ce que l'on sait sur la dangerosité de tout ces produits utilisés dans l'agriculture actuelle.
a écrit le 11/04/2019 à 20:49 :
Le précédent qui devait arriver à baisser de 50% s'est soldé par une hausse, même avec la forte adhésion et mobilisation des acteurs du secteur (on a produit plus, il a donc fallu traiter plus)... Le nouveau a la forte adhésion et mobilisation des acteurs du secteur, ça devrait donc un jour réussir (devise Shadock, quand ça marche pas à force d'insister ça peut finir par marcher).
Les gens appliquent les techniques apprises en formation initiale.
a écrit le 11/04/2019 à 19:15 :
Quel bazar! Chacun y va de ses fake news, de sa com. pour faire passer la pilule, imposer des objectifs en principe pour des considérations environnementales, ou sanitaires, mais sans aucune donnée pour supporter le discours.. Les données ne supportent pas les évolutions prônées par les politiques; On ne saurait traiter raisonnablement ces questions sans s'appuyer sur nos agences techniques, et pour l'instant, les conclusions ne vont pas dans le sens installé à coups de marteau dans les esprits..

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