Satellites : ce village de la Manche qui barre la route à Elon Musk

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Avec l'aval de l'Arcep, Starlink a choisi d'implanter à Saint-Senier-en Beuvron  l'un des quatre relais terrestres français qui recevront les signaux émis depuis l'espace, et grâce auxquels la société d'Elon Musk (photo) espère séduire les orphelins du très haut débit.
Avec l'aval de l'Arcep, Starlink a choisi d'implanter à Saint-Senier-en Beuvron l'un des quatre relais terrestres français qui recevront les signaux émis depuis l'espace, et grâce auxquels la société d'Elon Musk (photo) espère séduire les orphelins du très haut débit. (Crédits : Reuters)
Effet papillon. La guerre des étoiles à laquelle se livre Elon Musk et Jeff Bezos pour déployer au plus vite leurs constellations de satellites fait des vagues jusque dans la baie du Mont Saint Michel où un village s’oppose à l’implantation d’une station relais de Starlink : la société créée par le fondateur de Space X pour couvrir, depuis l’espace, les zones blanches de l’internet rapide.

C'est l'histoire d'un petit village normand qui résiste encore et toujours à l'envahisseur américain. Bienvenue à Saint-Senier-en Beuvron, riante commune rurale de 350 habitants située à une petite vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau de l'abbaye du Mont Saint-Michel, qui s'honore d'être classée en zone Natura 2000. Autre signe particulier : elle abrite un nœud de raccordement de la fibre géré par Covage.

C'est là, sur un terrain agricole privé, que Starlink a choisi d'implanter, avec l'aval de l'Arcep, l'un des quatre relais terrestres français qui recevront les signaux émis depuis l'espace et grâce auxquels la société d'Elon Musk espère séduire les orphelins du très haut débit. L'emplacement sur lequel les émissaires du milliardaire californien ont jeté leur dévolu devrait être occupé par cinq grosses sphères blanches d'environ trois mètres de haut sur cinq de large.

Fin de non recevoir

Problème, la commune ne l'entend pas de cette oreille. Saisi d'une demande de permis de construire, le conseil municipal a, pour l'instant, opposé une fin de non recevoir à Starlink malgré les promesses de retombées fiscales. Trop d'incertitudes, a justifié le maire, Benoît Hamard, devant les caméras France 3 Normandie. « Je ne signerai aucune autorisation sans études poussées sur les conséquences dans le sol et sur l'homme. Il y a trop de zones d'ombre », a-t-il-tranché.

Dans la baie du Mont Saint-Michel, l'affaire fait grand bruit. Elle a été portée sur la place publique par François Dufour, conseiller régional écologiste dont les enfants, agriculteurs, résident à Saint-Senier. L'impétrant est aussi vice-président de la très active ANAST, Association nationale des animaux sous tension : un « regroupement d'éleveurs victimes des rayonnements électromagnétiques, de tensions parasites ou de courants vagabonds ». Autant dire, qu'il est sensible à ces questions.

 « Appliquer le principe de précaution »

L'intéressé se dit surpris des méthodes de l'entreprise américaine qu'il suspecte de « vouloir passer en force ». « Ils se sont adressés directement à notre petite commune sans même en informer l'agglomération, théoriquement compétente », s'insurge-t-il. A l'origine de ses réticences, les possibles effets des ondes électromagnétiques générées par l'installation. François Dufour invite donc les services de l'Etat à se saisir du dossier. « De plus en plus de gens sont électro-sensibles, la moindre des choses serait d'appliquer le principe de précaution », rappelle-t-il. La préfecture de la Manche, que nous avons joint, se borne à indiquer que "les services de l'État compétents ne pourront être sollicités que dans le cadre de la procédure d'instruction des documents d'urbanisme".

Une chose est sûre. De son côté, Starlink est pressé par le temps. Le groupe, engagé dans une course contre la montre avec son grand rival Amazon, vient d'ouvrir en France les pré-commandes de son service d'accès internet par satellite. En Normandie, il pourrait bien être tombé sur un os.

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Commentaires
a écrit le 12/02/2021 à 18:35 :
Tout ceci ressemble de plus en plus à une "bulle internet , version spatiale" qui rappelle la première bulle internet des années 2000. Modèle économique très incertain et beaucoup trop de monde. Sans compter les difficultés techniques court et long terme. Les zones blanches c'est beau , mais il n'y a pas de clients solvables en nombre suffisant.
a écrit le 11/02/2021 à 18:11 :
Musk a des projets tels en satellites qu'il est acté qu'ils occulteront la visibilité des étoiles.
Réponse de le 11/02/2021 à 20:27 :
Pas que lui :

Amazon a obtenu l'approbation des autorités américaines pour déployer une constellation de plus de 3.000 satellites en orbite basse, censés fournir de l'Internet à haut débit partout dans le monde.
Le géant du commerce en ligne va investir 10 milliards de dollars dans son "Project Kuiper", a-t-il fait savoir jeudi lors de la publication de très bons résultats trimestriels.Le Project Kuiper de Jeff Bezos, patron du groupe et homme le plus riche au monde, compte 3.236 satellites. Il doit permettre d'amener de la connectivité aux zones actuellement non couvertes.En Europe, le gouvernement britannique, associé au conglomérat indien Bharti, a été choisi comme repreneur de l'opérateur de satellites en faillite Oneweb, qui porte un projet similaire.Côté français, l'opérateur Orange va recourir au satellite Konnect fabriqué par Thales pour l'opérateur Eutelsat.
a écrit le 11/02/2021 à 13:32 :
Et pendant ce temps les états unis mettent en place des wagons de satellittes qui passent tranquillement au dessus de nos têtes, au dessus de 8 milliards de têtes, ils ne se seraient pas amusés à faire ça sous l'URSS hein, comme quoi la concurrence peut avoir du bon.

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