Du G20 au G2, vers un duopole Etats-Unis-Chine

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Par Hervé de Carmoy, vice-président de la Commission trilatérale Europe, président du conseil d'Etam, ancien banquier (Chase Manhattan Europe, Midland Bank) (auteur de "L'Euramérique"-PUF 2007).

Certes, le G20 a obtenu des résultats significatifs en matière financière et économique. L'entente des Vingt a contribué à apaiser l'angoisse des classes moyennes effrayées par la baisse des marchés et par la hausse du chômage. Les Etats-Unis notamment entendent noyer leurs pertes financières et industrielles sous un flot de liquidités. Il faut espérer qu'elles permettront avec les réductions d'impôts d'atténuer les effets immédiats de la crise.

Mais rien n'est encore résolu. Il faut désormais élaborer et mettre en ?uvre de nouvelles règles de gouvernance, choisir des axes de croissance et résorber à terme les déficits publics et l'augmentation du chômage. Bref, il faut se réformer. La question devient alors de savoir quelles sont les approches capables d'impulser une transformation de cette ampleur.

Après avoir eu une vision anticipatrice, l'Europe a peut-être manqué un rendez-vous. Ses dissonances internes, notamment avec la Grande-Bretagne sur les questions financières, ont affaibli sa marge de man?uvre face aux intérêts particuliers de la Chine et des Etats-Unis. Son impact politique s'est amoindri. Elle a sans doute manqué de réalisme et a été anesthésiée par une vision inexacte des Etats-Unis.

Qui peut douter que le nouveau président américain ne veuille, en priorité, résoudre les problèmes de son pays ? Pour ce faire, il est prêt à mettre entre parenthèses doctrines et politiques traditionnelles. Il nationalise les plus grandes banques de son pays. Il hisse la Chine au rang de partenaire privilégié en Asie. L'Europe est marginalisée et le Japon est relégué au deuxième rang des alliés américains en Asie.

Le Japon, malgré sa puissance économique et son budget militaire, s'est pour un temps replié. Il puise dans ses réserves profondes pour compenser la baisse de 45% de ses exportations, la chute de la Bourse de Tokyo et donc la contraction des fonds propres de ses banques. L'alignement sur les États-Unis reste une nécessité avec une Corée du Nord qui joue au trublion nucléaire. En tout état de cause la fonte prévisible de ses avoirs en dollars amoindrit son influence outre-Atlantique.

Qu'en est-il des Etats-Unis et de la Chine ? Le moteur de la croissance américaine connaît une panne grave. La consommation reste faible. Des pans entiers du tissu industriel se délitent. L'industrie financière n'en finit pas de faire remonter à la surface des pertes supérieures à ses fonds propres. Il existe aux États-Unis à tous les niveaux de la société une volonté farouche d'enrayer la crise actuelle, de se redéployer avec succès et d'exercer le leadership mondial.

La Chine protège son taux de croissance. Elle prête massivement à taux zéro à ses entreprises pour faciliter leur stratégie de conquête au moment de la sortie de crise. Mais alors quel est le plus grand risque latent ? C'est celui d'une défiance généralisée à l'égard du dollar. Or, le double déficit américain atteint des sommets alarmants. Les menaces de dérapage au Pakistan, en Iran et en Corée du Nord sont autant de déclencheurs potentiels d'une nouvelle crise financière.

Dès lors, la collaboration avec la Chine devient vitale. La clef de ce magistère à l'échelle mondiale n'est pas militaire mais monétaire. Elle permet le temps long nécessaire pour apaiser un environnement volatil et créer un instrument de substitution partielle au dollar. La Chine et les Etats-Unis ont donc intérêt à agir de concert pour que la parité yuan-dollar s'ajuste avec réalisme. La dévaluation douce du dollar va se poursuivre et permettre aux deux protagonistes de gagner du temps. La Chine peut alors orienter ses usines et ses services vers des activités à plus haute valeur ajoutée. La résorption du chômage devient moins problématique.

La durée est essentielle pour que l'Amérique traite en profondeur sa crise financière, redéploie son économie, crée des emplois pour des millions de nouveaux chômeurs et commence à écrêter sa montagne de dettes. Plusieurs législatures lui seront nécessaires. La collaboration monétaire et économique entre la Chine et les Etats-Unis est une étape pragmatique et volontariste. Elle constitue une mutation lourde de conséquences géopolitiques. Ces deux puissances ont su dépasser leur clivage traditionnel pour privilégier l'action.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
affigeant
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Ne touche pas à mon dollar et je te laisserais ton yuan sous-évalué En plus tu garde Macao et Hong-Kong comme "paradis fiscal" et nous continuons comme par le passé. Ainsi on parlé les 2 Grands!! Pendant ce temps nos "idiots" occidentaux parlèrent eux des paradis fiscaux qui au lieu d'être noirs sont devenus gris. Mais pas en Grande Bretagne où se brasse à Londres 50% de la masse financière de l'U.E. Bravo et très utile ce G20.!!!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Jadis,d'aucuns moquaient un petit riquiquishinger français . Aujourd'hui de la vieille Europe a ressurgi tatarinades don quichotisme autour de ce G20 . Les autosatisfactions des dirigeants politiques n'apaisent pas les angoisses de classes moyennes contraintes à la soumission . Que feront les jeunes ambitieux d'Europe ? Face au duopole Etats-Unis / Chine ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
En gros, après avoir été dans le mur, les EU sont en convalescence pour 12 ans... Mais comme ils n'ont pas vu venir l'overdose de crédit, d'autres choses pourraient encore leur échapper. Notamment l'usage que les chinois vont faire de ce temps. Et la "glasnost" chinoise n'est peut-être pas au programme (lire Sun Tsé).

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