Maryam Bini, la cofondatrice de Soledge (appareils hi-fi haut-de-gamme et connectés) près de Montpellier, est aussi vice-présidente de Leader Occitanie, réseau des entreprises en croissance en Occitanie. Témoin, et elle-même victime, de la crise des composants électroniques qui secoue la planète entière, elle pointe le problème de souveraineté de la France, désormais dénoncé partout : « En France, on n'a plus de fondeurs (fabricants des dispositifs à semi-conducteurs ou puces électroniques, NDLR) ! La volonté politique est tournée vers le logiciel et non vers l'industriel... En Europe, on est en train de monter un fondeur à Bruxelles avec des composants du futur, qui nous seront utiles dans quinze ans ! ».
Alors qu'elle se charge, chez Leader Occitanie, de trouver collectivement des solutions pour les entreprises régionales, la dirigeante n'est pas qu'inquiète. Elle est aussi en colère.
« Les entreprises alertent sur cette pénurie, mais il n'y a pas de relais politiques au niveau national,déplore-t-elle.On est touchés de plein fouet mais personne ne fait rien ! En Occitanie, 5.000 entreprises sont concernées. C'est toute une chaîne qui est paralysée... En juillet dernier, une vingtaine d'entreprises d'Occitanie ont signé un courrier à l'attention du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, qui a été envoyé par Leader Occitanie. Cap'Tronic (expert en électronique qui accompagne les entreprises françaises dans leur transformation numérique grâce aux systèmes électroniques connectés, NDLR) a soutenu ce courrier, Airbus a alerté, on est passé par les députés et les sénateurs qui eux-mêmes ont écrit des lettres de soutien, par le préfet... On nous a répondu "on ne peut rien faire" ! C'est une industrie invisible, sans syndicat bien défini, qui ne fait pas de lobbying... Dans ce courrier, on a aussi fait la proposition d'alléger nos charges, d'avoir accès au dispositif de chômage partiel - mais le "quoi qu'il en coûte est fini" - ou de reporter les échéances de PGE... Mais nous n'avons pas eu de retour ! »
Le vice-président en charge de l'économie à la Région Occitanie, Jalil Benabdillah, est aussi chef d'entreprise (SDTech à Alès) et c'est lui qui a créé le mouvement Leader Occitanie. Il se dit donc très sensible au sujet.
En attendant, les entreprises tentent de trouver des solutions. Avec Leader Occitanie, Maryam Bini a émis l'idée d'un groupement d'achat : « On essaie de monter un groupement d'achat pour acheter des composants en gros parce que certains fournisseurs nous demandent de les acheter par bobines, soit 5.000 à 10.000 pièces sur une bobine quand nous, on a besoin de 1.000 pièces. L'objectif, ce serait d'acheter beaucoup et moins cher. Il faudrait le faire à l'échelle nationale mais qui pour porter ça ? ».