Air France : pourquoi les autres compagnies françaises font beaucoup moins grève ?

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(Crédits : Reuters)
Alors qu'Air France essuie ce vendredi son 13ème jour de grève depuis février, la récurrence des conflits sociaux au sein de la compagnie interpelle par rapport aux autres transporteurs français. Des PDG de ces derniers livrent à La Tribune leur explication.

Douzième et treizième jour de grève à Air France ce jeudi et ce vendredi contre la politique salariale de la direction. Commencé en février, ce mouvement met en lumière la récurrence des conflits sociaux au sein de la compagnie. Chaque année ou presque, Air France est touchée par des grèves ou des préavis de grève tout aussi désastreux en termes de prises de réservation et de dégradation d'image. C'est un peu le propre des compagnies classiques européennes qui cherchent à s'adapter à un monde qui change.

Ailleurs, les grèves relèvent de l'exception

Pourtant, par rapport aux autres compagnies aériennes françaises, Air France fait figure d'exception. Certes, mise à part XL Airways qui n'a pas connu une seule journée de grève en 10 ans malgré des efforts considérables pour maintenir à flots une entreprise longtemps privée d'actionnaires, les autres compagnies comme Air Caraïbes, Corsair ou Aigle Azur ont également connu des grèves ces dernières années. Ce fut le cas de Corsair en 2015, au moment des négociations pour sa vente au groupe Dubreuil, maison-mère d'Air Caraïbes et de French Bee, mais aussi d'Air Caraïbes un an plus tard au moment du lancement de sa soeur low-cost, ou encore d'Aigle Azur l'été dernier, pour une amélioration des conditions de travail et de rémunération. Il y en aura d'autres, peut-être, même dès cet été parmi ces opérateurs. Mais sur la longue durée, ces mouvements relèvent de l'exception.

Pourquoi en-est-il ainsi, alors que les conditions de travail et de rémunération sont moins avantageuses que celles en vigueur à Air France (à l'exception des pilotes de B747 de Corsair) ?

Sentiment d'immortalité

Interrogés, plusieurs PDG de compagnies aériennes françaises ont donné leur avis sur le sujet. Tous mettent en avant la petite taille de leur entreprise qui leur permet un contact plus facile avec les syndicats et un meilleur dialogue social (ils connaissent tous les pilotes de leur compagnie par exemple). Tous font également état d'une bonne compréhension du risque d'un conflit lourd pour l'entreprise, tant côté direction que côté syndicats, mais aussi de l'absence de sentiment d'immortalité de leur compagnie, contrairement à Air France où cette certitude est bien ancrée chez le personnel et même partagé au plus haut niveau de l'entreprise, puisque quelques mois après sa prise de fonction, Jean-Marc Janaillac, le PDG d'Air France-KLM, avait déclaré lors d'une audition à l'Assemblée nationale que le risque de mort d'Air France « n'existait pas ».

Le rôle de la présence de l'Etat dans le capital d'Air France

Pour Marc Rochet, président de French Bee et directeur général de Groupe Dubreuil Aéro (GDA), une filiale du groupe Dubreuil dédiée aux métiers du transport aérien, « ce sentiment d'impunité -qui règne à Air France- est lié à la présence de l'Etat au capital (14,5%, NDLR), qui fonctionne comme un parapluie sous lequel tout le monde s'abrite. Ce parapluie empêche Air France de se projeter sur l'avenir ».

« Il n'y a aucune justification rationnelle à la présence de l'Etat dans le capital d'Air France. Le jour où l'Etat sortira complètement, Air France deviendra une grande entreprise », explique Marc Rochet.

« Nous sommes petits et vulnérables. Nous luttons pour notre survie. La préoccupation du personnel de Corsair, c'est la pérennité et le développement de l'entreprise », explique Pascal de Izaguirre, président du directoire de Corsair.

« Pour la direction et les syndicats, l'intérêt de l'entreprise prime », fait remarquer Laurent Magnin, qui précise par ailleurs que les petites compagnies ont été des accélérateurs de carrière, avec des pilotes qui ont eu accès au statut de commandant de bord d'avions long-courriers beaucoup plus tôt qu'à Air France. « Cela met les pilotes dans une relation différente à la compagnie ».

En 2016, le directeur général de IAG, Willie Walsh, avait lui aussi pointé le danger de ce sentiment d'immortalité.

"Je pense qu'il y a une forte croyance, au sein d'Air France, que le gouvernement français sera toujours là pour intervenir, qu'importe ce qu'il se passe, et donc qu'ils [les employés, Ndlr] n'ont pas besoin de changer (...) je pense que c'est de la folie parce qu'Air France est de plus en plus petit et de moins en moins pertinent dans un secteur où la taille est importante", déclarait-il. Willie Walsh estimait que "les personnels sont des gens rationnels" et que c'est seulement quand ils ne pensent pas que leur job est confronté à une menace réelle qu'ils se comportent de manière irrationnelle.

Interrogé, un pilote syndicaliste d'Air France (membre du SNPL), met lui aussi en lumière la taille de l'entreprise, mais aussi sa médiatisation qui met la direction sous pression, et le manque d'esprit entrepreneurial de la direction, nommée par l'Etat. Un syndicaliste sol partage lui aussi l'idée du sentiment d'immortalité solidement ancré au sein de la compagnie.

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Commentaires
a écrit le 05/05/2018 à 8:12 :
Le problème n'est pas uniquement à AIRFRANCE; il est aussi à ALSTOM, à la SNCF et bientôt à EDF. Il est lié au prix de l'énergie. Il n'existe qu'en France. Il faut appliquer la note n°6 du CAE.
Réponse de le 06/05/2018 à 16:25 :
Suite. Nos responsables politiques et économiques sont incapables de comprendre le role de l'énergie. Ils raisonnent comme s' ils étaient encore au moyen age. Réveillez vous! L'énergie, c'est quoi, ça sert à quoi? Quelle relation avec le travail?
a écrit le 05/05/2018 à 0:23 :
Les patrons d’entreprises privées ne prennent pas des postures politiques contrairement au patron d’air france, dirigé qu’il est par le ministère voire la présidence depuis toujours.
Quand l’argent perdu ne sort pas de votre poche vous êtes moins prompt à négocier tout simplement...
a écrit le 04/05/2018 à 15:07 :
Chez XL Airways la plus part des effectifs étaient en CDD de 2008 à 2017 et n étaient pas repris si il y avait le moindre incident. Vous avez votre réponse. Pour être un fin observateur de l aérien le climat social est detestable ds ce genre de compagnie. les salariés craignent pour leurs postes et ne peuvent se permettre ce genres d initiatives.
a écrit le 04/05/2018 à 14:02 :
Parce qu'à AF beaucoup pensent comme à la SNCF ou à la RATP :
il n'y a pas de clients , que des usagers ???
a écrit le 04/05/2018 à 12:24 :
En même temps, l'Etat français ne laissera jamais Air France faire faillite. Il suffit de voir l'acharnement thérapeutique du gouvernement italien pour maintenir à flot Alitalia.
On nous dira que c'est un enjeu de souveraineté, que trop d'emplois sont en jeux... Bref les politiques trouveront tous les arguments pour faire intervenir le contribuable!

Et puis soyons AF ne risque pas réellement de faire faillite. Par contre elle court un risque sérieux de devenir une compagnie atrophiée de deuxième division....
Réponse de le 04/05/2018 à 23:56 :
Swissair et Sabena ont été liquidées sans autre forme de procès. Et dans l'alliance AirFrance KLM, cette dernière est beaucoup moins conflictuelle. Une solution serait de laisser le naufrage dAirFrance se terminer et de faire reprendre ses principaux actifs par KLM. En liquidant au passage les salariés d'AF coupables de ce naufrage.
a écrit le 04/05/2018 à 10:54 :
Société déjà renflouée dans les années 1990, un peu fonctionnaire, un peu intouchable, l'état paiera ...
a écrit le 04/05/2018 à 9:39 :
Le sentiment d’immortalité est compris par beaucoup d’observateurs qui se demandent pourquoi cette espèce d’AEROFLOT n’est pas entièrement privatisée et depuis longtemps. Le prestige ne se situe plus dans une compagnie de bus des airs mais dans la capacité à créer et à innover désormais .
a écrit le 04/05/2018 à 9:26 :
Pour les autres compagnies aériennes, faire autant grève reviendrait à jouer à la roulette russe avec le pistolet pointé vers leur propre tête.

Pour Air France, faire grève à répétition revient à jouer à la roulette russe avec le pistolet pointé vers le pied de l'Etat Français.
Réponse de le 04/05/2018 à 23:59 :
"reviendrait à jouer à la roulette russe avec le pistolet pointé vers leur propre tête." en même temps c'est un peu le principe de la roulette russe. En l'espèce c'est plutôt jouer à la roulette russe avec un revolver au barillet entièrement chargé...
a écrit le 04/05/2018 à 9:23 :
l etat donc le contribuable est là pour soutenir cette entreprise ,comme la sncf ...privatisée elle ferait des benefices ou elle degage comme swissair ...!!
Réponse de le 04/05/2018 à 10:50 :
L’état n’a plus injecté d’argent dans AF depuis le 20ème siècle, il faudrait mettre vos informations à jour pour vivre avec votre temps.
C’est même plutôt l’inverse qui se produit au vu de toutes les taxes, redevances et cottisations qu’AF verse, comme une rente, à diverses caisses, pas toujours publiques.
Réponse de le 04/05/2018 à 16:59 :
le 20 ieme siecle c etait il y a 18 ans .... ce n est pas si vieux et là l etat a injecté des milliards ....ce sont nos impots ou nos dettes pour payer des feignasses a 18000 euros par mois ...!!
Réponse de le 04/05/2018 à 21:51 :
Et depuis le temps l’état n’a-t-il pas, très largement, récupéré sa mise? Faites le calcul puis allez vous cacher.
18000€/mois? On m’aurait menti sur ma fiche de paie? Vite j’écris à la DRH pour demander l’augmentation vantée par un commentateur expert de la Tribune.
Réponse de le 05/05/2018 à 0:03 :
"C’est même plutôt l’inverse qui se produit au vu de toutes les taxes, redevances et cottisations qu’AF verse, comme une rente, à diverses caisses, pas toujours publiques. " Ni plus ni moins que ses concurrentes directes. Air France n'a pas encore compris que les low-costs peuvent parfaitement éliminer les grandes compagnies nationales et s'y substituer.
Réponse de le 05/05/2018 à 0:06 :
@Unpilote : en tout cas l'état ne doit pas remettre un kopeck dans AirFrance. Si elle coule, d'autres compagnies, low cost ou pas, reprendront sans problème ses créneaux et ses routes.
Réponse de le 05/05/2018 à 9:21 :
8000 pour un copilote ,de 13000 a 15000 pour un pilote et apres pour les longs courrier et en pleine carriere 23000 et plus et les primes ,13 ieme et autres ... là c est versailles ...!!

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