DOSSIER MONDIALISATION- La fermeture des frontières de plusieurs pays aux importations de déchets occidentaux, la désorganisation des flux logistiques, l'inflation des matières premières vierges et le lancement de politiques de souveraineté industrielle sont autant de facteurs qui profitent à la demande de matières premières recyclées. Mais l'essor de l'économie circulaire reste très relatif. Et il semble davantage porté par la prise de conscience écologique que par la démondialisation.Dans le secteur du recyclage, le phénomène a débuté depuis au moins 2017. Cette année-là, la Chine a commencé à fermer ses frontières à une grande partie des déchets étrangers qu'elle importait jusqu'ici pour produire les matières premières recyclées destinées à son industrie. Pour des raisons relevant tout autant de l'écologie que de la volonté des autorités chinoises de développer une économie circulaire domestique, s'appuyant sur l'augmentation de la consommation interne, les entreprises du recyclage européennes se sont alors brutalement trouvées face à une première forme de « démondialisation » d'un marché jusqu'alors planétaire, et dont la Chine était le plus important débouché.
L'exemple a ensuite été suivi par d'autres pays, notamment de l'Asie du Sud-Est, où les déchets occidentaux avaient été redirigés en masse, malgré leur impossibilité de les réabsorber. Résultat : les exportations européennes de déchets plastiques vers la Chine -qui représentaient jusque-là 80% de ses exportations- dégringolent., passant « de 3,1 millions de tonnes en 2016 à 1,6 million de tonnes en 2020 », selon l'association européenne des producteurs de plastique, Plastics Europe.
Une solution face à la raréfaction des ressources
Depuis la crise sanitaire due au Covid-19, puis la guerre en Ukraine, qui ont d'une part désorganisé les flux logistiques, d'autre part contribué à l'inflation des prix des matières premières fossiles et de l'énergie, un nouveau phénomène est venu accentuer cette démondialisation du recyclage, et favoriser l'essor d'une économie circulaire locale. Les entreprises ont de plus en plus pris conscience de la rareté des ressources indispensables pour leur production, et ont fini par intégrer les enjeux de résilience à leurs stratégies, observe Stanislas Ancel, directeur associé au sein de l'activité « Intelligent industry » de Capgemini Invent.
«Le recyclage, le réemploi de certaines composantes des produits, mais aussi l'augmentation de leur durée de vie, la réduction des matières utilisées, ou le développement d'offres de location sont de plus en plusreconnuscomme solutions permettant de réduire la criticité des matériaux », analyse-t-il.