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Benjamin Smith, le nouveau directeur d'Air France-KLM, n'aura pas que la question salariale à Air France à résoudre. Car les syndicats d'Air France ne sont pas les seuls à grogner. Le feu couve aussi chez les hôtesses et stewards de Joon, cette filiale d'Air France lancée il y a neuf mois avec des coûts de fonctionnement réduits par rapport à sa maison-mère dans le but de lutter contre les compagnies low-cost sur le réseau court et moyen-courrier, et les transporteurs du golfe Persique sur le réseau long-courrier.
Des syndicalistes chez Joon et Air France ayant requis l'anonymat font état d'un fort mécontentement des personnels navigants commerciaux (PNC) en raison de la pénibilité leurs conditions de travail et de la faiblesse de leur salaire.
Ils dénoncent notamment des plannings d'activité surchargés, calés sur des règles européennes dites "FTL" (flight time limitation) minimalistes qui ouvrent la possibilité d'engager des PNC 11 jours d'affilée, avec la possibilité d'enchaîner une journée de vols moyen-courrier après une rotation long-courrier. Ils déplorent aussi des conditions d'hébergement dégradées, inférieures à celles des pilotes, et des salaires tournant autour de 1.500 euros nets.
Selon un syndicaliste, cette situation a déjà entraîné des démissions et des arrêts de travail. Selon lui, des grèves ne sont pas exclues d'ici à la fin de l'année, une fois passées les élections professionnelles en octobre.
Pour rappel, la création de Joon résulte de la volonté d'Air France de baisser ses coûts pour améliorer sa compétitivité. L'essentiel de l'effort est porté sur les PNC, dont les coûts à Air France sont 40% plus élevés que la concurrence. La compagnie a donc recruté des PNC sur le marché à des conditions de travail et de rémunération lui permettant de baisser les coûts de cette catégorie de personnels de 40%. Les pilotes sont ceux d'Air France qui volent indifféremment sur Air France et sur Joon.
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La direction de Joon a visiblement conscience des difficultés des PNC.
Selon elle, le « taux de démission est inférieur à 2% et il concerne essentiellement des personnes qui avaient débuté dans ce métier ». En revanche, Sophie Bordmann reconnaît qu'il y a eu « un pic d'arrêts de travail » au moment du démarrage de l'activité long-courrier fin mars mais qui depuis, après l'introduction de premières mesures d'amélioration début mai, « est en forte décroissance ».
Le nombre de jours d'engagements devrait diminuer. Les effectifs de Joon ayant été dimensionnés sur des règles "FTL", un assouplissement de celles-ci entraînera automatiquement des embauches supplémentaires. Pour rappel, la direction tablait sur 1.000 PNC en 2020. 460 ont déjà été embauchés en dix mois.
Sur la question des salaires, Sophie Bordmann rappelle que la direction ne communique pas sur ce point mais que leur niveau « conforme » à celui indiqué lors des entretiens d'embauche. Néanmoins, la directrice des opérations explique que le sureffectif constaté au début de l'activité de Joon dans le but de former les PNC a obligé la compagnie à répartir l'activité sur un plus grand nombre de PNC. De fait, le nombre d'heures de vol individuel a été inférieur à ce qui était prévu, et a amputé la partie variable de la rémunération basée sur l'activité.
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Depuis juin, les effectifs correspondent au dimensionnement de la flotte et les PNC ont pu regagner jusqu'à 50% de rémunération, indique la direction, laquelle a par ailleurs accordé une prime exceptionnelle liée au lancement de la compagnie de 500 euros à 600 euros selon la fonction. Insuffisant pour les syndicats qui demandent que les salariés de Joon perçoivent également l'intéressement versé au personnel d'Air France.