Chavez, révolutionnaire indexé sur le pétrole

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Robert Jules, journaliste à La Tribune
Par Robert Jules, journaliste à La Tribune.

En remportant dimanche le référendum qui rend désormais possible à un candidat vénézuélien de briguer autant de fois qu'il le souhaite la présidence, Hugo Chavez a pris une option pour la prochaine élection en 2012. Toutefois, d'ici là, l'ancien militaire, au pouvoir depuis dix ans, va devoir affronter certaines difficultés.

L'admirateur de Fidel Castro a su s'attirer les faveurs des classes les plus défavorisées du pays en subventionnant les produits de première nécessité et en développant des programmes d'accès gratuits pour tous à la santé et à l'éducation, sans compter la création de nombre d'emplois publics et l'accession à des logements. Mais cette politique généreuse est étroitement dépendante de la rente pétrolière. Le Venezuela est en effet le septième exportateur mondial et le quatrième fournisseur des États-Unis.

A elles seules, les recettes générées par l'or noir contribuent pour moitié au budget de l'Etat et représentent 90% de la valeur des exportations. Ce contrôle de la manne passe par la compagnie publique pétrolière PDVSA. La société fut d'ailleurs l'enjeu de l'affrontement entre Chavez et ses opposants début 2002, qui s'est soldé par le renvoi de 18.000 techniciens. Conséquence : depuis cette époque, le pays n'a plus jamais extrait les 3 millions de barils par jour (mbj) de fin 2001. Ces derniers mois, la production tourne autour des 2,3 mbj.

Cette perte de parts de marché n'a pas empêché de confortables revenus, passés de 13,3 milliards de dollars en 1999 à 58,7 milliards de dollars en 2008. Durant cette période, le prix du baril a bondi de 12 dollars jusqu'à presque 150 dollars en août 2008. Depuis, il s'est effondré et évolue autour des 35 dollars. Le pire pour l'industrie pétrolière vénézuélienne est que les investissements nécessaires au développement des infrastructures et l'exploitation des nouveaux champs n'ont pas été à la hauteur. Un choix qui pourrait s'avérer catastrophique quand la demande pétrolière repartira à la hausse. Les mauvais jours sont donc à venir, et le "leader maximo" le sait.

Après s'être affiché en hausse de 4,9% en 2008, le PIB devrait accuser une baisse de 3% cette année. Selon la banque Barclays Capital, le gouvernement étudierait une forte dévaluation du bolivar, la devise nationale, ce qui devrait renchérir le prix des produits importés. L'inflation, un cauchemar pour les plus pauvres, tourne déjà autour des 30% l'an, l'un des taux les plus élevés du continent.

Des réductions de subventions aux produits de première nécessité et une hausse des taxes, qui devraient décevoir demain nombre de ses supporters d'aujourd'hui, seraient aussi envisagées. Le mécontentement de la population est d'ailleurs déjà là. Malgré sa défaite au référendum de dimanche, l'opposition trouve un motif de satisfaction à avoir franchi la barre des 45% pour la première fois depuis plusieurs années.

La crise économique pourrait donc favoriser la contestation. Ces dernières années, Hugo Chavez a déjà réduit à la portion congrue l'expression de l'opposition, exercé des pressions sur le secteur privé et écarté nombre de compagnons de route doutant de la voie chaviste. Autre motif d'inquiétude, la corruption endémique. L'ONG Transparency International classe le pays au 158ème rang (sur 180) en matière de gouvernance. En particulier, l'opacité de la gestion du Fonds national pour le développement, abondé par PDVSA, et bras économique de la "révolution chaviste", soulève les soupçons.

Préoccupé par son maintien "démocratique" au pouvoir, Chavez pourrait être tenté par une dérive autoritaire. Dans ce cas, la construction du "socialisme du XXIème siècle" n'aura été qu'un mirage alimenté par le marché pétrolier.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Pauvre Hugo Chavez.Un vrai gestionnaire gére une situation en prenant en compte l'ensemble des variables économiques d'un pays. Or M. Chavez ne fait aucune gestion de la démographie. On laisse "pousser" et on improvise. Il n'a même pas la sagesse d'un oiseau comme le Grand-duc qui ne couve jamais ses oeufs quand la nourriture se fait rare.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Transparency international n'est pas un modele de transparence :

http://serbianwatch.blogs.courrierinternational.com/archive/2007/06/14/transparency-international-une-ong-peu-transparente-premi%C3%A8re.html
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Alors qu'elle devrait montrer l'exemple et être au-dessus de tout soupçon, Transparency Inernational est limite sur bien des sujets.

Elle précise par exemple que ses indices sont issus d'études d'experts; oui, mais lesquels? Pas de précision à ce sujet. Elle met aussi à contribution le point de vue du grand public. Ce qui n'apporte pas de crédibilité et ne permet pas d'étayer ses analyses par des preuves.

Transparency International se concentre sur la corruption du secteur public. Pourquoi ignorer le secteur privé? Le Conseil de l'Europe, dans ses analyses de la corruption, aborde les deux phénomènes; pourquoi ne pas faire de même?

Tous les pays ne sont pas étudiés. La péninsule arabique est oubliée...

Michael Herchman, l'un des fondateurs, a travaillé pour le Département d'Etat américain dans les années 1970, et dirige aujourd'hui un service de renseignement privé.

Daniel Dommel, responsable de la section française, était un proche de Réarmement Moral, une revue datant de la guerre froide et accusée maintes fois d'être à la solde de la CIA.

Malgré tout ça, Transparency International est une référence sur le plan international...

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