Le développement trop lent des PME nuit à l'emploi selon l'OIT

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Entre 2003 et 2016, le nombre d'employés à plein temps dans les PME a quasiment doublé, la proportion du total d'emplois imputable aux PME est passée de 31 à 35%, selon le rapport intitulé 'Emploi et questions sociales dans le monde 2017 : Entreprises et emplois durables'.
Entre 2003 et 2016, le nombre d'employés à plein temps dans les PME a quasiment doublé, la proportion du total d'emplois imputable aux PME est passée de 31 à 35%, selon le rapport intitulé 'Emploi et questions sociales dans le monde 2017 : Entreprises et emplois durables'. (Crédits : Reuters/Peter Nicholls)
Pour lutter contre le chômage mondial, l'Organisation internationale du travail veut faciliter l'accès au financement pour les petites et moyennes entreprises (PME) des pays en développement notamment.

Il faut encourager les PME à se développer. C'est le mot d'ordre lancé par l'Organisation internationale du Travail (OIT) qui vient de publier un rapport intitulé  "Emploi et questions sociales dans le monde 2017: Entreprises et emplois durables" Dans cette étude, les économistes de l'institution internationale encouragent les Etats à mener des politiques économiques favorables aux PME pour endiguer la montée du chômage mondial.

Des PME plus durement confrontées à la crise

La crise a eu des effets retentissants sur le secteur des petites et moyennes entreprises. Avant 2009, la croissance moyenne de l'emploi ( à plein temps uniquement) "était sensiblement plus élevée" dans les PME que dans les grandes entreprises, avec un écart de 1,4 point de pourcentage - 4,7% et 3,3% respectivement. Mais la croissance de l'emploi permanent à plein temps dans les PME a ralenti ces dernières années. tandis que la dynamique de l'emploi dans les jeunes entreprises connaissait également un ralentissement au niveau mondial.

"Pendant la période précédant la crise, le taux de croissance de l'emploi dans les jeunes entreprises était en moyenne de 6,9 points de pourcentage supérieur à celui des entreprises établies, mais l'écart s'est réduit à 5,5 points de pourcentage après la crise."

En ce qui concerne les dynamiques de l'emploi, il existe des disparités entre les niveaux de développement des pays. "La capacité des PME, par rapport aux grandes entreprises, à générer une croissance de l'emploi augmente avec le revenu par habitant", souligne l'OIT. Dans les pays en développement, le taux de création d'emplois dans les PME est similaire à celui des grandes entreprises, alors qu'il est plus élevé dans les économies émergentes et développées. Pour les économistes de l'organisation internationale, "cela peut refléter le fait que de nombreuses PME des pays en développement, et dans une moindre mesure dans les pays émergents, émanent d'entrepreneurs par nécessité, dont l'objectif premier est de survivre et non pas nécessairement de se développer".

Sur le marché du travail, les PME représentent 52% de l'emploi total dans les économies en développement, contre 34% dans les économies émergentes et 41% dans les économies développées.

Le poids de l'économie informelle

Pour tenter d'expliquer ce ralentissement, le rapport a identifié plusieurs problèmes structurels. "L'environnement dans lequel évoluent les entreprises - au-delà des évolutions cycliques récentes - a une incidence importante sur leur croissance." Les auteurs indiquent qu'une série de facteurs propres à chaque pays peut avoir des conséquences importantes sur le développement des firmes :

"Les institutions du marché du travail, les modèles d'organisation, l'accès au commerce et aux chaînes d'approvisionnement mondiales, la taille du marché et les possibilités de financement, influent sur la croissance des entreprises."

Dans certains cas, ces facteurs peuvent avoir des conséquences sur l'économie informelle. "Un grand nombre d'entreprises, et par défaut de travailleurs, restent dans l'économie informelle. [...] Cela concerne, par exemple, la capacité d'une entreprise à croître et à créer de la richesse et des emplois, ce qui détermine l'accès des travailleurs à la protection sociale."

L'autre facteur avancé par l'OIT est la stagnation du commerce mondial.  Le document estime que 37% des travailleurs (167 millions de personnes) étaient employés par des entreprises exportatrices dans les 132 pays étudiés en 2016, soit moins qu'avant la crise économique et financière.

commerce mondial

Faciliter le financement des jeunes entreprises

Face à ce constat, l'Organisation internationale du travail a fait quelques propositions.

"Pour inverser cette récente tendance à la stagnation de l'emploi dans les PME, nous avons besoin de politiques pour mieux promouvoir ces PME et améliorer le climat des affaires pour toutes les entreprises, y compris l'accès au financement pour les plus jeunes d'entre elles", souligne Deborah Greenfield, directrice générale adjointe pour les politiques.

L'accès au financement demeure l'un des principaux problèmes auxquels les entreprises sont confrontées, particulièrement dans les pays en développement. La difficulté provient en partie du fait que de nombreuses entreprises ne demandent pas de prêts bancaires en raison du coût que cela peut engendrer.

"Le rapport constate que les PME et les jeunes entreprises recourent davantage à ces prêts pour le fonds de roulement lorsqu'il y a moins d'imperfections sur les marchés financiers."

Pour faciliter l'accès à des financements extérieurs ou étrangers, l'organisation recommande ainsi d'améliorer l'environnement institutionnel des Etats, "grâce à une plus grande responsabilisation, à la transparence de l'information et au respect de l'Etat de droit". Cela pourrait permettre aux entreprises financièrement limitées de lever des fonds à l'étranger ou obtenir plus facilement des prêts.

Flexibilité interne et formation

Sur la réglementation du travail, le rapport encourage les entreprises à pratiquer une flexibilité interne plutôt que de recourir à des emplois temporaires.

"En optant pour la flexibilité fonctionnelle interne (par exemple la formation des travailleurs), les entreprises peuvent maintenir leur compétitivité globale sans sacrifier la qualité de l'emploi. Lorsqu'elles choisissent la flexibilité numérique externe (par exemple en s'appuyant fortement sur les travailleurs temporaires), les gains sont généralement de courte durée et associés à des conséquences négatives à long terme pour les entreprises et les travailleurs."

Pour faciliter cette flexibilité interne, les experts incitent les entreprises à proposer des formations à leurs salariés. Les faits relevés par l'OIT indiquent qu'en moyenne les entreprises qui proposent une formation formelle à leurs employés à plein temps proposent des salaires 14% plus élevés, sont 19,6% plus productives et ont des coûts unitaires de main-d'oeuvre inférieurs de 5,3% à celles qui n'offrent pas de formation.

L'innovation stimule l'emploi

A rebours des débats réguliers sur la possible responsabilité des technologies dans la destruction des emplois, le rapport relève que l'innovation est une importante source de compétitivité et de création d'emplois pour les entreprises. De manière générale, les sociétés innovantes ont tendance à être plus productives et à créer plus d'emplois, tout en faisant travailler des personnes plus qualifiées, à qui il est davantage proposer des formations.

Mais l'OIT nuance néanmoins son propos en rappelant que "l innovation a conduit à un recours plus fréquent au travail temporaire (en particulier dans les entreprises qui innovent dans les produits et les procédés de fabrication)". Ces dernières ont en effet tendance à avoir plus de 75% de travailleurs temporaires supplémentaires que celles qui n'innovent pas.

>> Lire aussi  Automatisation : peu de disparitions d'emplois, mais beaucoup d'évolutions

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Commentaires
a écrit le 13/10/2017 à 7:37 :
Fuyez Fuyez ne créer pas d'entreprise. L’État ment et cherche juste des crétins qui étouffés par les charges finiront au TGI en liquidation ou faillite et engraisserons l’État et le mandataire judiciaire pour finir SDF et ruinés. J'en ai fait les frais donc je sais de quoi je parle.
a écrit le 12/10/2017 à 16:07 :
La difficulté des PME est indicateur des lacunes du système économique global. En tant que principal moteur de développement et instrument majeur de relance économique la petite et moyenne entreprise doit bénéficier de plus d aide et de protection des états. Accorder des subventions de l état et leur facilité endettement aux côtés des finances publiques mais aussi et surtout les protéger de la concurrence démesurée et déloyale des grandes firmes et d autres organismes non gouvernementaux qui constituent un danger à la survie même des PME car ils les asphyxient par le dumping et autres formes d aides humanitaires. Ces phénomènes rendent leurs croissances et expansions impossible. Cela est une menace réelle et imminente a l économie globale des nations et principalement ds les pays en développement.
a écrit le 12/10/2017 à 14:10 :
Les PME ne sont pas assez rentables pour les banques et Co ... déconnectés du spatio-temporel , pourquoi ne pas les endetter pour se faire de l’argent facile de leur misère?
a écrit le 12/10/2017 à 10:40 :
Quand on sait que nos banques ne prêtent qu'aux riches et qu'elles ne sont même pas capable de soutenir une PME comme Manurhin alors que le carnet de commandes est plein on se demande bien ce qui fait tourner nos actionnaires milliardaires et leurs valets les politiciens.

Oui les PME en bave mais c'est parce que tout est fait pour les mégas riches, ils en patient obligatoirement eux aussi.
Réponse de le 12/10/2017 à 11:18 :
Ce qu'il faut d'abord comprendre, c'est que les PME constituent une concurrence aux banques. En effet, les parts de marché occupées par les PME sont un manque à gagner pour les sociétés cotés en bourse. Hors les banques se font de l'argent d'abord avec la spéculation boursière. Les banques sont de fait les actionnaires des sociétés cotés. Une entreprise qui occupe une niche économique n'est pas une gène pour le système financier. Mais celle qui empiète sur un domaine convoité par une société coté est condamnée par les banques... Une banque peut donc avoir un intérêt à couler une PME en lui refusant un financement.
Réponse de le 12/10/2017 à 12:08 :
Raisonnement qui se tient en effet et qui colle avec dorénavant 100 personnes détenant la moitié des richesses de la planète.

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