L'Australie victime du succès de sa prime à l'isolation des maisons

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(Crédits : BLOOMBERG NEWS)
Le programme écologique national, qui devait permettre au pays de réaliser d'importantes économies d'énergie, va lui coûter par négligence une centaine de millions de dollars supplémentaires.

La chasse au gaspi tourne au gâchis en Australie. Placé sur la sellette par la presse et l'opposition libérale, réunies pour demander sa tête, le ministre de l'Environnement, Peter Garrett, n'a pas eu d'autres choix que d'annoncer le 19 février, « l'arrêt immédiat du programme », reconnu responsable de quatre morts par électrocution et de 93 incendies de maisons à travers le pays depuis son lancement en juillet 2008. Ministre de l'Environnement depuis novembre 2007 à la suite des élections législatives remportées par Kevin Rudd, Peter Garrett est l'ancien leader du groupe de rock Midnight Oil qu'il a quitté en 2002?; il a aussi été membre du conseil international de Greenpeace dans les années 1990.

Ce bilan tragique porte un coup dur à la politique volontariste du gouvernement en matière environnementale. Après avoir poussé le pays à abandonner les ampoules à incandescence en 2008, Canberra a voulu poursuivre l'effort en subventionnant, à hauteur de 750 euros, l'isolation de 3 millions de foyers australiens d'ici à 2011. Une enveloppe de 1,5 milliard d'euros a été débloquée, avec le double objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays et de créer de l'emploi, notamment dans les régions reculées. Avec plus de 1 million de maisons équipées en moins de huit mois, le gouvernement se retrouve aujourd'hui victime de son succès.

160.000 maisons dangereuses

Ce n'est pas le premier dérapage d'un programme lancé « dans la précipitation », selon plusieurs experts. En novembre dernier, Peter Garrett avait déjà dû intervenir pour bannir la pose de certains matériaux isolants en aluminium, qui avait obligé le ministère à contrôler la sécurité de 49.000 maisons.

Pris une seconde fois en «flagrant délit d'incompétence» selon ses détracteurs, le ministre n'aurait pas suivi les recommandations d'une étude mettant en cause dès avril 2009 les dérives du système. Entre les pratiques douteuses d'installateurs improvisés et l'utilisation de matériaux de mauvaise qualité, plus de 160.000 maisons sont aujourd'hui «potentiellement dangereuses pour leurs occupants», d'après les propres chiffres du ministère.

Placé en situation d'urgence, Peter Garrett joue depuis une dizaine de jours au pompier de service, pour tenter d'éteindre au plus vite l'incendie qu'il a lui-même contribué à allumer, en ne prenant connaissance du document que début février. Forcé d'agir, le très controversé ministre a promis dans la foulée, « la mise en place d'un nouveau schéma d'aides, mieux encadré et contrôlé que le précédent ». Une déclaration qui n'a pas renforcé la crédibilité de Peter Garrett, mais qui a reçu l'aval de son Premier ministre, peu enclin à perdre un membre de son gouvernement à quelques mois des échéances électorales. « L'important est de continuer à préparer notre futur », a déclaré Kevin Rudd devant le Parlement.

Les installateurs fustigés

La nouvelle prime, attendue pour juin, s'élèvera à 650 euros et sera directement versée aux ménages et non plus aux installateurs, « devenus le bouc émissaire des politiques », regrettent les représentants des 14.000 professionnels recensés dans le pays et dont les effectifs ont doublé en moins d'un an. Le gouvernement vient de leur accorder 20 millions d'euros pour recaser ceux qui cesseront leur activité. Une somme qui s'ajoute aux 40 millions d'euros que l'État va devoir débourser dans les prochains mois pour contrôler les 20 % de maisons défectueuses.

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