Le chinois Avic débarque en force en Europe

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Après avoir racheté l'autrichien FACC en 2009, le géant chinois de l'aéronautique souhaiterait s'offrir l'équipementier français Latécoère.

L es Chinois débarquent dans l'aéronautique européenne », avertit un vieux routier de cette industrie. La menace du chinois Avic est bien réelle sur l'équipementier d'Airbus, Latécoèree;coère, qui cherche à s'adosser à un groupe plus puissant. L'offre chinoise, en concurrence avec celle du britannique GKN et du néerlandais Fokker-Stork, est sur le bureau du président du conseil de surveillance du groupe toulousain, Pierre Gadonneix. Et elle fait peur. A l'Etat et à EADS, qui ne souhaitent ni l'un ni l'autre que l'un des fleurons français de l'aérostructure (fabrication des fuselages et des cockpits) soit racheté, puis délocalisé, notamment les bureaux d'études, en Chine. Jugé prioritaire, ce dossier est d'ailleurs suivi « au jour le jour » par Bercy, explique une source gouvernementale.

Le rachat de Latécoèree;coère par Avic, s'il se concrétisait, interviendrait deux ans après la première opération de croissance externe jamais réalisée par une entreprise chinoise dans l'aéronautique. En 2009, Xi'an Aircraft Industry, filiale d'Avic, a pris une participation majoritaire dans la société autrichienne Future Advanced Composite Components (FACC), spécialisée dans la fabrication de pièces et de systèmes de matériaux composites. « Nous voulons valoriser les ressources nationales comme internationales », avait alors prévenu Meng Xiangkai, le président de Xi'an.

Avic, consortium public comptant près de 500.000 employés et dont le chiffre d'affaires est estimé à environ 30 milliards de dollars, a depuis réalisé d'importants partenariats internationaux et mené des opérations multiformes pour se développer hors de ses frontières. L'an dernier, Avic International Holding Corp a repris les activités dans les moteurs à piston de l'américain Teledyne Technologies pour 186 millions de dollars. Une autre filiale du groupe chinois, Catic Beijing Co, a acquis 20 % de la société allemande d'ingénierie KHD Himboldt pour 45 millions d'euros. L'avionneur brésilien Embraer a pour sa part scellé un accord avec Avic International Leasing pour financer l'achat et la location internationale d'avions, qui pourrait s'élever à 1,5 milliard de dollars sur cinq ans. Et de son côté, l'américain Pratt & Whitney a annoncé des discussions visant à fabriquer des pièces du dernier moteur réalisé par Avic.

Polémiques

Des champions français se sont aussi associés à Avic. Le groupe d'électronique Thales a profité du salon aéronautique de Zhuhai en novembre dernier pour créer une coentreprise avec China Electronics Technology Corporation (CETC). Elle sera chargée de vendre des systèmes de divertissement en vol (IFE) à Comac, le constructeur du futur moyen-courrier C919 (groupe Avic). A la même occasion, Safran a conclu un « partenariat stratégique global » ayant vocation à élargir la coopération avec Avic dans « l'ensemble des domaines d'activité de leurs filiales ». Safran a depuis été victime de cyberattaques. Les enquêteurs se seraient intéressés au rôle d'Avic qui a démenti toute implication.

Une polémique a aussi éclaté outre-Atlantique après le rachat annoncé en mars de Cirrus Aviation par Avic. Bien que la direction de ce petit fabriquant de jets privés a souligné qu'il n'employait pas de technologies sensibles, le Comité sur les investissements étrangers (CFIUS) a annoncé l'ouverture d'une enquête sur ce rapprochement. Certainement sous la pression du Capitole qui n'a pas digéré que le chinois réponde à des appels d'offre publics, notamment celui visant à remplacer les hélicoptères utilisés par la Maison-Blanche. Cela n'a pas empêché le fournisseur de systèmes électriques et d'actionnement américain Hamilton Sundstrand, filiale de United Technologies, d'annoncer la création d'une coentreprise avec Avic à la mi-avril.

Le consortium public peut aussi compter sur un marché domestique extrêmement prometteur, le gouvernement central s'étant engagé à investir 165 milliards de dollars dans son secteur aéronautique et aéroportuaire. Objectif : bâtir 45 nouveaux aéroports d'ici à 2015 et doubler la flotte domestique du pays pour la faire passer à 5.000 avions à la même échéance.

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