À part peut-être Mme Thatcher

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Par Philippe Mabille, éditorialiste et rédacteur en chef à La Tribune.

Vous avez aimé Margaret Thatcher. Vous adorerez le plan d'austérité mis en scène hier par David Cameron qui pourrait bien faire passer la Dame de fer pour une aimable keynésienne. Avec près de 100 milliards d'euros de coupes drastiques dans le budget et près de 35 milliards d'euros de hausses d'impôts, la coalition conservateurs-lib dems britannique promet du sang et des larmes à une population qui a viré sans ménagement un New Labour épuisé par treize ans de pouvoir. La nouvelle révolution conservatrice de David Cameron, au risque de faire craquer plus vite que prévu l'accord politique passé avec les libéraux-démocrates menés par Nick Clegg, donne la mesure de l'angoisse qui a saisi le Royaume-Uni depuis la crise financière.

L'ambition affichée est de diviser par 10 en moins de cinq ans un déficit supérieur à 10% du PIB, le plus élevé d'Europe avec les 12% de la Grèce et, record absolu, les 32% de l'Irlande. David Cameron ne l'a pas caché, il s'agit rien moins que "de sauver le pays de la faillite". Alors que l'Allemagne fait désormais la course en tête en ramenant dès l'an prochain son déficit sous les 3% du PIB, tous les pays européens, membres ou non de la zone euro, sont désormais contraints de rattraper leur retard.

En décidant de frapper vite et fort, le pari britannique donne un spectaculaire angle de vue sur la volonté du gouvernement Cameron d'enrayer le déclin promis à Albion. Pari risqué s'il en est, puisque tous les économistes prédisent que, si ce plan est appliqué dans toute sa rigueur (ce qui est peu probable), il replongera le Royaume-Uni dans la récession, l'empêchant d'atteindre ses objectifs budgétaires.

À moins que... justement, il y ait, dans ce sursaut d'un vieux lion fatigué, les ressorts de l'invention d'un nouveau modèle économique où serait repensée la place de l'État et de la responsabilité individuelle, dans un Occident obligé de réviser en profondeur son modèle social. Un changement majeur dont la réforme des retraites en France ne donne encore qu'un tout petit aperçu.

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