Air France : malaise chez les hôtesses et stewards de Joon, le feu couve

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La création de Joon résulte de la volonté d'Air France de baisser ses coûts pour améliorer sa compétitivité.
La création de Joon résulte de la volonté d'Air France de baisser ses coûts pour améliorer sa compétitivité. (Crédits : Air France Newsroom)
Dans un courrier le 18 août, trois syndicats de Joon ont dénoncé des conditions de travail pénibles pour les personnels navigants commerciaux de Joon, la filiale d'Air France dont le coût des PNC est inférieur de 40% à celui d'Air France. Certains brandissent la menace de grève. Consciente de certains dysfonctionnements, la direction prend des mesures d'amélioration, notamment pour soulager les plannings d'activité.

Benjamin Smith, le nouveau directeur d'Air France-KLM, n'aura pas que la question salariale à Air France à résoudre. Car les syndicats d'Air France ne sont pas les seuls à grogner. Le feu couve aussi chez les hôtesses et stewards de Joon, cette filiale d'Air France lancée il y a neuf mois avec des coûts de fonctionnement réduits par rapport à sa maison-mère dans le but de lutter contre les compagnies low-cost sur le réseau court et moyen-courrier, et les transporteurs du golfe Persique sur le réseau long-courrier.

Pénibilité du travail et faibles salaires

Des syndicalistes chez Joon et Air France ayant requis l'anonymat font état d'un fort mécontentement des personnels navigants commerciaux (PNC) en raison de la pénibilité leurs conditions de travail et de la faiblesse de leur salaire.

"Joon est un Ryanair bis", lâche même l'un d'eux.

Ils dénoncent notamment des plannings d'activité surchargés, calés sur des règles européennes dites "FTL" (flight time limitation) minimalistes qui ouvrent la possibilité d'engager des PNC 11 jours d'affilée, avec la possibilité d'enchaîner une journée de vols moyen-courrier après une rotation long-courrier. Ils déplorent aussi des conditions d'hébergement dégradées, inférieures à celles des pilotes, et des salaires tournant autour de 1.500 euros nets.

« La gestion catastrophique des plannings ainsi que les conditions proposées provoquent un séisme social. Les arrêts maladie et le refus de voler pour des raisons de fatigue deviennent monnaie courante. La situation actuelle et le manque de considération sont perçus comme un manque de respect. Beaucoup de collègues pensent à quitter la compagnie face à toutes ces problématiques rencontrées », indique une intersyndicale composée du SNPNC, l'Unac et l'Unsa, dans un courrier envoyé le 18 août à la direction que La Tribune s'est procuré.

Selon un syndicaliste, cette situation a déjà entraîné des démissions et des arrêts de travail. Selon lui, des grèves ne sont pas exclues d'ici à la fin de l'année, une fois passées les élections professionnelles en octobre.

Des coûts PNC inférieurs de 40% à ceux d'Air France

Pour rappel, la création de Joon résulte de la volonté d'Air France de baisser ses coûts pour améliorer sa compétitivité. L'essentiel de l'effort est porté sur les PNC, dont les coûts à Air France sont 40% plus élevés que la concurrence. La compagnie a donc recruté des PNC sur le marché à des conditions de travail et de rémunération lui permettant de baisser les coûts de cette catégorie de personnels de 40%. Les pilotes sont ceux d'Air France qui volent indifféremment sur Air France et sur Joon.

Lire aussi : Joon, un concept unique au monde qui laisse perplexe

La direction reconnaît des dysfonctionnements

La direction de Joon a visiblement conscience des difficultés des PNC.

« Joon est une compagnie jeune qui a à peine neuf mois d'existence et qui connaît une croissance très forte puisque nous sommes passés de 6 à 15 avions en six mois, et effectivement nous ne sommes pas parfaits. Pour autant, il n'y a pas de malaise mais des dysfonctionnements. C'est pourquoi nous travaillons avec les PNC pour améliorer les process », a déclaré la directrice des opérations de Joon Sophie Bordmann, à La Tribune, qui estime l'éventuel recours à la grève « un peu prématuré et exagéré ».

Selon elle, le « taux de démission est inférieur à 2% et il concerne essentiellement des personnes qui avaient débuté dans ce métier ». En revanche, Sophie Bordmann reconnaît qu'il y a eu « un pic d'arrêts de travail » au moment du démarrage de l'activité long-courrier fin mars mais qui depuis, après l'introduction de premières mesures d'amélioration début mai, « est en forte décroissance ».

« Nous avons commencé notre exploitation avec des règles européennes FTL, auxquelles nous avons ajouté dès le départ des conditions de repos supplémentaires. Grâce aux analyses des retours fatigue, nous avons déjà amélioré des points que je ne voulais plus voir. Et nous continuons sur cette voie puisque nous tenons compte désormais des desiderata de chaque salarié en termes de destination préférée ou de dates de leur période de repos. Nous allons faire appel à un cabinet extérieur pour élaborer un système qui permettra à nos agents du planning d'intégrer l'élément fatigue dans la construction des plannings", explique Sophie Bordmann.

Plus d'embauches ?

Le nombre de jours d'engagements devrait diminuer. Les effectifs de Joon ayant été dimensionnés sur des règles "FTL", un assouplissement de celles-ci entraînera automatiquement des embauches supplémentaires. Pour rappel, la direction tablait sur 1.000 PNC en 2020. 460 ont déjà été embauchés en dix mois.

Sur la question des salaires, Sophie Bordmann rappelle que la direction ne communique pas sur ce point mais que leur niveau « conforme » à celui indiqué lors des entretiens d'embauche. Néanmoins, la directrice des opérations explique que le sureffectif constaté au début de l'activité de Joon dans le but de former les PNC a obligé la compagnie à répartir l'activité sur un plus grand nombre de PNC. De fait, le nombre d'heures de vol individuel a été inférieur à ce qui était prévu, et a amputé la partie variable de la rémunération basée sur l'activité.

Depuis juin, les effectifs correspondent au dimensionnement de la flotte et les PNC ont pu regagner jusqu'à 50% de rémunération, indique la direction, laquelle a par ailleurs accordé une prime exceptionnelle liée au lancement de la compagnie de 500 euros à 600 euros selon la fonction. Insuffisant pour les syndicats qui demandent que les salariés de Joon perçoivent également l'intéressement versé au personnel d'Air France.

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Commentaires
a écrit le 25/08/2018 à 1:52 :
Il serait temps de reserver à AF le meme sort que la SNCM.
a écrit le 24/08/2018 à 22:15 :
Compliqué de passer de conditions de travail des années 60 à celles du low cost. Il y aurait des erreurs de gestion de planning, difficile da croire. Alors que les low cost existent depuis de nombreuses années...
a écrit le 24/08/2018 à 20:06 :
Au sujet des FTL et des conditions de travail, oui, sans aucun doute, le métier fatigue. Mais est ce qu'il fatigue plus que faire les 3/8 ou être terrassier ou mineur ? Est ce qu'on a tous et toutes les capacités physiques pour faire ces métiers ?
A t'on bien prevenu les aspirants au métier de la difficulté du travail ?
Manifestement, les annonces de BA et de Joon ne mettent pas en avant les mêmes qualités requises...
a écrit le 24/08/2018 à 15:03 :
Franchement quand on voit Air France, cette compagnie en déliquescence, on se demande si son futur DG fait preuve de discernement en renonçant à son poste de numéro deux d'air Canada pour en prendre la tête?
a écrit le 24/08/2018 à 10:42 :
Il faut être en France pour prétendre qu'on peut faire fonctionner du low cost avec les conditions de travail du " High cost " !
a écrit le 23/08/2018 à 22:53 :
Tu vois, le monde se divise en deux catégories, ceux qui choisissent leur vie et ceux qui la subissent. Eux, ils subissent.
7 milliards d humains, pleins de rêves, pleins de possibilités mais non certains s accrochent dans des métiers et des boites de loosers et osent encore s en plaindre...
Mais bougez, partez, voyagez, inventez, innovez, arrêtez de vous morfondre dans la médiocrité.
Réponse de le 24/08/2018 à 9:09 :
A TJM :La majorite des gens ont la peur au ventre de perdre leur boulot, minable fut-il. Entreprendre, prendre des risques pour evoluer demande de la reflexion, et surtout du courage. En France dans le monde de l'entreprise on clive au maximum, d'ou la theorie du diviser pour mieux....
Chez AF, il y a les nantis pilotes et autre PN en fin d'activite, les trimards exploites jusqu'a plus soif sont la majorite.
Réponse de le 24/08/2018 à 13:48 :
La suffisance de votre commentaire est à vomir,elle ressemble beaucoup à celle d’un certain Emmanuel M disant « il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien » ou la France d’en haut et la France d’en bas.
Bref à GERBER!!!!
a écrit le 23/08/2018 à 21:53 :
Cette compagnie Air France KLM a bien du plomb dans l'aile, les employés ne veulent plus de leurs dirigeants et les dirigeants ne veulent plus de cette compagnie.
Il faudra bien quelqu'un pour en tirer les conséquences...
a écrit le 23/08/2018 à 21:14 :
Monsieur,

Journaliste spécialisé dans l’aérien, je vous invite à mener une enquête sur les FTL que vous citez dans votre article et pourquoi pas rédiger un autre article à ce sujet. C’est assez édifiant et vos lecteurs comprendront peut-être pourquoi les salariés des compagnies aériennes en ont assez de se voir traités comme des machines.
Réponse de le 24/08/2018 à 14:54 :
Monsieur,

d'où sortez vous que les salariés des compagnies aériennes sont traités comme des chiens? Avec leurs salaires et leurs avantages, c'est une insulte à ceux qui travaillent (dès fois péniblement) pour des salaires bien inférieurs. AF est la seule grande compagnie à perdre de l'argent. Ses concurrentes c'est tout l'inverse. Deux raisons expliquent cela: la première c'est l'incompétence des anciens dirigeants d'AF à prendre en compte l'effet low cost. Le second est exclusivement du fait syndical. Son poids issu de l'ancien passé public d'AF est un frein massif au développement de la compagnie dans un marché concurrentiel. Quand vous voyez Philippe Evain, patron du SNPL, appelez à la révolution sociale, c'est assez comique pour quelqu'un qui gagnait 285 000 euros brut/an.
a écrit le 23/08/2018 à 20:29 :
Ce n'est, certes, pas très élevé, ( quoique ) mais il faut bien se faire à l'idée que c''est le prix du marché, voilà tout. La fierté de voler pour une Compagnie faisant partie d'un des Groupes Mondiaux leaders dans leur domaine devrait compenser en partie ce ( prétendu ) déficit de rémunération, non ?
En tout cas, force est de constater que les nouveaux entrants chez Joon n'auront pas mis longtemps à être contaminés par l'ambiance de revendication permanente qui règne chez Air France. C'est bien dommage.
PS : pour info, chez Volotea, ils ne sont même pas payés ça et s'en satisfont. Si cela ne vous convient pas, laissez leur la place, ils seront ravis.
Réponse de le 24/08/2018 à 14:54 :
"Une belle et grande compagnie" comme AF ne devrait pas se risquer à imiter des compagnies au comportement minable de type volotea, ryanair and co.
Car justement les pnc de joon ne sont pas idiots, ils voient bien que des compagnies comme easyjet, air caraibes, level, transavia (tiens? groupe AF??) travaillent dans des compagnies à la santé financière insolente ET avec des PNC payés bien mieux que chez Joon et avec des conditions moins pénibles.
Donc ils auront raison de montrer à la Direction de Joon que dans ce "marché" ils méritent mieux, surtout de la psrt d'une "si belle et grande et prestogieuse compagnie"
Vouloir inculquer qu'il faudrait maintenir les pnc dans de telles conditions pour AF ou sa filiale ne sert qu'à masquer d'autres carences des autres categories de personnels surpayées et/ou inefficaces et/ou pas assez productif de ce "grand et beau groupe prestigieux"
a écrit le 23/08/2018 à 19:33 :
Quand même curieux que les règles FTL ne posent problème que chez Joon.
Réponse de le 24/08/2018 à 9:38 :
Les regles FTL utilisé es au maxi, c’ est la certitude de ne pas arriver à la retraite. Les non navigants ne se rendent pas compte. Et les fonctionnaires de Bruxelles ont une nouvelle fois démontré leur nullité. Et leur soumission aux lobbys des compagnies européennes. Aux US, les règles de temps de vol sont beaucoup plus restrictives, la FAA ayant appliqué les résultats d’une méta étude de la NASA sur la fatigue en vol.
Réponse de le 25/08/2018 à 17:42 :
On dézoome un peu et on sort de notre pré carré hexagonal.

Ces derniers mois il y eu des gréves chez Iberia , Air Algérie, Ryanair, Lufthansa, HOP (autre filiale AF)...

Dans tous les motifs des gréves, il y a un volet conditions de travail. Ce qui veut dite que les règles FTLne sont pas satisfaisantes.
a écrit le 23/08/2018 à 18:56 :
Joon est malhonnete dans son postulat de base qui est de dire que les PNC Joon "sont au coût du marché"
Ils sont au niveau des compagnies pirates et malhonnetes de type ryanair ou les compagnies d'europe de l'est ayant des bases en France (merci l'europe!!)
Mais il y a des contres exemples beaucoup plus vertueux comme easyjet, openskies, level (compagnies anglaises ayant des pnc en france) voire des compagnies francaises ( corsair, xl, air caraibes) qui traitent elles aussi correctement voire très correctement leurs salariés. Citons egalement transavia, groupe air france. Ces compagnies, pour la plupart, traitent bien mieux les pnc que joon, et ont de bons résultats.
Donc laisser entendre que la seule solution pour s'en sortir est de mettre les pnc au mini ftl et un salaire au smic+quelques primes est FAUX.
a écrit le 23/08/2018 à 18:17 :
La restauration en France a beaucoup d'emplois non couvert; ce serait peut être meilleur pour eux de postuler que de rester chez AF !
Réponse de le 23/08/2018 à 20:00 :
Autre possibilité pour eux : aller frapper à la porte de Ryanait !!
a écrit le 23/08/2018 à 18:14 :
"en raison de la pénibilité leurs conditions de travail et de la faiblesse de leur salaire.
"Joon est un Ryanair bis", lâche même l'un d'eux".

En même temps,c'était pas une surprise :

Avec ce projet, la direction veut réduire les coûts de 18% sur le long-courrier et de 15% sur le moyen-courrier. Les sources d'économies reposent en grande partie sur le poste des hôtesses et stewards (PNC, pour personnels navigants commerciaux). Recrutés sur le marché avec des conditions de travail et de rémunération spécifiques, et non à Air France, leur coût sera 45% moins élevé que dans la maison-mère, a expliqué ce lundi Gilles Gateau, le directeur général d'Air France en charge des ressources humaines.
20/07/2017 La tribune
a écrit le 23/08/2018 à 18:07 :
S'ils ou elles croient gagner plus chez polemploi , libre à eux d'y aller
Réponse de le 23/08/2018 à 18:22 :
Ce n’est pas parce que on a un emploi qu’il faut bêtement accepter les dysfonctionnements des conditions de travail
Réponse de le 23/08/2018 à 19:54 :
Quand on vous paie pour un travail pénible et que vous n'arrivez pas à en vivre, c'est de l'esclavage moderne.
Pas vraiment le monde que je souhaite à mes enfants.
Réponse de le 24/08/2018 à 9:45 :
Moi je m’en fout, mon fils fait une grande école de commerce. A la sortie, il sera embauché par le réseau et dans qqs années, il sera au board d’une grande boîte, entre copains, et pourra se voter des augmentations de salaire à 2 chiffres. Bon , faudra un peu contraindre les ingénieurs et autres salariés pour maintenir les résultats, la concurrence est féroce...c’est qd même un coût non négligeable, ces salariés !

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