Trois questions à la romancière Agnès Martin-Lugand
Propos recueillis par Anne-Laure Walter

Agnès Martin-Lugand pendant le Festival du livre de Pari, le 13 avril 2024.
LTD/Pierrick Villette/ABACAPRESS via Reuters
Propos recueillis par Anne-Laure Walter

Agnès Martin-Lugand pendant le Festival du livre de Pari, le 13 avril 2024.
LTD/Pierrick Villette/ABACAPRESS via Reuters
Dans ce douzième roman, Agnès Martin-Lugand met en scène une romancière en mal d'inspiration qui va retrouver le chemin de l'écriture lorsqu'elle rencontre Lino, un ténébreux restaurateur d'art brisé par un amour perdu.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Votre héroïne, Rebecca, craint de se perdre entre fiction et réalité puisqu'elle s'inspire d'une histoire vraie qui lui est contée. Est-ce que, vous aussi, vous ne jouez pas un peu avec le feu en prenant une héroïne si proche de vous ?
AGNÈS MARTIN-LUGAND — Je m'étais toujours refusé à écrire sur une romancière, de peur de me retrouver face à un miroir. Il a fallu attendre mon douzième roman pour que ce personnage s'impose à moi. J'ai quand même poussé le vice jusqu'à en faire une ancienne psychologue, tout comme moi ! Quand j'ai terminé l'écriture, c'est devenu une évidence : j'avais affronté mon double. On laisse toujours des traces de soi quand on écrit, et on ne s'en rend pas tout de suite compte. Là, je l'ai fait en conscience. Mais je vais beaucoup mieux que Rebecca ! Contrairement à elle, bloquée face à sa page blanche, j'ai entendu le signal d'alerte. Pendant dix ans, j'ai sorti un roman tous les ans, d'une manière métronomique, et, arrivée au bout du 10e, j'ai commencé à sentir de la fatigue. Si je ne réagissais pas, j'allais me perdre. Heureusement, mon onzième roman, L'Homme des mille détours, ne m'a pas laissé le choix. J'allais avoir besoin de plus de temps et je me suis autorisée à le prendre.
À quel moment Venise s'est imposé à vous ?
J'y suis allée un hiver en vacances avec ma famille et j'ai été totalement envoûtée par la ville. Et lorsque j'ai fini le premier chapitre de ce livre, j'ai eu la conviction que la rencontre initiale devait se faire à Venise. C'était encore plus romanesque, plus fou, car la ville exhale la beauté, la passion, l'absolu... Et plus je me documentais sur les coutumes, le carnaval, les masques, plus je comprenais que Venise allait devenir un personnage secondaire.
Dans ce roman, vous changez de votre traditionnel dispositif narratif en enchâssant un texte dans un autre. Vous vous êtes amusée dans l'écriture ?
À lire également
Quand le personnage de Rebecca est arrivé et que je me suis rendu compte qu'elle allait se remettre à écrire, il y a eu comme un petit blanc dans ma tête. Il n'était pas question qu'elle écrive comme moi. Alors ce n'était plus un, mais deux romans que je devais écrire : le sien et le mien. Ce fut assez vertigineux. Puis il y a eu une forme de jeu qui s'est invitée en construisant le roman. Ça a été une expérience assez fascinante et je dois avouer que j'y ai vraiment pris goût.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Propos recueillis par Anne-Laure Walter