François Berléand : « J’ai des envies d’être président de la République »
Margaux Menu

François Berléand, au Théâtre de la Michodière, à Paris, début septembre.
LTD/Frédéric Berthe pour la Tribune Dimanche
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François Berléand, au Théâtre de la Michodière, à Paris, début septembre.
LTD/Frédéric Berthe pour la Tribune Dimanche
Après des années à inventer des slogans dans la publicité « Et mon Kub, c'est du poulet ? » , celui qui pensait ne pas exister à cause d'un physique trop « normal » découvre le cinéma à 45 ans. Ubiquiste par crainte de la camarde, il enchaîne les rôles, de la comédie au drame, jusqu'au césar du meilleur acteur dans un second rôle en 2000 pour Ma petite entreprise. Fidèle à Paris, il ne se déplace qu'en transports en commun.
Ce jour-là, il arrive avec dix minutes de retard, retard causé par un colis abandonné sur le RER avant de trouver un bus pour le conduire au Théâtre de la Michodière. « Je ne me mets jamais en colère, dit-il, sauf au volant. » Et quand les embouteillages parisiens réveillent sa « maladie de Gilles de La Tourette », on se dit que, entre mythomanie douce et petits excès verbaux, François Berléand n'a jamais quitté le rôle de son propre « malade imaginaire ».
LA TRIBUNE DIMANCHE — À 73 ans, plus de 150 films et 40 pièces de théâtre, ne dites pas que vous avez encore ce sentiment de ne pas exister !
FRANÇOIS BERLÉAND — Si, toujours. Plus je me rapproche de la mort, plus c'est inéluctable. Il y a une pensée qui me calme : quand je n'étais pas né, tout allait bien. Et quand je serai mort, tout ira bien aussi.
Vous préférez être sur scène ou dans la vraie vie ?
J'aime les deux. La vraie vie s'imbrique avec qui je suis et ce que je joue. Quelqu'un m'a dit hier : « Vous êtes atypique. » C'est vrai, je suis atypique. À tel point que si on me dit « qui êtes-vous ? », je ne sais pas quoi répondre.
Certainement pas le fils de l'homme invisible, comme votre père vous l'a balancé maladroitement un jour...
Ou comment une mauvaise blague peut traumatiser un gamin de 11 ans ! C'était lors d'un dîner avec pas mal d'amis de la famille. Je préférais m'évader dans mes pensées plutôt que d'écouter les discussions des adultes. Puis mon père m'interpelle : « Hé oh, c'est à toi que je parle ! De toute façon, toi, t'es le fils de l'homme invisible ! » Et c'est là que mes problèmes de mythomanie, schizophrénie ont commencé...
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Parce que vous l'aviez vraiment cru ?
Bien sûr. Mon père faisait figure d'autorité. Et cet événement est arrivé alors que j'étais en plein échec scolaire. Gaucher contrarié, dyslexique, dysorthographique, dyscalculique... Je ne pouvais pas être « normal ». Je m'inventais des histoires pour ne pas aller bien et j'ai longtemps pensé être trisomique. C'est peut-être aussi pour ça qu'on dit que les comédiens ont une case en moins ou en trop.
Il y a encore une part de schizophrénie ou de mythomanie en vous ?
Surtout avec des amis qui savent que je peux partir loin dans le délire. Par exemple, à chaque pape qui meurt, je me dis : « Et si j'étais appelé comme pape laïque ? » J'avais lu que l'on pouvait être pape sans être cardinal. Parfois, j'ai même des envies d'être président de la République française. Mon projet ? Résoudre les problèmes publics, envahir l'Europe et le monde. Sans tuer personne, juste pour que tout le monde parle français ! À l'inverse de mon père polyglotte, je suis très mauvais en langues. Vous voyez jusqu'où je peux délirer !
Votre père Iosif, Juif ashkénaze né à Chisinau, a suivi ses grands-parents pour s'installer en France en 1926. Que vous a-t‑il transmis ?
Pas grand-chose, malheureusement. Je comprends maintenant pourquoi il ne m'a jamais parlé de son père : il ne le connaissait pas. Mon papa, lui, était d'une pudeur extrême. Quand j'ai fait une analyse, j'ai compris que l'homme invisible ne parlait que de lui. Il a aussi passé toute sa vie à vouloir se faire aimer par ses beaux-parents, qui ne lui ont jamais accordé d'attention.
Pour quelles raisons ?
Parce qu'il était juif, ne travaillait pas beaucoup et était un vrai coureur de jupons. Ma famille maternelle, elle, catholique, était beaucoup plus structurée. Ma mère, c'est l'amour de ma vie. Une femme brillantissime, cheffe d'entreprise, travailleuse et qui nous a donné, à mon frère et à moi, tout l'amour possible et imaginable. Elle est décédée d'une tumeur au cerveau lorsque j'avais 26 ans.
Vous avez vécu douze ans avec Nicole Garcia. Êtes-vous restés proches ?
Lorsque je la croise, c'est avec beaucoup de tendresse. Notre séparation n'a pas été un drame, mais elle a été douloureuse, même si c'était d'un commun accord. Ce furent des années extraordinaires, comme toutes les années passées avec les trois femmes que j'ai aimées profondément. Je vis depuis vingt ans avec Alexia [Stresi, la mère de ses jumelles] et c'est un vrai bonheur. Elle est une formidable écrivaine et elle m'épate chaque jour. Notre vie ensemble est remplie de tendresse et de complicité.
Vous n'avez jamais caché votre soutien pour François Bayrou. Pourquoi ?
Parce que, déjà à l'époque, c'était le seul qui parlait de la dette avec sérieux. Aujourd'hui, je trouve que Bernard Cazeneuve est l'homme politique le plus sensé. La situation financière de la France est catastrophique. Si j'étais à la place de Macron - je repars dans mes délires ! [rires] -, je mettrais le pays sous tutelle du FMI. On n'est quand même pas dans le cas de la Grèce : nous avons 6 000 milliards d'euros d'actifs qui appartiennent aux Français, notamment les assurances-vie, et nos grandes entreprises, même si certaines périclitent.
Ça rassure encore les prêteurs. Il y aurait pourtant tant d'économies à faire sur le budget de fonctionnement. J'ai travaillé dans des théâtres subventionnés, comme le théâtre de Chaillot. Sur une subvention, 80 % partent pour le fonctionnement et seulement 20 % pour la création. Vous trouvez ça normal ? Pas moi. Et puis ces grèves honteuses et interminables... ça me met hors de moi.
Vous regrettez vos propos sur les Gilets jaunes et les antivax ?
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Pour les Gilets jaunes, on a entendu que je disais « ils font chier »... mais ce que j'ai dit avant, personne ne l'a entendu : je les comprenais au début. Sauf que six mois de manifestations qui dégénèrent tous les samedis, ça ne peut pas durer. Pour les antivax, je ne regrette rien. Qu'ils aillent se faire voir, surtout le crétin de ministre de la Santé aux États-Unis [Robert Kennedy Jr].
C'est comment, le dimanche de François Berléand ?
Quand je ne joue pas, c'est un déjeuner avec mes quatre enfants et mes trois petits-enfants. Et le dimanche soir, c'est raviolis. Ma madeleine de Proust.
ℹ️ L'Expérience théâtrale, de Laurent Ruquier, avec Max Boublil, au Théâtre de la Michodière à partir de mercredi.
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