Crise des composants électroniques : Becker Electronique tire la sonnette d’alarme

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTE. Comment une petite entreprise française peut-elle se faire entendre sur le marché mondial de l’électronique en cette période de crise, où les valeurs qui prédominent sont : la souveraineté nationale et la priorité aux grands comptes ? Confrontée à ces défis, Becker Électronique, située à Beaucourt, en territoire de Belfort, raconte ses difficultés à survivre.

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(Crédits : Becker Electronique)

« Il ne s'agit pas simplement d'une crise des semi-conducteurs, nous vivons une crise de tous les composants électroniques ! », insiste Jean-Paul Leroy, directeur commercial chez Becker Electronique. Une situation très tendue pour la filiale du groupe Beckers Avionics, spécialisée dans la réalisation de cartes, de produits ou de systèmes électroniques. « Notre métier consiste à acheter des circuits imprimés et des composants pour réaliser des cartes électroniques à destination de l'aéronautique, du médical ou des industriels », explique Jean-Paul Leroy. Du jour au lendemain, un des fabricants chinois qui lui livrait 8.000 pièces par an, n'a plus souhaité lui vendre ses produits. « Pour lui, j'étais une goutte d'eau. Il vendait 10 millions de pièces par jour ! C'est un peu comme si j'allais au marché pour acheter un radis sur un stand de légumes... », confie Jean-Paul Leroy. Heureusement, pour Becker Eletronique, la maison mère Beckers Avionics disposait d'une agence à Taiwan qui a négocié avec le fabricant chinois. « Aujourd'hui, la spéculation n'est plus sur les distributeurs mais sur la véracité des stocks. Les fabricants n'ont tout simplement plus envie de vendre aux petites structures », remarque Jean-Paul Leroy.

carte CMS montée automatiquement

Gestion des approvisionnements : Becker mise sur les brokers

80% de la production mondiale électronique vient de Chine, selon le syndicat national de sous-traitance électronique (SNESE). Une partie est également fabriquée aux États-Unis. « Que ce soit avec les Américains ou les Chinois, il faut payer à la livraison. Dans cette période de pénurie, quand vous trouvez des composants, vous ne discutez pas les conditions ! », confie Jean-Paul Leroy. Ce dernier a déjà fait appel une fois à un fabricant français (ils sont huit sur l'ensemble de l'Hexagone). Résultat, non seulement la qualité n'y était pas, mais le prix était aussi trois fois plus élevé. « Les Chinois ont appris à faire des circuits imprimés et à les faire bien ! », constate-il.

Pour pallier aux problèmes d'approvisionnement, Becker Électronique fait appel à des brokers qui rachètent des stocks de composants. Toutefois, même eux ont du mal à trouver des composants. « Le marché est réparti entre les fabricants et les gros distributeurs. Si vous n'êtes pas dans la nomenklatura, c'est compliqué de négocier car les commandes sont liées aux gros volumes », souligne Jean-Paul Leroy.

Conséquences : l'entreprise a dû allonger fortement ses délais de livraison. Par exemple, Becker Électronique livre des cartes électroniques de la taille d'une boite d'allumette à une entreprise de Besançon. « La carte électronique est composée d'un circuit imprimé et notamment de deux amplificateurs radiofréquences. Ce qui fait le prix de la carte, ce sont : le circuit imprimé qui coûte 150 euros et les deux composants. Avant le Covid, j'achetais ces deux composants 60 euros la pièce et j'avais 28 semaines de délais. Aujourd'hui, ils valent 250 euros la pièce et j'ai 60 semaines de délais. Les prix ont été multiplié par quatre, et encore cela reste raisonnables pour ceux-là, car certains composants peuvent être multipliés par dix », témoigne Jean-Paul Leroy. En attendant, la trésorerie de la PME diminue de jour en jour car le sous-traitant paye à la livraison des composants mais ne facture qu'à un an. Sachant que pour un chiffre d'affaires d'environ 3 millions d'euros par an, 600.000 euros sont consacrés au stock.

Vue d'ensemble de l'usine

Et après ?

Pour Jean-Paul Leroy, la question est : « Quand est-ce que cela va s'arrêter ? ». Ce dernier ne voit pas l'avenir de manière très positive pour plusieurs raisons. La première est que « la Chine ne retrouvera pas son rythme de croisière d'avant Covid tout de suite », pressent-il. La seconde est que la France n'est pas en position de pouvoir car elle a perdu l'outil industriel et les savoir-faire. « Il ne suffit pas de créer juste une ligne de production de semi-conducteurs, si nous ne disposons pas des autres composants, nous ne pourrons pas fabriquer de circuits imprimés », souligne Jean-Paul Leroy. Enfin, les autres problèmes relèvent de la géopolitique. Pour Jean-Paul Leroy, « il faudrait organiser le rapprochement de ce qui a toujours été historique : la France et la Russie, trait d'union entre l'Europe et la Chine. »

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