Le serment d'Harvard

 |   |  648  mots
Par 
Bertrand Venard, 
Professeur, Audencia, 
Nantes School of Management

Depuis sa création en 2003, le célèbre classement de Shanghai a toujours décerné la palme de la meilleure université du monde à l'université d'Harvard. De même, cette université américaine s'est toujours hissée au premier rang du classement britannique de Times Higher Education. Une telle position de leadership mondial lui confère une position emblématique et impose donc une responsabilité morale. Dans la multiplicité des facultés de l'université de Boston, la Harvard Business School (HBS) est certainement une des institutions les plus prééminentes.

Créée en 1908, elle fut fondée pour former des dirigeants qui ?uvrent pour le bien public. Avec environ 900 diplômés par an, la HBS dispose d'une liste d'anciens qui rassemble le gotha du management mondial. Elle est souvent mise en exergue comme une des meilleures écoles de management avec un pouvoir réel aux États-Unis mais aussi dans le monde. Et avec 100.000 diplômés par an uniquement aux États-Unis, les programmes de MBA, et Harvard en particulier, ont une responsabilité importante dans la formation des élites.

Cependant, la crise économique et financière actuelle a aussi déclenché selon l'avis même de Jay Light, directeur de la HBS, une période intense de réflexion et d'introspection : « Des leçons doivent être tirées de cette crise », déclare-t-il sur le site de l'école. À Harvard comme dans de nombreuses écoles de management, la crise a entraîné le lancement de nouveaux cours d'éthique des affaires, le développement de recherches sur le sujet et des collaborations écoles-entreprises pour élaborer des chartes de responsabilité sociale ou des codes d'éthique.

Ainsi, le management d'Harvard, son corps professoral et aussi ses élèves ont décidé de relever le défi du manque d'éthique de certains dirigeants. En mai 2009, un jeune diplômé, Max Anderson, a mis en place un serment d'Harvard, sorte de serment d'Hippocrate des managers. Alors que l'objectif était de voir 10 % de sa promotion signer le serment, 50 % des diplômés 2009 l'ont accepté. Le serment prend la forme de huit promesses comme « J'agirai avec une totale intégrité et ferai mon travail de manière éthique » ou « J'assumerai les conséquences de mes actes et je présenterai exactement et honnêtement les résultats et les risques pris par mon entreprise » (http://mbaoath.org/). Les critiques le trouvent difficile, pour ne pas dire impossible, à respecter. Ainsi, il n'est pas aisé de concilier la promesse « Je protégerai les intérêts des actionnaires, de mes collègues, de mes clients et de la société dans laquelle nous nous trouvons » et la suivante « Je participerai activement au développement durable au niveau mondial dans ses composantes sociales, économiques et environnementales ». Si un signataire se révèle être un brigand dans quelques années, le serment deviendra alors le symbole de l'hypocrisie des dirigeants. En effet, avec ses promotions importantes, HBS pourrait avoir des brebis galeuses dans ses rangs, qui pourraient ternir le renom de leur école.

Dans un passé récent, l'exemple le plus grave fut peut-être celui de Jeffrey Skilling qui fut le dernier président d'Enron, et qui fut condamné, en 2006, pour fraude et escroquerie. De même un autre ancien, Stan O'Neal a été accusé d'avoir conduit Merrill Lynch à la ruine. En dépit de « pommes pourries » dans l'annuaire des anciens de HBS, il serait naïf de rendre les diplômés d'Harvard uniques responsables de la crise actuelle tant son origine est multiple et complexe. Au final, le serment d'Harvard a au moins atteint un de ses objectifs principaux : créer un débat sur le management, même si, en février 2010, moins de 1.850 personnes dans le monde ont signé le serment d'Harvard, soit moins de 2 % de l'ensemble des diplômés de MBA en une seule année aux États-Unis.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :