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ClimatEnergie & Environnement

Pesticides: le nouveau plan "Ecophyto 2+" déçoit les ONG

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 11 avril 2019 à 16:15 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:44

Le vignoble de bordeaux veut en finir avec les pesticides

Le vignoble de bordeaux veut en finir avec les pesticides

Regis Duvignau

Le Quotidien Numérique

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Le gouvernement a présenté mercredi 10 avril une nouvelle version de son plan national de réduction des produits phytosanitaires, comptant sur une "mobilisation pleine et entière de l'ensemble des parties prenantes". Mais les ONG regrettent des résultats et des nouvelles mesures très en-déça des objectifs affichés.

Première puissance agricole européenne, la France va-t-elle réussir à réduire sa consommation de produits phytosanitaires ? Encore une fois, le gouvernement a promis de s'y atteler. Mercredi 10 avril, dans le cadre d'une réunion mobilisant quatre ministères (Agriculture, Transition écologique, Santé et Recherche), ainsi que des ONG et des professionnels, il a en effet lancé une nouvelle version de son plan national de réduction des produits phytosanitaires "Ecophyto 2+", ainsi qu'établi un bilan des progrès effectués depuis le Grenelle de l'environnement de 2007 grâce aux deux plans successifs "Ecophyto 1 et 2".

Une augmentation de l'utilisation de glyphosate

Malgré un demi milliard d'euros alloué sur dix ans, les résultats paraissent très fragiles. Tout en figurant "seulement" "neuvième en quantité à l'hectare"  en Europe, la France, avec ses  287 millions d'hectares de surface agricole utile, y reste pourtant la première utilisatrice de produits phytosanitaires. Et si après sept ans d'augmentation de la consommation de pesticides en France (+12,4%) la tendance semble s'inverser, la baisse est très mesurée: de 2% en 2017 par rapport à 2016 selon France Nature Environnement, qui était présente à la réunion. Tout en regrettant que le ministre n'ait "pas pu communiquer les derniers chiffres de l'indicateur de référence, le NODU, pour cause de ... problème informatique !",  Générations futures précise avoir appris que 68.817 tonnes de pesticides ont été utilisées en France en 2017, à comparer à la dernière moyenne triennale glissée, qui s'élève à 70.640 tonnes ("en très légère baisse" selon l'association).

Quant au glyphosate, en revanche, "les résultats sont alarmants", selon la Fondation Nicolas Hulot (FNH), puisqu'"en 2017 on vend plus de ce pesticide qu'en 2011". Générations futures rapporte notamment des statistiques montrant que "8..31 tonnes de produit ont été vendus en 2017", contre "8.673 tonnes en moyenne annuelle sur les 3 dernières années (2015-2017)". La FNH observe pourtant que le suivi de la quantité de glyphosate utilisé ne comprend pas l'année 2018, ce qui rend difficile l'observation des progrès obtenus depuis la mise en place du plan de sortie du glyphosate en juin dernier.

Un travail de diffusion des bonnes pratiques filière par filière

Malgré ce bilan plutôt décevant, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Didier Guillaume, a confirmé les objectifs du gouvernement :

"Réduire de 25% l'utilisation de produits phytopharmaceutiques en 2020 et de 50% en 2025", ainsi que sortir "du glyphosate d'ici fin 2020 pour les principaux usages pour lesquelles des alternatives existent, et d'ici fin 2022 pour l'ensemble des usages".

Pour ce faire l'exécutif, qui compte sur une "mobilisation pleine et entière de l'ensemble des parties prenantes, publiques et privées, dans un esprit constructif", a annoncé diverses mesures, misant sur un travail de diffusion des bonnes pratiques filière par filière et au plus près des agriculteurs. Une "task force" engageant des acteurs publics et privés devra notamment assurer la coordination et le suivi opérationnel du plan. Présidée par le Préfet Pierre-Etienne Bisch, délégué interministériel au plan de sortie du glyphosate et de réduction des pesticides depuis décembre 2018, elle mobilisera les préfets de région, ainsi que les agences régionales de santé et les collectivités territoriales. Un comité de suivi réunira en outre fin avril l'ensemble des interprofessions végétales.

30 millions d'euros pour la recherche de "voies alternatives"

Le gouvernement promet aussi d'accroître la transparence sur les moyens financiers alloués à la réduction des produits phytosanitaires, en réalisant notamment une cartographie nationale et régionale intégrant les diverses sources de financement, et en mettant à la disposition des agriculteurs avant octobre 2019 un guide des financements mobilisables dans l'ensemble des régions. La base de données d'achat et de vente de produits phytosanitaires à l'échelle de la commune doit aussi être rendue accessible le 1er juillet, "dans des modalités permettant de préserver l'anonymat des acheteurs".

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Les moyens alloués à la recherche seront aussi renforcés, avec une dotation de 30 millions d'euros dans le cadre du 3e programme d'investissements d'avenir. L'objectif sera d'identifier "des voies alternatives" aux produits phytosanitaires, en "mobilisant les leviers" de "l'agroécologie, du biocontrôle, de la génétique et de la prophylaxie". Un appel à projets sera lancé en juin.

Une enquête "flash" sur le glyphosate

Quant au glyphosate, une enquête "flash" spécifique doit être lancée parmi les agriculteurs d'ici à l'été, afin de "mieux connaître les pratiques de désherbage et mesurer l'évolution des pratiques". L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) et l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) conduiront pour leur part une "évaluation comparative des produits" à base de cette substance.

Entre-temps, "un centre de ressources présentant aux agriculteurs des alternatives au glyphosate est opérationnel depuis février", rappelle le gouvernement, qui promet: "les usages du glyphosate pour lesquels des alternatives efficaces, présentant un risque moindre et économiquement supportables existent, seront progressivement interdits. Le dialogue avec les premières filières concernées débutera avant l'été 2019".

La France affirme d'ailleurs porter "de manière proactive" cette même politique au niveau européen, en "s'opposant systématiquement à toute prolongation des autorisations des substances actives les plus préoccupantes". L'Anses doit d'ailleurs participer dans le cadre d'un consortium de quatre États membres, au processus de réévaluation du glyphosate dont l'échéance d'approbation est fixée à fin 2022, a rappelé le gouvernement.

Mais l'exécutif veut aussi s'attaquer aux pesticides naturels trop abondants, en élaborant une feuille de route pour "développer des alternatives à l'usage du 'cuivre en viticulture". Les modalités d'épandage devraient être discutées au sein de deux groupes de travail d'ici l'été, alors qu'une stratégie nationale de déploiement du biocontrôle doit être mise en consultation avant juin 2019.

"C'est trop lent"

Malgré cet égrenage de promesses, les ONG se disent toutefois peu rassurées quant à leur suffisance face à l'ampleur des objectifs. Tout en se réjouissant que deux mesures portées par l'association aient fait leur apparition dans le nouveau plan (l'augmentation de la taxe sur les pesticides et la séparation vente/conseil), ainsi que de la mise en place de "contrats d'engagement" censés permettre un meilleur suivi de la répartition des financements et des résultats, FNE regrette l'absence de tout nouveau levier réglementaire, ainsi que de "mesures claires pour la protection des riverains".

"Le gouvernement promet de nouvelles annonces d'ici la fin de l'année : c'est trop lent", signale l'association.

Le bilan dressé, notamment sur le glyphosate, "doit sonner le glas de la méthode prônée par le gouvernement" ("centre de ressource en ligne, décision de non renouvellement de certains produits à base de glyphosate, mise en place d'une task force"), renchérit la fondation Nicolas Hulot. Elle appelle donc de nouveau "les députés à inscrire l'interdiction du glyphosate d'ici fin 2020 dans une loi", en rappelant que nombre d'entre eux "s'étaient en effet engagés à le faire si une diminution significative des quantités utilisées n'était pas observée". Un amendement à la loi Egalim visant à inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate en France avant 2021, dans le sillon de  l'engagement pris par le président de la République en 2017, a pourtant déjà été rejeté par l'Assemblée nationale en 2018, malgré. En janvier, dans le cadre du Grand débat, Emmanuel Macron a de surcroît déclaré que la France ne parviendrait pas à s'en passer "à 100%" en trois ans comme il s'y est engagé.

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Lire aussi: Pourquoi la loi Alimentation ne satisfait personne

Giulietta Gamberini

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