OPINION. « L’Héritage des Jeux de Paris sera une œuvre collective – ou ne sera pas », par Didier Poulmaire, président de Sport et Citoyenneté
Par Didier Poulmaire

Didier Poulmaire, président de Sport et Citoyenneté
LTD/DR
Par Didier Poulmaire

Didier Poulmaire, président de Sport et Citoyenneté
LTD/DR
Proposer, un an tout juste après l'organisation de la plus belle célébration des sports olympiques que la France n'ait jamais connue, de réduire de 17,6 % le budget du ministère de la Jeunesse et des Sports pour 2026 (la plus forte coupe des ministères) ne pouvait être perçu que comme un affront, pour ne pas dire une provocation, par l'ensemble du mouvement sportif. Et cela n'a pas manqué !
Le constat du désengagement progressif de la puissance publique dans le secteur du sport ne date pas d'hier. Même si l'État et les collectivités restent ensemble le premier financeur du sport français, l'analyse des conséquences de la poursuite de ce désengagement n'a cessé d'occuper le think tank Sport et Citoyenneté qui, depuis maintenant plus de 18 ans, milite activement pour la préservation et le développement de la place du sport dans la société.
Si l'objectif global d'économies est compréhensible dans le contexte budgétaire actuel, diminuer à ce point le budget des Sports va totalement à l'encontre de l'engagement présidentiel de bâtir « une nation sportive », comme le souligne Bruno Jeudy dans son éditorial (« Que reste-t-il de nos JO ? », La Tribune Dimanche du 20 juillet). Ce budget ne représente déjà que 0,2 % du budget de l'État. Ce maigre pourcentage ne saurait tolérer davantage de baisses alors que le sport, rappelons-le, constitue le premier secteur associatif en France, un maillage social inestimable et un outil contre la sédentarité inestimé.
Avec des millions de licencié(e)s, de bénévoles et des milliers de clubs, le sport est un acteur clé de notre bien-être physique et mental, de la lutte contre l'isolement et les fractures sociales. Le sport n'est pas qu'une dépense, c'est un investissement dont les dividendes se mesurent en termes de santé publique, de réussite éducative, d'intégration sociale et de dynamisme territorial.
Pousser des cris d'orfraie risque toutefois de ne pas suffire. Il nous semble que c'est au contraire le bon moment pour mettre en place des solutions innovantes, qui concernent le secteur public (faire naître des synergies interministérielles permettant de mutualiser les budgets) tout autant que le secteur privé. Pensons également à des solutions hybrides associant ces deux secteurs : ce sont des actions concertées du public et du privé qui ont permis le sauvetage du FC Sochaux ou encore celui du Biarritz Olympique...
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Dans un autre registre, la préservation du Pass Sport ne passe-t-elle pas par le renfort d'autres institutions qui concourent à la politique familiale ou à la santé, et qui disposeraient de lignes de crédits non utilisées. Cela n'est pas qu'un vœu pieux, c'est avant tout une volonté politique et nous pouvons compter sur la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie Associative pour y parvenir.
Cette quête d'innovation repose sur la conviction que seule l'intelligence collective permettra d'y répondre. La France a toujours été à l'avant-garde du mouvement sportif international. Notre pays sait mobiliser les ressources humaines et financières, ainsi que les compétences pour faire avancer le sport et pour le moderniser. L'élan collectif est notre force. L'Héritage des Jeux sera une œuvre collective - ou ne sera pas.
C'est précisément tout l'objectif des Conférences Citoyennes du Sport que notre think tank a pris l'initiative d'organiser en décembre 2024 : partager les expériences tant nationales qu'européennes, proposer des solutions innovantes et pragmatiques, reconnecter les politiques sportives aux grands enjeux contemporains, en un mot faire naître l'intelligence collective au service du Sport. Cette Conférence a débouché sur la publication d'un Livre blanc qui formule des propositions concrètes pour ancrer l'Héritage des Jeux de Paris dans la durée.
Deux leviers majeurs ont été mis en évidence, qui doivent à présent faire l'objet d'expérimentations pilotes.
Il s'agit d'abord de mettre en place des contrats locaux en faveur des activités physiques et sportives. Le bloc communal, premier financeur public du sport et gestionnaire de la majorité des équipements sportifs en France, doit devenir le pilier des politiques publiques en faveur de l'activité physique.
Ces contrats locaux, inspirés des contrats locaux de santé, rassembleraient l'ensemble des parties prenantes locales, publiques et privées, engagées en faveur de l'activité physique : collectivités territoriales, clubs sportifs, entreprises de loisirs sportifs, maisons sport-santé, hôpitaux, représentants scolaires et universitaires, acteurs économiques, collectifs d'usagers, etc. Ces contrats définiraient des programmes d'actions partagés, des financements croisés et feraient l'objet d'une évaluation systématique. Leur périmètre inclurait des politiques publiques-socles obligatoires complétées par des actions propres à chaque territoire.
Sport et Citoyenneté préconise également le développement de fonds de dotation territoriaux. Ces structures juridiques réuniraient acteurs privés et publics et permettraient de soutenir le développement de clubs sportifs ouverts et inclusifs, capables d'accueillir une diversité de publics, y compris les plus éloignés, et de répondre aux enjeux des différentes politiques publiques.
Cela implique un accompagnement de ces clubs, présentés comme le troisième lieu de socialisation après la famille et l'école, dans la définition de leurs projets et la mise en relation avec les parties prenantes locales. Disons-le haut et fort : les clubs sont l'avenir du Sport français.
Le premier bilan de ces projets sera présenté lors de la deuxième édition des Conférences Citoyennes du Sport le 9 décembre 2025. C'est une date clé : il s'agira d'éclairer par des retours d'expérience concrets comment, malgré la contrainte budgétaire, des solutions créatives et collectives permettent de préserver, voire d'intensifier, l'impact sociétal du sport. Acteurs publics et privés seront invités à coconstruire de manière pragmatique ce bel Héritage des Jeux de Paris, sans sous-estimer les contraintes économiques, politiques et sociales actuelles.
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Cette baisse brutale du budget des sports est LE signal qu'il fallait pour réveiller les acteurs du monde du sport et les mobiliser, en les invitant à réinventer ensemble le financement du Sport et, si besoin, d'en améliorer encore la gouvernance. Un premier pas a déjà été effectué avec la création de l'Agence Nationale du Sport, et la représentation en son sein du monde économique. A l'heure où leurs investissements sont guidés par les exigences de la RSE, écoutons les entreprises pour renforcer leur envie de venir s'investir dans le sport et de co-construire l'Héritage des Jeux. Le potentiel des ressources financières mobilisables est à la hauteur de ce que le sport peut leur apporter : il est immense.
Le sport mérite mieux qu'un simple débat sur le niveau d'une ligne budgétaire : il mérite d'être reconnu comme un catalyseur de progrès.
Par Didier Poulmaire