Les nombreux défis de la consigne pour le réemploi des emballages

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Les emballages réutilisables doivent être plus robustes que leurs équivalents jetables, ce qui oblige souvent les producteurs de l'emballage comme les conditionneurs à revoir leurs processus.
Les emballages réutilisables doivent être plus robustes que leurs équivalents jetables, ce qui oblige souvent les producteurs de l'emballage comme les conditionneurs à revoir leurs processus. (Crédits : © Jacky Naegelen / Reuters)
Plus avantageuse d'un point de vue environnemental, la consigne visant le réemploi des emballages implique des difficultés logistiques et financières. Pour qu'elle prenne son envol, une concertation entre acteurs est indispensable, souligne une étude.

Lorsqu'en 2017, dans le cadre de la consultation publique pour l'élaboration d'une feuille de route de l'économie circulaire, les citoyens ont plébiscité la "consigne", c'était vraisemblablement à une "consigne pour réemploi" qu'ils pensaient. Un tel dispositif, où l'emballage restitué grâce à l'incitation découlant d'une caution est ensuite lavé pour être réutilisé, est en effet le type de consigne le mieux connu par les Français, puisqu'elle était encore très répandue dans l'Hexagone dans les années 1980 pour les bouteilles en verre.

Initialement, dans son projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, le gouvernement souhaitait plutôt introduire en France une caution des emballages visant à en faciliter le seul recyclage. Mais il s'est finalement engagé à soutenir aussi la consigne visant le réemploi. Selon les écologistes, c'est en effet la meilleure solution pour la protection de l'environnement, puisque non seulement elle réduit la quantité de déchets, mais évite également les phases du recyclage et de refabrication de l'emballage, qui impliquent une déperdition de matière et d'énergie. A ce bénéfice s'ajoute celui issu du message véhiculé par une consigne pour le réemploi: l'abandon de la culture du jetable, qui est largement à l'origine du fléau de la pollution due au plastique.

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Manque d'espace et personnel à former

Malgré ces avantages, la mise en place d'une consigne visant au réemploi des emballages se heurte toutefois à de nombreuses difficultés, qu'une "note rapide" publiée cette semaine par l'Observatoire régional des déchets d'Ile-de-France (Ordif). Elle rend notamment compte des résultats d'entretiens menés en partenariat avec les étudiants de l'école d'ingénieurs CentraleSupélec auprès d'associations environnementales, citoyens, entreprises et start-up qui agissent depuis plusieurs années pour le retour de ce type de consigne en Île-de-France, notamment pour les bouteilles en verre.

Le premier type de difficultés est d'ordre logistique et industriel. Comme la consigne pour le recyclage, celle pour le réemploi implique en effet généralement une collecte hors foyers, qui le plus souvent a lieu dans des magasins et des supermarchés via des machines. Pour les entreprises de la grande distribution, collecter ainsi les emballages est une manière d'afficher un engagement environnemental, et de répondre à une demande d'une partie croissante de leurs clients voire de leurs salariés. Mais en l'absence d'une obligation établie par la loi, le manque d'espace, la nécessité de former et mobiliser le personnel, la pénibilité liée au poids des emballages en verre et les craintes liées à la coexistence de déchets et de produits alimentaires sur un même lieu peuvent décourager l'adhésion à un tel dispositif.

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Étiquettes adhésives et emballages plus robustes

Une fois collectés, les emballages destinés à être réutilisés doivent en outre être lavés et séchés, avant de retourner chez un conditionneur. Afin que ces étapes n'annulent pas les bénéfices environnementaux du réemploi, il est nécessaire que l'emballage soit réutilisé de nombreuses fois, mais aussi que le lavage et le séchage soient économes en eau et en énergie, et que les distances parcourues soient "modérées", a souligné l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) dans une étude de 2018. Autant de défis en termes de conception et d'organisation. Sans compter la nécessité de dépasser des obstacles techniques, comme celui représenté par les étiquettes adhésives avec colle résistante à l'eau, qui sont les plus utilisées aujourd'hui.

Les contenants réutilisables restent par ailleurs différents les uns des autres en termes de taille, poids, et matière, ce qui implique des adaptations à chaque étape du cycle de vie de l'emballage (collecte, transport, stockage, lavage), et fait obstacle aux collaborations entre acteurs.  Les emballages réutilisables, enfin, doivent être plus robustes que leurs équivalents jetables, ce qui oblige souvent les producteurs de l'emballage comme les conditionneurs à revoir leurs processus.

Les nouvelles machines demandent des investissements

Le deuxième type de difficultés est d'ordre financier. Toutes les étapes et innovations mentionnées impliquent en effet un coût supplémentaire. La collecte, le lavage, le séchage, les modifications de la ligne de production et de conditionnement demandent d'investir dans de nouvelles machines. A ces frais - qui pour les PME et les startups peuvent constituer un frein majeur - s'ajoutent ceux liés au foncier occupé par ces équipements, et à la formation et à la rémunération du personnel qui les fait fonctionner.

Les coûts des matières premières et de transport croissent aussi, car les emballages réutilisables, plus robustes, sont aussi plus chers, plus lourds et doivent être mieux préservés que les jetables. Pour que le dispositif soit rentable, et pour que les centres de collecte et de lavage maillent réellement le territoire, il faut alors que les volumes soient suffisants. Or, tant que la mise en place du dispositif est laissée à la simple bonne volonté de quelques acteurs et des citoyens, cela ne peut pas être le cas.

L'alternative du vrac

Certes, des aides existent au niveau local comme national, notamment pour financer l'acquisition de matériel de lavage et de transport. Et de nouveaux acteurs comme Loop misent sur de nouveaux modèles économiques, où l'emballage réutilisable, plus beau, devient aussi un actif pour la marque. Mais pour que la consigne pour lé réemploi prenne véritablement son envol, ce qui compte le plus c'est "la coopération de toutes les parties prenantes de la vie de l'emballage : des producteurs d'emballages aux collecteurs de déchets, en passant par les consommateurs", sans oublier les collectivités territoriales, met en garde l'Ordif.

Ainsi, "un travail de concertation en amont" incluant les fabricants et les producteurs est nécessaire afin de parvenir à adopter des contenants standardisés et des étiquettes solubles, ou de remplacer les étiquettes par un marquage du verre, ce qui "faciliterait considérablement le lavage", rappelle la note. Pour sa part, le législateur ne doit non plus négliger d'autres solutions, au-delà du réemploi mais aussi du recyclage: il peut par exemple "inciter les consommateurs à réutiliser leurs contenants en les lavant eux-mêmes et à se fournir en vrac".

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a écrit le 19/12/2019 à 20:20 :
La consigne c'est bien à condition d'arrèter les bouteilles en plastique. Le plastique se recicle mal est toxique pour les organismes..

Perso, j'ai plus l'impression que c'est une mesure de réaction au boycott du consomateur, même si c'est encore marginal.
a écrit le 19/12/2019 à 11:40 :
En Suède la machine qui gère les bouteilles la fait tourner pour lire le code barre et savoir à combien elle est "taxée" (si on met une bouteille française elle ne sera pas prise, pas de consigne à rendre), ça prend un peu de temps.
Un magasin (voire petite boutique en ville, il faut rapporter au vendeur pas à la GS de la périphérie) qui doit avoir autant d'espace "bouteilles vides" que de réception "bouteilles pleines", ça demande de l'organisation surtout si c'est géré à un guichet (comme en 1980 quand on rendait les bouteilles en verre, d'autres les jetaient, trop lourd quand vide, comme les paquets de cigarette, au sol, devenu inutile !).
L'idéal serait que les flacons Evian vides aillent tous chez Evian, les Badoit chez Badoit, Cola chez Cola, etc etc pas un grand mélange si ça doit servir à la même chose [retour à l'envoyeur initial]. Déjà que le verre est pas si écolo que prétendu car lourd, si le plastique doit faire "marche arrière" vers où il a été rempli, ça promet de la logistique, mais un camion arrivé plein en GS il repart vide, autant le remplir de bouteilles vides, pour 'rentabiliser' le carburant.
J'empile mes pots de yaourt (PS nu, rien d'imprimé, pas d'étiquette, seul l'opercule en alu est imprimé), à quand une consigne voire une filière, à défaut ? Y a pas que le PET dans la vie !
a écrit le 19/12/2019 à 10:16 :
c'est la premiere fois qu'on voit des francais qui ont reflechi a un probleme avant de lancer des mesures a la con qui ne donneront aucun resultat!
bravo, ca change
l'emballage en dur ca peut avoir du sens mais pas partout
bon, va quand meme y avoir une loi histoire de coller un impot, dans la lignee des impots ecolo punitifs de segolene royal et de duflot, faut pas changer une methode qui gagne

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