Recyclage : le secteur entre crise et espoirs

En 2015, l'industrie a perdu 6,6% de son chiffre d'affaires et 1,4 de ses effectifs en France, selon des chiffres publiés mardi. Pour dépasser cette phase baissière, le secteur mise sur le développement d'un prix du carbone et d'une économie circulaire territoriale.
Giulietta Gamberini

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Pourtant, globalement, les volumes n'ont que très peu baissé: 99,7 millions de tonnes de matières ont été collectées en 2015, à savoir seulement 0,3% de moins qu'en 2014.
Pourtant, globalement, les volumes n'ont que très peu baissé: 99,7 millions de tonnes de matières ont été collectées en 2015, à savoir seulement 0,3% de moins qu'en 2014. (Crédits : REUTERS/Philippe Wojazer)

Année pivot dans la prise de conscience collective des dangers du changement climatique, 2015 a été toutefois une "année noire" pour l'industrie française du recyclage. Non seulement le chiffre d'affaires, de 8,3 milliards d'euros, a baissé de 6,6% par rapport à l'année précédente. Surtout, pour la première fois après une période continue de création d'emplois - de surcroît non précaires (86% de CDI) et de plus en plus qualifiés en raison de l'industrialisation des processus -, le secteur a enregistré une diminution des effectifs de 1,4%, s'inquiète le Federec, qui représente 1.300 entreprises de la filière.

Une activité globalement stable

Les investissements, normalement consacrés à l'achat de nouvelles machines permettant de recycler mieux et à moindre coûts, ont d'ailleurs eux aussi baissé de 9,4%, selon l'Observatoire statistique de la fédération publié mardi 15 novembre. Et une cinquantaine des 2.300 d'établissements recensés l'année dernière ont fermé leurs portes.

Pourtant, globalement, les volumes n'ont que très peu baissé : 99,7 millions de tonnes de matières ont été collectées en 2015, à savoir seulement 0,3% de moins qu'en 2014. Mais cette stabilité est essentiellement due à l'essor rapide de la dernière branche d'activité qui a vu le jour dans le cadre du Federec : le BTP, "dont la valeur ajoutée est toutefois moindre", explique Erwan Le Meur, qui la préside. "Des métiers historiques, tels que la ferraille et le carton, ont en revanche enregistré en une baisse", souligne Jean-Philippe Carpentier, président du Federec.

Le chiffre d'affaires du plastique recyclé en baisse de 20%

Principale cause de cette évolution négative, qui semble se poursuivre en 2016, la baisse des prix des matières premières, qui rend les matières recyclées beaucoup moins compétitives : notamment des cours du pétrole, qui en 2015 ont dégringolé d'un tiers, mais aussi du charbon et du minerai de fer. "En 2015, notre filière a ainsi perdu 20% de son chiffre d'affaires, malgré une légère progression des volumes collectés et vendus. Et ce sera pareil en 2016", regrette le président de Federec plastiques Christophe Viant.

Le bois souffre également d'une offre dépassant la demande. De nouvelles contraintes réglementaires sur les grandes exportations, notamment en Chine, qui a élevé ses standards environnementaux, ont aussi pénalisé le secteur, notamment le recyclage notamment du plastique, analyse Philippe Carpentier. La surproduction chinoise d'acier déstabilise aussi le marché.

Un impact environnemental positif

Pourtant Philippe Carpentier, soulignant que le secteur est habitué aux évolutions cycliques, préfère voir dans cette phase baissière une "opportunité" d'adaptation. "Nous gérons une mine de surface alimentée de manière continue", observe-t-il. Et la fédération insiste sur les apports de l'industrie du recyclage pour la France : matière première produite sur place, emplois non délocalisables, et surtout impact positif sur l'environnement - aspect sur lequel elle révélera le 1er décembre une étude menée avec l'Ademe.

L'industrie espère donc être favorisée par les nouvelles politiques environnementales que la dynamique lancée par la COP 21 devrait porter : notamment le développement d'un prix carbone, qui pourrait corriger la baisse des prix des matières premières primaires. "Ça pourrait être un déclic", note Philippe Carpentier, qui mise également sur les nouvelles compétences dont disposent les collectivités locales françaises, nourrissant l'espoir de l'"émergence d'une économie circulaire territoriale".

Lire: Prix du carbone : les entreprises anticipent

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Commentaire 1
à écrit le 16/11/2016 à 9:01
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C'est une très mauvaise nouvelle mais qui confirme par contre qu'en matière de lutte pour environnement on ne peut pas la confier au secteur privé. Par ailleurs, les états sous attaques permanentes des plans d'austérités n'ont plus de budget à ac...

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