Karine Le Marchand : « On m'a critiquée car j'étais en jupe et pas du sérail »
Propos recueillis par Rémi Jacob

Karine Le Marchand revient le 1er juin avec sa nouvelle émission « Une ambition intime ».
LTD/PIERRE OLIVIER/M6
Propos recueillis par Rémi Jacob

Karine Le Marchand revient le 1er juin avec sa nouvelle émission « Une ambition intime ».
LTD/PIERRE OLIVIER/M6
Le 1er juin, M6 proposera en prime time Une ambition intime, avec au casting Gérald Darmanin, Jordan Bardella, Sandrine Rousseau et Fabien Roussel. Rencontre exclusive avec sa productrice et présentatrice Karine Le Marchand, pas avare en bons mots et coups de griffes !
LA TRIBUNE DIMANCHE — Est-ce une émission people ou bien politique ?
KARINE LEMARCHAND — Ah non, pas people ! Je déteste ce mot, il a une connotation péjorative. C'est un portrait d'une personnalité avec des ponts entre ce qu'elle a vécu et ses idées. La sphère intime influe sur les combats, le nier serait se tromper magistralement ! Si Jordan Bardella n'était pas né dans une cité du 93 avec de la violence en bas de chez lui, mais à Versailles avec des parents médecins, il ne se serait pas construit de la même manière. En cela, oui, c'est une émission politique car découvrir la vie privée permet de mieux comprendre le programme. Elle a révolutionné le genre, c'est un ovni. Nous avons appliqué à la politique les codes du divertissement, avec des musiques à la mode en fond sonore, une lumière et une réalisation très léchées. Depuis, beaucoup nous ont copiés.
Lors de son lancement en 2016, certains journalistes politiques l'ont vivement critiquée, estimant que vous faisiez la com' des politiques...
Ça me fait marrer car ces mêmes journalistes font des biographies avec un maximum de détails intimes. Ils harcèlent les directeurs de cabinet pour obtenir des off croustillants ou une interview. Ça les a agacés que moi j'y parvienne. On m'a critiquée car je n'étais pas du sérail, je n'avais pas la carte. Et puis j'étais sur un canapé en jupe avec des talons. On a dit que j'étais dans le registre de la séduction. Ces remarques misogynes m'ont pas mal énervée, surtout quand elles venaient de femmes. Quelle hypocrisie ! On a le droit d'être féminine et de poser des questions, non ? Quant à mon style d'interview, je suis exactement la même qu'avec les agriculteurs dans L'amour est dans le pré.
On vous avait également reproché de « copiner » avec Marine Le Pen et l'extrême droite. On risque de vous dire la même chose avec Jordan Bardella...
Je copine avec personne et avec tout le monde ! Je suis neutre politiquement. Point. Il ne faudrait pas faire le portrait d'un homme qui a rassemblé 37 % des Français aux dernières élections ? C'est le responsable politique le plus courtisé par les médias, avec cinq demandes d'interviews par jour. Il ne mange pas des enfants au petit déjeuner, que je sache. C'est une erreur de diaboliser quelqu'un car on n'est pas d'accord avec ses idées.
Quelle est votre méthode pour convaincre les politiques de participer ?
On n'a pas eu de refus. Sauf de Gabriel Attal qui n'était pas à l'aise avec le fait de parler de sa vie intime. Après, tout repose sur la confiance. Avec mes équipes, on a besoin que les interviewés nous donnent les téléphones de membres de leur famille ou d'amis pour recueillir le maximum d'infos avant l'entretien. Certains proches sont difficiles à convaincre. Par exemple, ça a été très compliqué de faire participer l'épouse de Gérald Darmanin.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Vous êtes devenue la porte-voix des agriculteurs. Votre « ambition intime » est-elle de faire à terme de la politique ?
Au niveau national, jamais ! Le système institutionnel rend notre pays ingouvernable en l'état. En revanche, quand je serai vieille, je pourrais éventuellement être tentée par un mandat de maire d'une ville, le seul en lien concret avec les gens. Mais pas Paris [rires]. Quant aux questions agricoles, on ne peut pas présenter depuis quinze ans une émission comme L'amour est dans le pré et rester dans sa tour d'ivoire. Plutôt que d'attendre des aides de la France et de l'Europe, j'ai entamé un travail avec cinq grandes marques de distribution pour qu'elles s'engagent à des actions concrètes en faveur des agriculteurs en difficulté. Car les consommateurs sont ceux qui, par leurs achats, peuvent changer le monde agricole.
Votre société de production s'appelle Potiche Prod. Tout l'inverse de vous ?
J'ai toujours joué de ça mais j'espère bien que je n'en suis pas une ! Comment me définir ? Je ne pense pas être naïve, mais je tiens à rester pure. Je ne suis pas une vicieuse. J'estime qu'on peut réussir sans trahir. J'ai une bonne estime de moi, je n'ai aucun problème avec ça, et j'ai toujours voulu m'élever de ma condition d'origine. Mais je n'ai jamais enfoncé quelqu'un ni couché pour réussir. Les filles qui font ça sont celles qui n'ont pas assez foi en leur tête. Après, quand les choses me semblent injustes, c'est vrai que je peux rugir et manquer de diplomatie. Je suis très cash mais pas tordue.
Et vous considérez-vous féministe ?
[Elle réfléchit.] Je ne sais pas trop ce que ce terme veut dire en 2025. Je viens d'une famille de femmes [son père a quitté très tôt la maison] où je ne me suis jamais sentie écrasée par un regard masculin. Je suis aux Grosses Têtes, et je n'ai aucun problème avec la misogynie légère des années 1980, ça peut me faire rire quand c'est de l'humour bienveillant. Mais il y a une réalité qui ne m'échappe pas, c'est celle des inégalités de salaires. Il est hors de question que je sois moins payée que les hommes producteurs ou animateurs ! Je n'ai pas de comptes à régler avec la gent masculine, mais je recrute essentiellement des femmes. Et on ne manque pas de respect à une femme devant moi sans conséquence.
Vous avez manifesté votre mécontentement quand vous avez appris que Cyril Hanouna rejoignait le groupe M6. La colère est-elle aujourd'hui retombée ?
J'ai dit ce que j'avais à dire... Je reste vigilante.
Vous allez prochainement lancer une agence matrimoniale 2.0. C'est pour aider des gens qui vivent moins bien le célibat que vous ?
C'est vrai que je le vis très bien, c'est ça le problème ! Je crois encore à une histoire d'amour mais pas à n'importe quel prix. J'ai peur de perdre ma santé mentale en tombant sur un dingue. Je suis hyper paranoïaque : entre les tromperies, les vies doubles et les mythomanes, j'ai eu beaucoup d'histoires déceptives. Et puis une femme qui gagne bien sa vie, qui est connue et qui a du caractère, ça peut faire peur. Mes amis disent que je suis « surqualifiée » ! [Elle se marre.] La solitude ne me déplaît pas. Mais il y a des millions de gens qui en crèvent. Cette agence lancée prochainement s'adressera aux personnes lassées des applis de rencontre, où l'on se choisit avec un index sur un écran, sans aucune humanité. On proposera des « slow dating » d'une journée entière où les participants, présélectionnés en amont, seront réunis par affinité.
À lire également
Quel est votre rapport avec le temps qui passe, vous qui avez 56 ans ?
Ah bon, je n'ai pas 36 ans, moi ? Je fais tout pour que ça ne se voie pas, je n'ai aucun problème avec le botox et la chirurgie esthétique. Vous savez, il reste très peu de pièces d'origine [rires]. Mais surtout, j'ai une vie saine. Je fais du sport, ne fume pas, bois très peu et m'amuse. Et puis je ne suis pas mariée avec un con, le premier facteur de rides selon moi ! Cette année, sur 52 semaines, je vais animer 35 prime time. À la rentrée, il y aura un documentaire sur l'histoire de l'immigration en France, que j'ai produit. Mais ensuite, j'ai dit à M6 que j'allais faire une pause en tant que productrice pendant deux ou trois ans. Je dois profiter de ma vie. J'ai très peur du moment où je n'aurai plus la même énergie. Ça me fera sûrement un coup quand je passerai la soixantaine. Mais en même temps, quand je vois Demi Moore [62 ans], ça donne de l'espoir !
Propos recueillis par Rémi Jacob