Nouriel Roubini, nouveau docteur Boom

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Par Stéphane Soumier, rédacteur en chef de BFM Business.

Nouriel Roubini a rendu les armes. C'est à Davos qu'il a fait ce qui s'apparente à un "coming out". Je vous résume l'affaire : depuis l'explosion des subprimes, l'économiste Nouriel Roubini était devenu LE gourou qu'il fallait écouter, parce qu'il avait prévu les grandes lignes du mécanisme en chaîne, quasiment jusqu'à la faillite de Lehman. Je n'aurai pas la cruauté de rappeler ce que disait alors Daniel Bouton, par exemple (simple formule, puisque je vais le faire) : "Nous sommes face à l'explosion d'une bulle de crédit considérable, mais en tant qu'établissement nous y sommes peu exposés." Roubini avait compris que les banques seraient emportées. Il y gagna le surnom de "docteur Doom", "docteur Catastrophe', parce qu'il décrivait un scénario apocalyptique qui s'arrêtait, en gros, avec la fin du monde. Je le regardais encore, un peu effrayé, à la toute fin de l'an dernier, sur les chaînes américaines, tailler en pièces nos pauvres plans européens d'économies budgétaires : "La France n'a rien fait en matière de réformes, quand je vois le mal qu'elle a eu avec une réforme des retraites anecdotique, je pense qu'elle n'a que très peu de chances de s'en sortir."

C'est donc cet homme-là qui a rendu les armes, et qui pense maintenant que « la reprise sera sans doute encore plus vigoureuse que ce que l'on peut anticiper [...] si les gouvernements des économies avancées et des principales économies émergentes prennent de bonnes décisions pour contenir les risques négatifs ». En voilà une phrase d'économiste ! Et pourtant, il admet ce qu'il avait jusque-là négligé : les gouvernements ont repris la main. Toute la question, c'est de savoir s'ils ont la capacité de la garder.

J'en finis avec Roubini, parce que les clients avertis de BFM Business m'ont rappelé à l'ordre la semaine dernière : "Vous êtes out ! Roubini est passé de mode depuis des mois aux USA, depuis qu'on l'a vu davantage dans les festivals de cinéma que dans les amphis des universités." Damned ! Sachez, M. Roubini, que si vous avez cédé aux parfums capiteux, vous avez toute ma sympathie. La vie est trop courte ! Je me souviens aussi de ce que me racontait l'économiste Jean-Marc Daniel, à propos des prévisions de la crise de 1929. Le grand économiste du moment s'appelait Irving Fisher, il n'avait rien vu venir. Il y avait d'ailleurs perdu beaucoup de sa fortune, mais en était arrivé à la conclusion qu'il n'aurait de toute façon rien pu faire : les économistes installés n'ont pas le droit de prévoir les crises, disait-il, on les accuserait de les avoir provoquées. Seuls peuvent émerger des "hurluberlus" (c'est lui qui parlait comme ça), qui finissent par avoir raison à force de prévoir le pire.

J'en finis avec Roubini pour me concentrer sur sa conversion. La question qu'il pose, c'est de savoir si, d'une croissance américaine un peu plus vigoureuse jusqu'à la première émission obligataire réussie du Fonds de stabilisation européen, on voit se dessiner enfin la sortie de crise. Une heure passée avec l'économiste Daniel Cohen aurait dû me vacciner contre l'optimisme : "L'ébauche de croissance américaine sera rattrapée par l'ampleur des déficits, et votre Fonds de stabilisation européen n'est qu'une tartufferie destinée à masquer l'impuissance européenne." Voilà ce qu'il me disait vendredi. Et je veux pourtant retenir un autre avis, celui de Frédéric Gabizon, responsable du marché primaire obligataire chez HSBC.

C'est lui (avec deux autres banques) qui a organisé cette émission obligataire européenne, il a vu le carnet d'ordres se remplir de 44 milliards d'euros d'ordres d'achats en moins d'un quart d'heure. Il n'en est pas encore revenu, et en tire la conclusion que les forces financières les plus puissantes de la planète veulent à tout prix stabiliser le système. Il me dit qu'on a, au moins, gagné un peu de temps.

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