La banque mobile, ou les deux visages de l’Europe

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Un peu plus de la moitié des Européens qui se sont convertis à la banque mobile en 2013 assurent, deux ans plus tard, que cela les aide à mieux contrôler leur budget.
Un peu plus de la moitié des Européens qui se sont convertis à la banque mobile en 2013 assurent, deux ans plus tard, que cela les aide à mieux contrôler leur budget. (Crédits : ING)
La Turquie arrive en tête des pays les plus prometteurs pour le marché de la banque mobile, selon une étude réalisée par ING dans 15 pays. Elle est talonnée par la Pologne et l’Espagne, loin devant la France ou l’Allemagne. « En matière de banque mobile, il faut distinguer la vieille Europe de la « nouvelle » Europe », affirme Benoît Legrand, président d’ING Bank France.

La banque mobile n'est pas qu'une affaire de finance et de technologie. Elle a également à voir avec la culture et l'histoire de chaque pays. C'est l'un des principaux enseignements d'une étude publiée ce jeudi 23 juillet par la banque néerlandaise ING, en partenariat avec l'institut de sondages Ipsos. D'après cette enquête, réalisée dans 15 pays auprès de 15.000 personnes, 41% des Européens possédant un smartphone ou une tablette utilisent des services de banque mobile. Cette proportion - qui correspond, plus précisément, au pourcentage d'utilisateurs de banque mobile multiplié par le taux de pénétration d'Internet au sein de la population - est inférieure de 9 points à celle des Etats-Unis (50%). Jusque-là, rien de très étonnant.

Ce qui l'est davantage, c'est que les Pays-Bas, par ailleurs terre natale d'ING, apparaissent comme le pays le plus en pointe en termes de consommation de banque mobile, avec un score de 58%. « Les Pays-Bas ont toujours été tournés vers l'extérieur, afin de trouver les ressources que ne possède pas forcément un petit pays de 17 millions d'habitants. C'est un pays très innovant, qui aime l'efficacité et qui vit dans l'avenir », explique Benoît Legrand, président d'ING Bank France.

La Turquie a fait un saut technologique, passant des agences à la banque mobile

Reste que le mode de calcul utilisé avantage les pays où le taux de pénétration d'Internet est très élevé, ce qui est le cas des Pays-Bas (93,96%), et pénalise ceux où Internet se déploie certes très vite mais avec retard par rapport aux premiers. En interrogeant, dans chaque pays, les seuls internautes, le classement devient tout autre puisque c'est la Turquie qui arrive en tête des pays les plus prometteurs pour le marché de la banque mobile. Près des deux tiers (65%) des internautes de ce pays situé aux confins de l'Europe et de l'Asie se disent utilisateurs de services de banque mobile, contre une moyenne de 53% en Europe. La Turquie est talonnée par les Etats-Unis (63%), l'Espagne et les Pays-Bas (61% chacun), la Pologne (57%), loin devant la France (49%), l'Autriche (48%), l'Allemagne (47%) ou encore la Belgique (43%).

« En matière de banque mobile, il faut distinguer la vieille Europe de la « nouvelle » Europe, avec des pays, comme la Turquie, qui ont sauté une génération technologique, en allant directement des agences bancaires traditionnelles à la banque mobile, sans passer par l'Internet fixe ou par le « self banking » permis par les automates bancaires », décrypte Benoît Legrand. Il faut dire qu'en Turquie ou en Pologne, où beaucoup de personnes ne sont pas encore bancarisées, le combat - pour le secteur bancaire - réside dans l'acquisition très rapide de clients, au moyen de la technologie de la banque mobile, alors qu'en Europe Occidentale, la bataille consiste à retenir les clients. « De plus, ces pays ont des populations jeunes, qui ne veulent pas avoir la même vie que leurs parents et qui, par conséquent, font montre d'une énergie créatrice très importante. C'est notamment le cas en Pologne », ajoute le patron d'ING Bank France.

L'Europe Occidentale plus timide sur le front du paiement mobile

Une appétence pour les nouvelles technologies qui se retrouve dans les moyens de paiement plébiscités par les habitants de cette « nouvelle » Europe. Si la moitié des Européens interrogés utilisent beaucoup moins les espèces aujourd'hui qu'il y a encore 12 mois, cette proportion grimpe jusqu'à à 68% en Turquie, 63% en Pologne et 60% en Italie. En revanche, elle n'excède pas 31% en Allemagne et en Autriche, 46% en France et 44% au Royaume-Uni. Logiquement, à peine un quart des Français et des Allemands sondés par Ipsos ont déjà utilisé une application de paiement mobile, alors que 56% des Turcs et 43% des Polonais ont sauté le pas. Un engouement qui devrait profiter davantage aux banques traditionnelles qu'aux nouveaux entrants sur le secteur des moyens de paiement.

En effet, interrogés sur les acteurs dans lesquels ils ont le plus confiance en matière de paiement mobile, 84% des Européens citent leur propre banque. Seuls 5% affirment avoir surtout confiance dans les géants du Web comme Google, et ils ne sont que 4% à se fier avant tout aux réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter. Mais, les mentalités évoluant très vite dans ce domaine, Benoît Legrand est convaincu du potentiel des solutions de paiement déployées par les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) : « Il faut compter cinq à dix ans entre l'annonce d'une technologie et sa diffusion au sein du grand public. Des solutions de paiement mobile comme Apple Pay et Google Pay devraient donc se développer fortement. »

Un outil d'aide à la gestion des finances personnelles

Plus globalement, la banque mobile semble promise à un bel avenir. D'abord parce qu'elle est pratique, puisqu'elle permet d'effectuer des opérations bancaires n'importe quand et n'importe où, mais aussi parce qu'elle revêt une dimension d'aide à la gestion des finances personnelles. C'est ce qu'affirment 85% des personnes interrogées par Ipsos, les unes se disant moins souvent à découvert qu'avant, les autres reconnaissant régler plus facilement leurs factures en temps et en heure, ou même épargner davantage. Et il ne semble pas s'agir d'un effet de mode, un peu plus de la moitié (52%) des Européens qui se sont convertis à la banque mobile en 2013 assurant, deux ans plus tard, que cela les aide à mieux contrôler leur budget.

De plus, la sophistication croissante des applications bancaires mobiles va élargir leurs fonctionnalités, au-delà de la consultation du solde des comptes et de l'envoi de virements. « Nombre d'études affirment que les clients des banques ne procèdent qu'à des opérations basiques via le mobile. Mais c'est surtout parce que beaucoup d'applications bancaires ne permettent pas de souscrire des produits. Chez ING Direct France, un tiers des ouvertures de Livret Epargne Orange et de LDD (Livret Développement Durable) s'effectuent au moyen du mobile », confirme Benoît Legrand.

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Commentaires
a écrit le 23/07/2015 à 17:24 :
L'Europe de l'Est avait peu de banques pour peu de clients ayant assez pour l'être.
Ces pays se sont enrichis, et ont maintenant besoin de banques. Et, la technologie y a brûlé les étapes.
a écrit le 23/07/2015 à 9:33 :
On parle de l'Europe et on commence par citer la Turquie. Où est l'erreur ? J'ai manqué un épisode ?
Réponse de le 23/07/2015 à 10:25 :
....l'Europe n'est pas l'Union Européenne !

Oui la Turquie est considérée comme faisait partie de l'Europe dans de nombreux domaines.

Et quand à son appartenance à l'Union Européenne, même si le sujet n'est plus à l'ordre du jour, on en reparlera dans quelques années quand elle sera plus riche que la 4ème puissance de la zone euro (Espagne) !
Réponse de le 23/07/2015 à 11:27 :
La Russie est bien plus plus légitime pour entrer dans l'Union européenne que la Turquie. Mais bon passons. Il semblerait, et c'est tant mieux, que la Turquie elle même ait renoncé à l'Europe. A part Istanbul qui vit à l'heure européenne, le reste du pays regarde d'avantage vers l'Orient ce qui est parfaitement naturel.

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