Et si l'Europe raflait la mise

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Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

Un curieux phénomène est à l'oeuvre en Europe. Même les plus béats des europhiles admettraient qu'elle traverse une période de basses eaux. Sa nouvelle gouvernance - Van Rompuy président et Ashton haut représentant - ne lui a pour l'instant apporté ni visibilité ni leadership supplémentaires. Parmi les grands pays membres, rien de très encourageant : le nouveau gouvernement de Londres est eurosceptique, Angela Merkel joue perso, Nicolas Sarkozy peine à sauver les apparences d'une impulsion franco-allemande, l'Italie est absente, l'Espagne est à demi suffoquée par la crise et la Pologne expédie les affaires courantes.

Chez les plus petits, c'est pire : la Grèce a failli défaillir, le Portugal, l'Irlande, la Hongrie surnagent à peine, les Pays-Bas et maintenant la Belgique ont voté comme jamais pour des listes populistes. L'euro, monnaie de seize pays, a reculé de 27%, signe d'une crise de confiance sans précédent, avant de se redresser ces derniers jours. L'idée de son explosion a été évoquée un peu partout. Tant de tendances négatives mises ensemble devaient en toute logique tirer l'ensemble vers le bas, sinon par le fond. Or, pas du tout.

L'Europe est en train de mettre sur pied des règles de fonctionnement bien plus coopératives. Le gouvernement économique prend corps sous nos yeux. La convergence réglementaire et fiscale progresse. La disette budgétaire va obliger de fiers pays comme le Royaume-Uni et la France à des rapprochements militaires. En Belgique, le leader indépendantiste Bart De Wever, vainqueur des élections, compte sur une Europe forte pour desserrer l'étau belge qui enserre la Flandre, tandis que les autres espèrent que l'Union européenne continuera à servir de ciment à leur pays.

Paradoxalement, les ferments de la désunion activés par la crise poussent l'Europe à se renforcer. Et en plus, sa production industrielle connaît un rebond record. Bref, la quinquagénaire de Bruxelles ne séduit peut-être personne, mais avec son air souffreteux, c'est elle qui ramasse la mise.

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