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OPINION. « Données sensibles : l’électrochoc Trump doit réveiller l’Europe », par Stanislas de Rémur, président de Oodrive

Par Stanislas de Rémur, président de Oodrive

Publié le 13 avril 2025 à 03:21 - Mis à jour le 14 avril 2025 à 08:54

Président de Oodrive, Stanislas de Rémur appelle l'Europe à se réveiller face aux menaces de Trump.

Président de Oodrive, Stanislas de Rémur appelle l'Europe à se réveiller face aux menaces de Trump.

LTD/Christophe Rabinovici

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Face à la menace Trump, l'Europe doit assurer sa souveraineté numérique et protéger ses données sensibles, rappelle Stanislas de Rémur, président de Oodrive.

Non, les agissements de Donald Trump ne doivent pas être perçus comme une menace, mais comme des électrochocs nécessaires pour que l'Europe prenne en main sa souveraineté numérique. Le traitement controversé des documents sensibles par Trump - stockés chez lui, voire prévus pour une bibliothèque présidentielle - illustre une vérité bien connue : la donnée est une arme stratégique et l'Europe dépend encore trop des fournisseurs de clouds américains.

 Le retour de Trump à la Maison-Blanche 
doit nous forcer à agir, et non nous inquiéter. L'Europe a tout ce qu'il faut pour bâtir 
un écosystème numérique souverain, 
mais elle manque de volonté politique 
et économique.

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OPINION. « Quelle réaction de l'Europe face à Trump ? Agir plutôt que subir ! »

« Un pays n'a pas d'amis, il n'a que des intérêts. » rappelait de Gaulle. Aujourd'hui, 80% des données sensibles européennes sont hébergées par des acteurs américains*, soumis au FISA, au Patriot Act ou encore au Cloud Act. Ces lois autorisent les autorités américaines à accéder aux informations stockées par des hébergeurs américains.

En clair : les États-Unis disposent d'un levier d'accès direct à nos systèmes vitaux. Hôpitaux, ministères, industries de défense, établissements scolaires... aucune infrastructure critique n'est à l'abri. Ne pas agir, c'est accepter un affaiblissement progressif de nos capacités industrielles et institutionnelles. Cela pose une menace réelle pour notre autonomie stratégique. En cas de tensions géopolitiques ou de décisions unilatérales de Washington, aujourd'hui plus qu'envisageables, ce sont nos sociétés qui pourraient être ralenties, désorganisées, voire paralysées.

Laisser les clés de nos infrastructures critiques à une puissance étrangère, c'est accepter une vulnérabilité structurelle.

Nous avons déjà tiré ces leçons dans d'autres secteurs. L'Europe refuse d'acheter des armes américaines lorsqu'elle peut produire les siennes. Pourquoi cette logique ne s'applique-t-elle pas au numérique ? Airbus l'a bien compris : son dirigeant appelle l'Europe à cesser d'acheter de l'armement américain lorsqu'elle peut développer ses propres solutions. Nous devons faire exactement la même chose avec nos infrastructures numériques.

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Ce n'est plus seulement une question de cybersécurité : c'est une question de puissance, d'indépendance et de survie économique. Laisser les clés de nos infrastructures critiques à une puissance étrangère, c'est accepter une vulnérabilité structurelle. Le retour de Trump n'est pas un incident de parcours : c'est une piqûre de rappel. Un continent aussi puissant ne peut pas dépendre d'une technologie qu'il ne contrôle pas.

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Droits de douane : Taïwan entame les négociations avec Donald Trump

Plutôt que de subir, l'Europe doit profiter de cette agitation pour affirmer son indépendance numérique. Nous avons une arme puissante : le « Bruxelles Effect ». L'Union européenne a déjà imposé des normes mondiales comme le RGPD, qui est devenu une référence planétaire. Aujourd'hui, le prochain levier stratégique est l'EUCS (European Cybersecurity Certification Scheme).

Cette certification cloud, en discussion à Bruxelles, est une opportunité unique pour garantir que nos données restent protégées par des infrastructures européennes. Mais pour cela, nous devons être ambitieux. Le niveau de sécurité « High+ », qui stipule une immunité totale aux lois extraterritoriales ne doit plus être un choix, mais une exigence minimale pour toutes les données critiques de nos organisations.

Quant à nous tous, les citoyens, il faudrait comprendre que la souveraineté numérique nous concerne tous.

Les entreprises françaises et européennes ont un rôle clé à jouer : elles doivent exiger des gouvernements qu'ils adoptent une approche stricte de la souveraineté numérique. Il est temps de faire entendre nos intérêts pour que l'Europe impose ses propres règles et ne dépende plus des décisions d'une administration étrangère.

Quant à nous tous, les citoyens, il faudrait comprendre que la souveraineté numérique nous concerne tous. Chaque donnée personnelle, chaque service public en ligne, chaque infrastructure critique repose sur des technologies que nous ne contrôlons pas.

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OPINION. « Jumeaux numériques : développer les performances et prédire l'avenir du corps... c'est déjà possible »

L'enjeu ne concerne pas uniquement les données d'aujourd'hui, mais aussi celles de demain. Avec l'essor de l'intelligence artificielle, la maîtrise de nos données sera clé. Si l'Europe ne se positionne pas rapidement, elle sera dépendante des serveurs américains, mais aussi des modèles d'IA développés et contrôlés outre-Atlantique. Nous devons comprendre que cette bataille est une question de puissance géopolitique.

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L'Europe ne doit pas se replier sur elle-même, elle doit se donner les moyens de décider seule. À nouveau à De Gaulle de conclure : « Il faut avoir des alliés, c'est vrai. Et la France donne l'exemple, de la fidélité à ses amis et à ses alliés. Mais il ne faut pas avoir de protecteur. » L'Europe doit devenir maître de son numérique, ou elle continuera d'être un simple marché pour les autres.


* (source : Capgemini, 2024)

Par Stanislas de Rémur, président de Oodrive

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