OPINION. « Réinventer l'exception culturelle française », par Christophe Girard, membre de la Commission culture
Christophe Girard

Christophe Girard est conseiller de Paris et membre de la Commission culture.
LTD/Joséphine Brueder/Ville de Paris
Christophe Girard

Christophe Girard est conseiller de Paris et membre de la Commission culture.
LTD/Joséphine Brueder/Ville de Paris
Nous avons l'habitude de regarder ce qui se passe aux Etats-Unis avec une longue-vue, qui nous procure l'impression rassurante que cela est lointain et ne nous concerne pas. Ainsi délectons-nous de l'étrangeté de ces Américains (je fus longtemps résident américain) capables de ré-élire haut la main l'ancien président Donald Trump.
Cet aveuglement nous a déjà coûté cher : à ne pas voir que les Etats unis préfiguraient notre futur, nous avons reproduit les aberrations dont nous nous moquions la veille, sans avoir, comme eux , l'excuse d'être les pionniers ! L'obésité, les chaînes d'info en continu, la marchandisation universelle qui n'épargne rien, ni la santé, ni l'espace public, ni les nourritures terrestres, ni les biens immatériels, tous ces désastres annoncés sont là pour nous en imposer l'implacable rappel.
Le sac idéologique ultra libéral des USA que prouve le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, (en assistant à la réouverture de Notre-Dame, il est de facto en fonction), ce sac repose sur une logique bien identifiée : la transformation de toute parcelle restante de bien public en bien privé, en l'occurrence en parts de marché offertes à la concurrence .
Le politique , quand il n'est que serviteur du marché, s'affaire au désossage éventuel de l'Etat, réduit à sa fonction militaire aux frontières et à sa fonction policière pour l'ordre public et les menaces terroristes et mafieuses. Oui, le couple Trump - Musk était imbattable. La Nasa ne dépend-elle pas de Space X ? Le monde se partage dorénavant entre Facebook et X .
Mais posons notre longue-vue pour regarder ce qui se passe aujourd'hui chez nous, en ce mois de décembre des votes des budgets des collectivités locales, villes, départements et régions avec l'annonce fracassante et violente de la présidente de la Région des pays de la Loire, pays de ma naissance, Saumur et de ma jeunesse, lycée David d'Angers, (j'entends déjà « mais de quoi se mêle t il l'ancien Adjoint à la culture de Delanoë et Hidalgo ?»).
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La présidente des pays de la Loire (Horizons, parti d'Edouard Philippe dont on connaît pourtant l'attachement à la culture tout comme son VP Christophe Béchu, maire d'Angers, ville hôte du Festival Premiers Plans et du Quai, Centre dramatique national), se réclamant des demandes compréhensibles d'économies budgétaires d'un premier ministre responsable (PM) et courageux Michel Barnier, face à notre déficit abyssal, mais qui n'est plus PM, a réussi à faire voter une baisse de 75 % des subventions aux associations dont le Planning familial, gravissime erreur idéologique, et festival, théâtres etc...
Franchement, personne ne nous avait préparés à un tel négationnisme culturel. Tous les responsables culturels sont capables de comprendre que les finances du pays sont très mauvaises et qu'il faut repenser les charges et les coûts de tout organisme et institution. Mais la brutalité et l'aveuglement ne sont pas utiles au débat mais contre productifs. Que se cache t'il derrière cette sortie thatchérienne ? Une volonté de mettre l'État face à ses responsabilités ? Barnier n'étant plus premier ministre, et Bayrou nommé, la présidente de la région aurait pu déjà diviser de moitié sa baisse annoncée ; une ambition personnelle, une de plus pour 2027 ? ce ne serait vraiment pas le moment.
Oui les économies sont possibles mais pas quand elles sont idéologiques, seulement quand elles sont rationnelles. Combien d'établissements parisiens, dont j'ai eu longtemps la responsabilité budgétaire, ont accepté au fil du temps nos discussions et nos réformes et gèrent mieux leurs établissements et sont prêts à affronter les vents contraires budgétaires. Car In fine , ça ne devrait pas être un sujet de droite ou de gauche, la culture étant notre ciment, notre socle commun et la restauration coûteuse et spectaculaire de Notre-Dame en est l'incarnation sublime.
Madame la présidente, il n'est pas trop tard pour revoir votre copie, dès janvier lors de vos vœux de nouvel an, celle du budget d'une Région qui porte une grande responsabilité historique, patrimoniale et culturelle, que l'on doit aux artistes d'hier, d'aujourd'hui et de demain, qui aiment et ne savent que créer pour vivre et respirer et qui ne lésinent pas pour se montrer et se produire auprès des jeunes publics, dans les écoles, dans les Ehpad, dans les prisons, dans les hôpitaux et dans les lieux les plus reculés de nos campagnes . Et quelle vitalité économique en termes d'emplois et de commerces. Sans Festival Avignon ne serait pas Avignon !
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Pensez pour votre réveillon du 31, à du Bellay, Ronsard, Balzac, Bazin, Gracq, au gisant d'Aliénor d'Aquitaine à Fontevraud, à Anne de Bretagne née à Nantes et Jeanne de Laval, morte à Beaufort-en-vallée. Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie, celles du printemps 2025. Notre exception culturelle est un jardin précieux, qu'il faut aimer et soigner avec amour et passion.
Christophe Girard