Brexit : faut-il vraiment craindre le chaos dans l'aviation en cas de "no deal" ?

En cas d'absence d'accord entre l'Union européenne et le Royaume-uni sur le Brexit, la menace de voir des avions cloués au sol a souvent été agitée. La France et Bruxelles travaillent sur le moyen de maintenir la connectivité directe entre les pays de l'UE et le Royaume-Uni. Même en cas d'absence d'accord sur les services aériens, La France pourrait ainsi approuver les programmes de vols des compagnies reliant les deux côtés de la Manche.
Fabrice Gliszczynski

5 mn

(Crédits : DR)

Un «no-deal » sur le Brexit entre la Commission européenne et le Royaume-Uni aurait-il les connaissances aussi «dramatiques » pour l'aviation que le craignait il y a un mois Karima Delli, la présidente de la commission Transports du Parlement européen. Lors d'un point presse le 8 octobre à Paris, cette dernière pointait le risque de voir les avions cloués au sol dès la sortie effective du Royaume-Uni de l'espace européen le 29 mars 2019, faut d'accord sur les services aériens entre les l'UE et le Royaume-Uni, devenu par conséquent un pays tiers.

Maintenir une "connectivité directe"

Pour autant, dans l'hypothèse d'un « hard Brexit », le chaos ne devrait pas arriver.

« On sait traiter ces sujets notamment sur la connectivité directe avec le Royaume-Uni », a déclaré ce jeudi, la ministre des Transports, Elisabeth Borne à l'Assemblée générale de l'Union des aéroports français (UAF). « En cas de hard Brexit, nous travaillons avec la Commission européenne et nos partenaires européens au cadre qui pourrait permettre de maintenir une connectivité directe entre le Royaume-Uni et la France sur la base de la réciprocité », a expliqué la ministre.

Selon des sources proches du dossier en effet, la France est prête à mettre en place un système dans lequel elle approuverait les programmes de vols des compagnies aériennes reliant l'Hexagone au Royaume-Uni. Chaque compagnie pourrait ainsi conserver après le Brexit le programme de vols qu'elle assurait jusque là. Seuls les cabotages entre une destination européenne et un autre pays tiers ou les vols intra-européens seraient interdits aux compagnies britanniques. Mais les transporteurs concernées par ce type de vols, comme Easyjet, ont déjà pris les devants. EasyJet a en effet contourné le danger en créant une compagnie en Europe. Basée en Autriche, elle aura la charge d'exploiter tous les vols intra-européens ou entre une destination européenne et un pays tiers autre que le Royaume-Uni.

Un scénario d'approbation des programmes de vols ne peut que convenir au Royaume-Uni. Fin septembre, dans une note technique, le gouvernement britannique avait souligné qu'en cas de Brexit dur, sans accord, "le Royaume-Uni envisagerait" pour les vols en provenance et à destination de l'Union européenne, "d'accorder une permission aux compagnies aériennes européennes pour continuer à opérer" précisant s'attendre à "ce que les pays UE fassent de même en retour".

Quelle suite?

Resterait à définir la suite. Car si un tel schéma permettrait d'éviter un grand bazar en cas de Brexit dur, il n'est pas sans soulever des questions. Quelle serait sa durée? L'accord bilatéral entre la France et le Royaume-Uni qui lui succèderait reprendrait-il l'accès illimité entre les pays deux pays comme c'est le cas aujourd'hui dans le marché commun? Ou deviendrait-il plus restrictif sur le volume de vols entre les deux pays et l'équilibre entre les compagnies britanniques et tricolores ?

En effet, le maintien d'un ciel ouvert entre des deux côtés de la Manche, comme c'est le cas aujourd'hui, pérenniserait l'hégémonie des transporteurs britanniques, notamment à bas coûts, sur l'axe franco-britannique. De quoi faire tiquer certaines compagnies françaises, qui pourraient s'agacer de voir des transporteurs d'un pays tiers conserver des droits de trafic très importants, voire illimités, vers la France, alors qu'elles bénéficient d'un avantage compétitif important lié à la faiblesse du coût du travail.

Les aéroports sont inquiets

De leur côté, les aéroports français sont dans une autre position et ne cachent pas leur inquiétude par rapport au Brexit.

"Quelle que soit la forme qu'il prendra, le Brexit portera immanquablement un coup à la connectivité aérienne de nos aéroports et territoires", s'est inquiété le président de l'UAF Thomas Juin, pour qui le « Brexit réduira inéluctablement l'offre de service ».

Avec 13,5 millions de passagers en 2017, le trafic entre la Grande-Bretagne a représenté 7% du trafic des aéroports français en 2017.

Plus de contrôle pour le fret

Si un « no deal » ne devait provoquer de chaos sur la connectivité entre la France et le Royaume-Uni, il ne créera pas plus de désagréments qu'aujourd'hui pour les passagers aériens.  Le Royaume-Uni ne fait en effet déjà pas partie de l'espace Schenghen, lequel autorise la libre circulation des personnes et harmonise les contrôles des voyageurs en leur sein.  En revanche, les passagers anglais voyageant en France ne pourront plus rapporter chez eux autant de marchandises en « franchise de droit » et, sur celles qui pourront rapporter, ils devront récupérer la TVA. Le fret ne relèvera plus de la liberté de circulation et seront soumises à des formalités supplémentaires, a expliqué Rodolfe Gintz, le directeur général des douanes (DGDDI).

En cas d'accord, il y aura une période transitoire de deux ans

En cas d'accord sur le Brexit, il y aura un accord transitoire jusqu'au 31 décembre 2020 pendant lequel le Royaume-Uni resterait dans une situation identique vis-à-vis du marché intérieur et cette période serait mise à profit pour négocier un accord global sur le transport aérien entre l'Europe à 27 et le Royaume-Uni », a rappelé Elisabeth Borne.

Sur le front des négociations, le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt s'est dit jeudi "optimiste" quant à la conclusion d'un accord sur le Brexit, tout en jugeant improbable une percée rapide. Les négociateurs ont mis les bouchées doubles dans l'espoir de boucler un accord pouvant être approuvé lors d'un sommet extraordinaire en novembre, mais cette perspective s'éloigne. Le sujet sera au menu des discussions entre le président Macron et le Premier ministre britannique Theresa May, qui se retrouveront vendredi dans le nord de la France pour une cérémonie marquant la fin de la Première guerre mondiale.

Fabrice Gliszczynski

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Commentaires 12
à écrit le 13/11/2018 à 6:39
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moi j'"y comprends rien mais j'y vois une nouvelle occasion de critiquer l’administration française et le gouvernement, alors je critique sans savoir, mais je condamne fermement l'attitude irresponsable de nos dirigeants et de leurs fonctionnaires !!...

à écrit le 10/11/2018 à 19:31
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Bien sur que non. Comment font toutes les compagnies qui ne font pas partie de l'UE? Les pays pragmatiques: pays nordiqurs, Allemagne, Suisse trouveront des accords. Si les fonctionnaires francais veulent faire le bras de fer, les anglais appliq...

à écrit le 09/11/2018 à 21:05
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L'accord serait une période de transition de 2 ans pour renégocier cas par cas des clauses de concurrence. S'il n'y a pas d'accord, l'administration française se fera un plaisir de tout bloquer. Pas sûr que le peuple français soit gagnant. Les seuls ...

à écrit le 09/11/2018 à 17:39
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Je vois pas trop où est le problème : on est d’accord pour réduire les émissions de co2 non?

à écrit le 09/11/2018 à 16:51
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Si les avions devaient rester cloués au sol, avec la fermeture des frontières terrestres et maritimes, nos amis anglais pourraient de sentir un chouia isolés. Tandis que nous, on pourra toujours aller manger de la Choucroute à Francfort, de la pae...

le 09/11/2018 à 17:28
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C'est déjà le cas, Londres n'a jamais signé Shengen, on n'a jamais cessé de passer la douane pour aller au Royaume-Uni, que ce soit pour prendre l'avion, l'eurostar ou le bateau.

le 09/11/2018 à 20:30
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Pourquoi voulez vous que les frontières soient fermées? c'est la guerre?ils vont être là Corée du Nord de l'Europe ?la France a une balance commerciale positive avec le royaume Uni et a beaucoup a perdre si il n'y a pas de facilité (pêche , agricultu...

le 10/11/2018 à 13:28
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Il y a plusieurs moyen de fermer les frontières. Vous pouvez mettre des grillages et des barbelés (comme on tente de le faire pour les migrants) mais on peut aussi multiplier les formalités douanières, les ralentir en limitant le nombre de fonctio...

à écrit le 09/11/2018 à 14:51
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A croire que rien n'existait avant l'apparition de cet organisation administrative hors sol qu'est l'UE de Bruxelles!

à écrit le 09/11/2018 à 12:59
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Que de phantasme avec le Brexit!! Alors que l'UE pousse le régionalisme pour détruire les États!

à écrit le 09/11/2018 à 12:37
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Soyez sans inquiétude, les anglais sortent le 29 mars et ça va bien se passer, inutile d' alimenter le Project Fear qui ne résiste pas aux faits et par ailleurs totalement tombé en désuétude depuis un petit moment...

à écrit le 09/11/2018 à 11:15
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disons que ca sera embetant pour le RU paris assurera les liaisons directes avec les etats unis, Frankfurt prendra le lead pour le reste du monde....

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