Joachim Dupont, le financier rassembleur

Perrine Créquy

Perrine Créquy
Il s'investit sans compter pour financer les débuts de jeunes entreprises innovantes. Joachim Dupont, 26 ans, passe l'essentiel de son temps au bureau, en rendez-vous et autres négociations. Et, pour autant, le président de la plateforme de financement participatif Anaxago affiche un sourire franc et serein.
Posé et percutant, ce diplômé de master en management-finance à l'université Paris-Dauphine a déjà entamé sa diversification. Depuis un an, Anaxago, qui était initialement réservée aux projets dans les domaines de l'innovation et de la santé, propose aussi aux investisseurs individuels de participer au financement d'opérations immobilières.
L'homme est ouvert, affable, mais intraitable quand il s'agit de sélectionner les dossiers candidats à une opération de financement participatif via sa plateforme. Il veille à bien cibler les opérations qu'il promeut.
À la fin de son tour de table, l'entreprise accompagnée aura versé à Anaxago 5.000 euros de frais et une commission de 3 à 5% du montant levé.
Parmi ces heureux élus qui ont été présentés aux investisseurs, Joachim Dupont cite « Wandercraft, qui fabrique des exosquelettes incroyables, e (ye) Brain, qui conçoit un casque révolutionnaire pour un diagnostic précoce des maladies neurologiques, ou encore le réseau collaboratif féminin Mes Bonnes Copines, qui a été l'un de nos premiers projets ».
C'est avec deux bons camarades de Dauphine, Caroline Lamaud et François Carbone, que Joachim Dupont s'est lancé dans l'entrepreneuriat. Ce natif de Honfleur a grandi à Cannes entouré de commerçants et d'entrepreneurs. Mais c'est vers la finance qu'il s'est tourné après son baccalauréat, quand il a « choisi Dauphine plutôt qu'une classe prépa, pour entrer tout de suite dans le concret ».
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Pendant ses études, entre deux jobs d'étudiant - serveur ou développeur commercial dans une agence immobilière -, il a mis les mains dans le cambouis en tant que contrôleur financier chez Axa Corporate Solution.
Après un an dans l'assurance et son master en poche, il a intégré « la finance traditionnelle » - de marché - chez Lazard, au sein du service marketing et communication.
Joachim Dupont aime refaire le monde avec ses anciens camarades de promo. Ils commentent les accusations de manque de transparence dans la finance, ils évoquent « le nouveau modèle de réussite, l'entrepreneur, qui commence à supplanter le trader, après le golden boy et le patriarche industriel », et se piquent de curiosité pour cet ovni appelé MyMajor-Company.
Après un an de développement, Anaxago entre en service. Aujourd'hui, la société compte 15 collaborateurs recrutés à la sortie de l'école et formés en interne, 625.000 euros de chiffre d'affaires en 2014, et une croissance de 30% par an.
Quand il s'agit d'aller vite, il est convaincu que l'union fait la force. Il laisse ses équipes gérer la responsabilité de leurs portefeuilles. Et, pour faire connaître le financement participatif aux épargnants et aux institutions en France, lui et son associé François Carbone ont réuni les acteurs du financement participatif - y compris les concurrents - au sein de l'association Finance participative France, lancée en mars 2012. Thierry Chevalier, dirigeant du cabinet CompinnoV, est l'un des membres fondateurs du mouvement :
Un de leurs objectifs était d'obtenir une révision de la réglementation de l'AMF alors en vigueur, qui de facto limitait à 150 le nombre d'investisseurs sur un même projet. Après un an et demi de conférences et colloques, leur cause a été entendue par Fleur Pellerin, alors ministre déléguée à l'Innovation, qui a ouvert des assises de la finance participative, réunissant 600 participants, et aboutissant un an plus tard à un décret remodelant le cadre législatif. C'est à cette époque que Joachim Dupont a sollicité Yvan-Michel Ehkirch, de CapDécisif, pour devenir cogérant du Fonds régional de co-investissement de la région Île-de-France. « Joachim Dupont m'a tout de suite fait l'impression d'un leader. Il a de grandes capacités de travail et de l'opiniâtreté. »
L'association Finance participative France poursuit le dialogue avec le ministre de l'Économie, lors des deuxièmes assises de la finance participative, en décembre dernier, et avec les épargnants, notamment lors de la Fête du crowdfunding, début juin.
Il s'adresse à tous les publics, des étudiants de Sciences Po auxquels il donne des cours, aux cadres de grands groupes qui viennent se former auprès de lui.
Il a investi lors de la première - et unique à ce jour - levée de fonds d'Anaxago, réalisée via la plateforme en septembre dernier.
À terme, ce marché pèsera « 2,2 milliards d'euros, soit 1 % de l'épargne des Français, contre 130 millions aujourd'hui ». Et il compte bien s'y faire une place de premier ordre.
MODE D'EMPLOI
- Où le rencontrer ? Lors d'un événement sur le crowdfunding. « Le financement participatif m'intéresse beaucoup. Je prends part à de nombreux colloques. Mais vous pouvez aussi me rencontrer dans nos locaux, dans le 1er arrondissement de Paris. »
- Comment l'aborder ? Positivez. « Prenez le temps de demander comment ça va, de dire que vous êtes heureux de cette rencontre. Et, bien sûr, partagez votre aventure. »
- À éviter ! Broyer du noir. « Les gens qui n'ont que des problèmes et qui n'explorent pas de solutions sont énergivores. Or, mon agenda est très rempli... »
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TIMELINE
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