Oui, je suis favorable à la taxe carbone

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(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
La taxe carbone doit être suffisamment élevée pour être efficace. Un mécanisme de bonus-malus permettrait d'assurer une certaine neutralité pour les ménages les plus modestes. Mais elle doit aussi s'inscrire dans une refonte plus large de notre fiscalité.

Depuis plusieurs jours, le débat s'est emballé sur la taxe carbone. Un sentiment de confusion s'est installé à propos de la position des socialistes après l'intervention de Martine Aubry et les déclarations étonnantes de Ségolène Royal, qui commet une grave erreur d'appréciation. Dès lors, je doute qu'elle soit la candidate écologiste qu'elle prétend incarner. Nous devons dire la vérité aux Français et refuser tout populisme dès que l'on touche à la fiscalité. Prenons d'autant plus nos responsabilités alors que le gouvernement s'apprête à dénaturer la taxe carbone tant dans sa finalité que dans ses modalités de mise en œuvre.

Il s'agit, pourtant, d'un enjeu fondamental, sans doute même, à l'échelle de l'humanité, du seul et véritable défi que nous devons affronter?: la sauvegarde de la planète et donc la survie de l'espèce humaine. Progressivement, une prise de conscience a eu lieu et chacun reconnaît qu'il nous faut changer radicalement nos comportements et, au-delà des discours, passer aux actes. La taxe carbone , ou contribution climat-énergie, est un des outils qui doit nous permettre de lutter contre le réchauffement climatique.

Plus le montant de la taxe carbone sera élevé, plus les répercussions seront importantes pour les Français. Le faible niveau, de l'ordre de 14 euros la tonne, décidé par le gouvernement, est loin du seuil proposé dans le rapport du comité d'experts présidé par Michel Rocard et rend difficile les 100 euros la tonne de CO2 en 2030 pour atteindre les objectifs français de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Si on démarre trop bas, cet objectif ne sera jamais atteint et on prend le risque de disqualifier la pertinence de cette mesure fiscale.

La France doit donner l'exemple alors que la plupart des candidats à l'élection présidentielle en 2007, dont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, avaient signé le pacte de Nicolas Hulot dans lequel l'instauration d'une contribution climat-énergie figurait en bonne place. Cette fiscalité doit aussi intégrer, comme le préconisait le Grenelle de l'environnement, ce que semble avoir oublié François Fillon, la consommation d'électricité et notre programme électronucléaire car il ne s'agit pas de se limiter uniquement aux énergies fossiles quand bien même elles seraient la principale source d'émissions polluantes. Nous avons la responsabilité d'inciter aux économies d'énergie car nous savons bien que nous entrons dans une période où les coûts écologiques et sociaux vont frôler le seuil d'alerte.

Il est vrai que ces décisions sont difficiles à prendre car il faut les imposer en pleine crise financière et économique. Il va donc de soi que la taxe carbone doit être à une hauteur suffisante. Mais elle ne doit pas pénaliser les ménages modestes qui sont obligés d'utiliser leur voiture du fait de leur éloignement des centres urbains ou de leur emploi, faute de transports collectifs suffisants. C'est pourquoi, je propose un mécanisme de bonus-malus permettant d'introduire une modulation de la taxation en fonction des comportements, d'avoir des effets redistributifs entre les ménages et de garantir la neutralité d'une telle mesure pour les familles modestes et les classes moyennes. Il faut dans les prochaines semaines se mettre d'accord sur l'évolution programmée dans le temps de son niveau et sur ses modalités précises, comme toujours, le diable peut se nicher dans les détails.

Il ne faut pas que cette taxe apparaisse enfin comme un moyen de remplir les caisses vides de l'Etat et d'être un nouvel impôt déguisé. Elle ne peut se substituer à la suppression de la taxe professionnelle ni être prétexte à un transfert de charges des entreprises vers les ménages. Son produit doit être pour une large part affecté aux investissements nécessaires pour soutenir les énergies renouvelables, la mise aux normes de l'habitat, financer les transports publics ou le développement de véhicules électriques ou propres sur lesquels les constructeurs ont pris du retard.

Je suis persuadé que la taxe carbone doit aussi s'inscrire dans un débat plus large sur le poids des prélèvements obligatoires et la profonde refonte de notre système fiscal qui a tendance ces dernières années à privilégier la rente et la spéculation au détriment du produit du travail. La gauche a besoin de clarifier ses idées sur le subtil équilibre à trouver entre la fiscalité directe et indirecte, la part croissante des ménages et celle décroissante des entreprises, l'injustice insupportable de la fiscalité locale et la prolifération inadmissible des niches fiscales - que la droite ne veut plus réformer - qui privilégient les plus aisés. Je suis convaincu que nous pouvons ainsi convaincre nos concitoyens que la gauche peut demain incarner une alternative crédible à Nicolas Sarkozy qui a multiplié les privilèges et les cadeaux fiscaux aux plus fortunés. Il s'agit pour la gauche de donner un nouveau cap à notre pays et nous savons bien que la réforme de la fiscalité est au cœur d'un changement de politique économique et sociale parce qu'elle contribue à renforcer la justice sociale et l'efficacité économique.

Moderniser notre pensée, bâtir une alliance durable avec les écologistes, dire la vérité aux Français, tenir compte de la réalité du monde et de la société nous obligent, à aborder ce débat avec sérieux et esprit de responsabilité. La confrontation est salutaire, ayons un discours de vérité. C'est ainsi que nous apporterons de l'espoir et de l'optimisme?!

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je ne suis pas sur que Valls est tout a fait tort ! C'est un moderniste et Ségolène Royal une vraie populiste opportuniste.

SP
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Normal, il ne la paiera pas. Chercher l'erreur ???

Il faut qu'il arrête de se prendre pour le centre du monde et sorte de sa crise de puberté.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Pauvre Valls !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Quid de l'aménagement du territoire, de ces petits villages loin de tous commerces, où le véhicule est vital, où il n'y a ni transport en commun, ni tout à l'égout ni gaz naturel, une fois de plus ceux qui ont fait le choix de faire vivre ces villages devront mettre la main à la poche
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Facile à dire pour vous, Monsieur Valls... puisque vous ne serez pas touché!

Cette taxe est tout simplement la porte ouverte à la désertification de nos campagnes, déjà fortement touchées par le manque d'infrastructure. Vous parrlez d'écologie? La première chose à faire ne serait 'elle pas de réaménager le territoire pour optimiser les déplaceent et réduire ainsi les émissions de CO2? Un exemple dans le département de Haute Savoie: le fameux projet de liaison en 2 x 2 voies devant relier Thonon les Bains aux autoroutes A 40 et A 41, afin de fluidifier le trafic, réduire les embouteillages quotidiens, et donc réduire les émissions de gaz à effets de serre, qui n'est pas prêts d'aboutir à cause d'une simple rivalité politique, la région étant dirigé par la gauche, et le département par la droite! Alors, cessez donc de vouloir donner des leçons, balayez devant votre porte, et gardez vos commentaires que je trouve déplacés concernn cette taxe. D'autant que, si nous sommesles seuls à le faire, nous nous pénalisons, et n'empêcherons pas nos voisins d'émettre du CO2. La décision doit être pour le moins européenne, sinon mondiale. Lutter contre les émissions de CO2? Pensons déjà à améliorer notre habitat, notre mode de transport des marchandises tout route pour utiliser le rail et le fluvial, avant de pénaliser l'ensemble de ceux qui, n'ayant pas les moyens d'acheter des véhicules "verts", où étant contraint de posséder un 4x4 pour pouvoir s'assurer de se rendre sur leur lieu de travail en toutes saisons, se verront défavorisés... Et ne me parlez pas de compensation... Le système sera nécessairement générateurs de surcoûts, donc de charge spplémentaire, pour une redistribution qui sera encore une fois injuste. Et ne me parlez plus de socialisme... La montée des inégalités s'est bien accentuée sous des gouvernements prétendument de gauche... A bon entendeur...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Combien avez-vous de milliers d'euros par mois Mr Valls ?
Pour payer ce supplément, entre votre voiture de fonction, vos bureaux chauffés par la collectivité, vos indemnités diverses vous ne risquez rien d'être favorable à une nouvelle taxe. Pour mousser devant les bobos écolos
qui sont dans votre électorat.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Pourquoi la france doit donner l'exemple? Elle a su faire l'effort du
nucléaire, et s'en est bien sortie question émission de gaz.
Aux autres pays d'en faire autant.
NON à cette taxe stupide, et nous voterons utile désormais.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Bravo
Enfin un camarade osant l'impossible : lier impératif écologique et solidarité.
La taxe Carbone de M Sarkozy est un nouvel non événement politique, une autre réformette qui pourrira naturellement dans les cartons de l'administration.
14 euros la tonne ne permettra en aucun cas d'influencer les ménages (pauvres ou riches). Prenons conscience d'une chose : face à la catastrophe environnementale qui nous menace nous sommes tous égaux - pauvres, riches, français, européens, africains...
A l'échelle de la planète notre pays est un ilot de richesse dans un monde de pauvreté. L
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
(suite) la responsabilité qui nous incombe dépasse de loin les traditionnelles joutes politiciennes dont nos démocracies occidentales ont le secret.
Sur ce dernier point, le courage politique de M Valls mérite d'être salué. En se positionnant sur le front de l'honnêteté intelectuelle, en ne dérogeant pas aux impératifs de réalité qui s'imposent à nous, notre camarade redonne à notre famille politique des éclats de lumière qui depuis trop longtemps lui font défaut.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Monsieur VALLS, je ne voterai pas pour vous! IL n'est pas prouvé que nos "élites" aient eu la main heureuse dans la préparation de notre futur; revenez sur terre et proposez-nous une gestion moins CATHOLIQUE et plus respectueuse des électeurs, puritaine en quelque sorte
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Quand on lit les commentaires absurdes et insultants sur la tentative d'un homme politique pour clarifier sa position, on comprend vraiment pourquoi la démocratie est représentative. Si on écoutait vraiment la "base", on ne paierait pas d'impôts le vin serait gratuit et les belles femmes pousseraient dans les arbres. "Normal, il ne le paiera pas" heureusement que la plupart des hommes politiques et leurs staffs ne raisonnent pas de manière aussi simpliste, qu'un homme politique ait envie de se faire élire ou ré-élire c'est concevable, mais arrêtons d'imaginer qu'ils veulent tous s'enrichir, ils choisiraient un autre métier. On pourrait cependant disposer de meilleurs mécanismes de contrôles sur les finances politiques en France, ça il faut le concéder.
Le problème de l'écologie c'est avant tout qu'on commence à faire quelque chose, et ceux qui croient que c'est en une réforme qu'on arrive à satisfaire tout le monde vive vraiment dans (leur) monde où le vin est gratuit et les jolies filles poussent sur les arbres. Vu le nombre d'intérêt contradictoires, de points de vue, de visions erronées (parce qu'on est bien trop tendre avec les français, qui ont toujours un avis sur tout et qui sont en général trop fainéant pour se renseigner correctement) il est évident que la politique se fait par expérimentation. Si l'on veut atteindre l'idéal du premier coup on obtient en général l'immobilisme, une grande spécialité française.
Et arrêtez de conclure vos commentaires par "à bon entendeur"!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Comme disait Coluche, nous sommes tous égaux, mais il y en a qui sont plus égaux que d'autres
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Merci M VALLS de votre article. Oui il faut dire la vérité aux Français.
L'objectif de -23% de consommation d'énergie en 2020 ne se fera pas sans une multitude d'action. Aujourd'hui pour isoler un logement ou installer un ballon solaire pour produire de l'eau chaude tout le monde attend que la rentabilité s'améliore.
Attendre que l'état paye pour nous ces investissements c'est ne rien faire et rater la mise à niveau de notre pays, nous ne pouvons plus attendre la maison brule et il faut agir maintenant sinon nos enfants n'aurons plus notre chance de vivre dans un monde stable et vivable pour l'homme.
Oui à la Contribution Climat et même sur l'électricité, le chauffage électrique est un gaspillage énergétique (d'ailleurs dans les diagnostic énergétique DPE le chauffage électrique à un fort contenu en carbone) je le vois tous les jours dans mon métier de chauffagiste. Oui il faut verser une compensation aux familles modestes ou vivant dans des zones sans transport en commun mais avec condition de ressource.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Oui à votre article M VALLS. La contribution Climat doit nous aider à changer, si nous restons tous avec notre confort et attendons que ce soit les autres qui agissent nous nous retrouverons avec une planète réchauffée de 4 à 7 °C, des réfugiés climatique par centaines de milliers, des mers plus haute plus de camargue ....
Non je ne veux pas de de ce monde égoïste pour laisser la crise à nos enfants. L'impot c'est pour redistribuer la richesse et cela est noble. La contribution c'est agir tous pour inverser la tendance. Oui bien sur il faut aider les familles modestes qui seront sinon les plus mal lotis lorsque le pétrole sera à 200 $ et l'énergie rare. Non le nucléaire ne règle pas tout, c'est un super outil pour la transition que nous devons vivre durant les 20-30 prochaines années mais cela ne sert pas assurer le chauffage électrique donc taxon au moins l'électricité en hiver.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Valls ce que Valls !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
A quand votre prochaine entrée au gouvernement! Car avec votre article même Mr Sarkozy n'aurait rien à en dire! Je propose que vous soyez nommé ministre de l'application de votre proposition qui pénalisera le plus grand nombre au détriment des "masses populaires" qui bénéficient du bouclier fiscal (que Mr Sarkozy ne veut pas remettre en cause).
J'attendais d'un élu de "gauche" une analyse moins sarkoziste et une défense réelle des classes moyennes qui vont être mises à contribution ...encore une fois.
Bon courage
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
" moderniser notre pensée " elle est bonne ! ces socialistes innovent toujours ça doit plaire à Sarkosy car il lui faut un troisième homme ( c'est écrit ) pour consolider les neurones des deux autres. Nous serons les seuls au monde à prétende limiter le co2 à 14 euros -c'est le principe qui est révoltant car les gents aisés continuerons comme avant, les tout-petits revenus remboursés et les moyens souffrirons encore de ce nouvel impôt qui ira en augmentation et dont l'objet forcément détourné dans toutes les dettes de l'Etat. Alors, qu'il faut une organisation de trains au niveau des régions et départements LES RETABLIRE, de cars (moteurs électriques ) fréquents qui relient vraiment les agglomérations des campagnes. Dans les villes des taxis (moteurs électrique ) tout cela réduira considérablement le co2 et puis de marcher deviendra un plaisir et respirer aussi ... peut-être moins de cancers et de pneumonies. Monsieur Valls, j'ai lu avec intérêt votre article, votre couplet aussi à propos des impôts, vos "amis " ont été longtemps au pouvoir rien à changé. Après le guerre 39-45 les métropolitains ont souffert encore de privations de toutes sortes jusqu'en 1948 -notamment l'électricité dont le courant était coupé durant deux heures le matin c'était un gouvernement de gauche et il n'y avait pas d'autre solution pour faire tourner les usines. C' était des socialistes plus proche de la vie de leurs concitoyens : ils pouvaient instituer une taxe ( c'est à la mode ), ils étaient au coeur des problèmes et plus fraternels.

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