En Allemagne, la taxe carbone sera plus élevée que prévu

 |   |  480  mots
(Crédits : Leon Kuegeler)
Les recettes de la mesure doivent financer une baisse de la taxe de soutien aux énergies renouvelables payée par les contribuables allemands.

Le gouvernement d'Angela Merkel et les régions allemandes sont parvenus à un accord pour relever le prix du carbone à partir de 2021, une mesure phare de sa politique climatique mais décriée par les industriels au nom de la compétitivité.

Initialement prévu à 10 euros par tonne, ce prix de l'émission de CO2 sera finalement fixé à 25 euros par tonne à partir du 1er janvier 2021, selon l'accord négocié dans la nuit de dimanche à lundi par le gouvernement et les Länder allemands, et annoncé lundi par le ministère de l'Environnement.

Ce système destiné à compléter le marché européen du carbone, point clé du projet de loi climat présenté par la chancelière en septembre, devrait entraîner une hausse de 7 à 8 centimes par litre du prix du carburant.

55 euros en 2025

Le prix de ces émissions de CO2 passera ensuite à 30 euros en 2022, puis 55 euros en 2025, date à laquelle ces permis d'émission nationaux devraient s'intégrer à un système européen élargi, à un prix compris entre 55 et 65 euros.

La mesure comble un vide car le périmètre actuel du marché européen du carbone ne couvre qu'une moitié des émissions de CO2 environ: les seuls secteurs pris en compte sont l'industrie lourde ou l'énergie, laissant de côté le bâtiment ou les transports. Les recettes de ces hausses de prix doivent financer une baisse de la taxe EEG de soutien aux énergies renouvelables payée par les contribuables allemands.

L'accord a toutefois été critiqué par l'industrie allemande, qui y voit une menace pour la compétitivité du pays. "L'augmentation du prix du CO2 menace de détériorer drastiquement la compétitivité", a fustigé dans un communiqué Holger Lösch, directeur adjoint de la fédération de l'industrie (BDI), demandant "une compensation" pour les "nombreuses" entreprises qui "seraient désavantagés par rapport à la concurrence internationale".

Baisse de 55% des émissions

La fédération de l'industrie chimique (VCI) voit de son côté également une "alerte rouge pour la compétitivité du Mittelstand", ce réseau dense de petites et moyennes entreprises considéré depuis une dizaine d'années comme la clé du succès économique allemand. "La politique ne peut pas abandonner les entreprises soumises à la concurrence mondiale", a mis en garde Wolfgang Große Entrup, directeur du lobby de la chimie.

Parmi les autres mesures du plan climat, qui devrait être approuvé par le parlement vendredi, figurent une baisse du prix des billets de trains et des aides à la rénovation énergétique de l'immobilier.

Ce plan, présenté en grande pompe par Angela Merkel en septembre, avait suscité la critique des écologistes et ONG environnementales, déçus par son manque d'ambition. L'Allemagne vise une baisse de 55% des émissions de gaz à effet de serre en dix ans, par rapport au niveau de 1990, ainsi qu'une part de 65% de renouvelable dans sa production d'électricité.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/12/2019 à 23:27 :
C'est peu mais mieux que rien. Chez nous sur le gaz domestique, on est déjà à 40€/tonne HT (TVA 20%), ça se nomme TICGN sur la facture, elle aurait dû être à 60€ HT en 2019 mais restée figée suite aux GJ. On vise chez nous 150€, par paliers.
En Pologne elle est à combien cette taxe ? A part planter des éoliennes en grosse quantité, quelle est la solution pour décarboner ?
a écrit le 16/12/2019 à 19:09 :
Aie, la fameuse compétitivité allemande "hors prix" ne serait-elle finalement pas aussi exposée qu'ailleurs ?
Le modèle basé sur des coûts (salariaux) compressés depuis des années dans les services semble bien atteindre ses limites.
Les prix de l'immobilier explosent dans nombre de villes allemandes, beaucoup de ménages ne vont pas pouvoir suivre en l'état.
a écrit le 16/12/2019 à 16:52 :
L'Allemagne, là aussi, est le mauvais élève de l'UE, faut bien qu'elle trouve un domaine dans lequel elle puisse faire semblant d'être européenne...

L'Allemagne a ses comptes bien équilibrés mais cela ne lui sert à rien.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :