La crise couvait depuis deux ans. Elle éclate aujourd'hui. Entre Henri Giscard d'Estaing, PDG du Club Med depuis plus de vingt ans, et son actionnaire chinois Fosun, qui a racheté le numéro un mondial des resorts haut de gamme en 2015 pour près d'un milliard d'euros, le divorce est désormais acté. Pour le dirigeant de 68 ans, entré au Club Med comme directeur général adjoint chargé des finances et du développement en 1997, avant d'en prendre la tête en 2002, c'est la conclusion d'une bataille menée depuis deux ans.
Le fils aîné de l'ancien Président de la République, maître d'œuvre depuis vingt ans de la stratégie de montée en gamme de l'entreprise fondée par Gilbert Trigano en 1950, a en effet vainement tenté de convaincre son actionnaire de céder une partie du capital - avec une solution clé en mains impliquant bpifrance et Lacoste. Puis de consentir à une introduction en Bourse, alors que Fosun avait retiré l'entreprise de la cote en 2005. Sans succès.
Ce conflit larvé s'était traduit au début de l'année dernière par la nomination d'un directeur financier choisi par Fosun, Andrew Wu. Ainsi que par le départ au printemps 2024 du bras droit du PDG, le dirigeant historique en charge des finances du Club, Michel Wolfovski.
Ardent défenseur de l'évolution vers le haut de gamme du spécialiste des vacances familiales en « all inclusive », Henri Giscard d'Estaing a profondément transformé l'entreprise en deux décennies : 85 resorts ont été fermés et une cinquantaine d'ouverts, pour un ensemble harmonisé de villages cinq Tridents, sans oublier des enclaves de luxe, baptisées « Exclusive Collection ». Le tout réalisé grâce à des investissements massifs, de plus d'un milliard d'euros en vingt ans, répartis entre l'entreprise et ses partenaires locaux.