Les emballages réutilisables doivent être plus robustes que leurs équivalents jetables, ce qui oblige souvent les producteurs de l'emballage comme les conditionneurs à revoir leurs processus.
Plus avantageuse d'un point de vue environnemental, la consigne visant le réemploi des emballages implique des difficultés logistiques et financières. Pour qu'elle prenne son envol, une concertation entre acteurs est indispensable, souligne une étude.
Lorsqu'en 2017, dans le cadre de la consultation publique pour l'élaboration d'une feuille de route de l'économie circulaire, les citoyens ont plébiscité la "consigne", c'était vraisemblablement à une "consigne pour réemploi" qu'ils pensaient. Un tel dispositif, où l'emballage restitué grâce à l'incitation découlant d'une caution est ensuite lavé pour être réutilisé, est en effet le type de consigne le mieux connu par les Français, puisqu'elle était encore très répandue dans l'Hexagone dans les années 1980 pour les bouteilles en verre.
Malgré ces avantages, la mise en place d'une consigne visant au réemploi des emballages se heurte toutefois à de nombreuses difficultés, qu'une "note rapide" publiée cette semaine par l'Observatoire régional des déchets d'Ile-de-France (Ordif) souligne
. Elle rend notamment compte des résultats d'entretiens menés en partenariat avec les étudiants de l'école d'ingénieurs CentraleSupélec auprès d'
associations environnementales, citoyens, entreprises et start-up qui agissent depuis plusieurs années pour le retour de ce type de consigne en Île-de-France, notamment pour les bouteilles en verre.
Le premier type de difficultés est d'ordre logistique et industriel. Comme la consigne pour le recyclage, celle pour le réemploi implique en effet
Une fois collectés, les emballages destinés à être réutilisés doivent en outre être lavés et séchés, avant de retourner chez un conditionneur. Afin que ces étapes n'annulent pas les bénéfices environnementaux du réemploi, il est nécessaire que l'emballage soit réutilisé de nombreuses fois, mais aussi que le lavage et le séchage soient économes en eau et en énergie, et que les distances parcourues soient "modérées", a souligné l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) dans une étude de 2018. Autant de défis en termes de conception et d'organisation. Sans compter la nécessité de dépasser des obstacles techniques, comme celui représenté par les étiquettes adhésives avec colle résistante à l'eau, qui sont les plus utilisées aujourd'hui.
Les contenants réutilisables restent par ailleurs différents les uns des autres en termes de taille, poids, et matière, ce qui implique des adaptations à chaque étape du cycle de vie de l'emballage (collecte, transport, stockage, lavage), et fait obstacle aux collaborations entre acteurs. Les emballages réutilisables, enfin, doivent être plus robustes que leurs équivalents jetables, ce qui oblige souvent les producteurs de l'emballage comme les conditionneurs à revoir leurs processus.
Les nouvelles machines demandent des investissements
Le deuxième type de difficultés est d'ordre financier. Toutes les étapes et innovations mentionnées impliquent en effet un coût supplémentaire. La collecte, le lavage, le séchage, les modifications de la ligne de production et de conditionnement demandent d'investir dans de nouvelles machines. A ces frais - qui pour les PME et les startups peuvent constituer un frein majeur - s'ajoutent ceux liés au foncier occupé par ces équipements, et à la formation et à la rémunération du personnel qui les fait fonctionner.
Les coûts des matières premières et de transport croissent aussi, car les emballages réutilisables, plus robustes, sont aussi plus chers, plus lourds et doivent être mieux préservés que les jetables. Pour que le dispositif soit rentable, et pour que les centres de collecte et de lavage maillent réellement le territoire, il faut alors que les volumes soient suffisants. Or, tant que la mise en place du dispositif est laissée à la simple bonne volonté de quelques acteurs et des citoyens, cela ne peut pas être le cas.
Ainsi, "un travail de concertation en amont" incluant les fabricants et les producteurs est nécessaire afin de parvenir à adopter des contenants standardisés et des étiquettes solubles, ou de remplacer les étiquettes par un marquage du verre, ce qui "faciliterait considérablement le lavage", rappelle la note. Pour sa part, le législateur ne doit non plus négliger d'autres solutions, au-delà du réemploi mais aussi du recyclage: il peut par exemple "inciter les consommateurs à réutiliser leurs contenants en les lavant eux-mêmes et à se fournir en vrac".