Vu de l'étranger, le débat idéologique sur les nouveaux programmes du collège

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La massification des années 1980 s'est faite avec un consensus national inexistant et des finalités floues.
La massification des années 1980 s'est faite avec un consensus national inexistant et des finalités floues. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
S'agit-il de corriger les inégalités sociales ou de sélectionner les élites ? Les finalités de notre système éducatif sont ambiguës. A l'image du concept de «l'excellence pour tous», emblème de l'impossible synthèse française... Le débat d'opinions a montré sa stérilité, place à un débat fondé sur l'information.

Peu après l'introduction du projet de réforme des nouveaux programmes au collège (le cycle 4, soit les classes de 5e, 4e et 3e), une amie enseignante a posté sur un réseau social le petit texte suivant :

"Je trouve que rendre non élitiste les enseignements faits dans les collèges publics républicains est une bonne idée. Nous travaillons pour tous les élèves, et il faut urgemment se démener pour les élèves qui sont en difficulté. La remise en cause est nécessaire. Il n'y a pas de caste d'intouchables en France, surtout pas pour nos élèves."

Cette remarque, fort louable, représente bien ce que pense une partie de l'opinion française.

Consensus national inexistant et finalités floues

Au contraire, une autre partie de la population voit dans cette réforme une menace pour l'enseignement allant dans le sens des mesures qui contribuent, depuis la mise en place du collège unique en 1975, à ce que « le niveau baisse ».

L'idée sous-jacente est que le collègue unique met en danger l'excellence du système et les performances des meilleurs élèves. Ce dernier ne serait donc tolérable que dans la mesure où des filières spécifiques (les classes bi-langues par exemple), des choix d'option, voire des stratégies résidentielles permettent de profiler un peu les groupes d'élèves. Or c'est ce que cette réforme propose en partie de désamorcer.

Ces deux sensibilités opposées contribuent largement au débat sur l'école républicaine, se faisant face dans l'Hexagone sans se comprendre. Certainement car les finalités de notre système éducatif sont ambiguës : s'agit-il de corriger les inégalités sociales ou de sélectionner les élites ?

Cette dialectique constante, dans laquelle l'école est prise, la contraint à ne jamais satisfaire une large part de ses usagers. La massification des années 1980 s'est faite avec un consensus national inexistant et des finalités floues.

L'exemple de la célèbre formule « l'excellence pour tous », qui tente de faire une impossible synthèse française, ne veut ainsi malheureusement rien dire.

Un débat passé au crible des opinions, pas à celui de l'information

Les termes du débat n'étant pas assez posés, les différentes réformes éducatives en France sont passées au crible des opinions et non de l'information. La morale prend le pas sur l'analyse. C'est ce qui a été souligné très récemment par le président du Conseil supérieur des programmes, le géographe Michel Lussault, faisant allusion aux commentaires sur les nouveaux programmes du collège.

Face à ces querelles politiques et idéologiques, il existe un consensus parmi les chercheurs concernant l'apprentissage par disciplines. Ce dernier favoriserait les meilleurs élèves - ce qui est une des caractéristiques fortes de notre système éducatif selon les tests internationaux comme PISA - tandis que l'approche interdisciplinaire est une méthode efficace de lutte contre les inégalités. C'est en plus une démarche qui correspond aux besoins de formations des citoyens de demain. Ces derniers auront à traiter des problèmes complexes dont les entrées et les solutions dépasseront largement le champ des disciplines, agrégats de savoirs encadrés par des limites forcément arbitraires.

Avec les énormes progrès dans le domaine des sciences de l'information et de la communication et la mutation de nos économies, il est plus que nécessaire de former les Français de demain - élites ou non - à de « nouvelles » compétences : savoir penser de manière créative, être capable de résoudre des problèmes, de collaborer, de communiquer efficacement.

La Finlande se lance dans l'enseignement par "sujets"

D'ailleurs, au moment même où l'introduction au collège des EPI (les "enseignements pratiques interdisciplinaires" dont le changement de statut du latin, entre autres, est une conséquence) provoque des passions morales en France, la Finlande abolit les matières disciplinaires.

La Finlande s'est en effet engagée dans une révolution éducative : dès 2020, la contrée scandinave passera d'un apprentissage par matières à un enseignement par sujets.

Il n'y aura plus de mathématiques, d'histoire ou de chimie en tant que discipline mais des sujets d'enseignement spécifiques. Il s'agit donc de passer d'un apprentissage de l'objet à celui des « phénomènes » et des thèmes, moins fragmenté et ayant plus de sens pour les élèves.

Par exemple, au lieu de faire une leçon d'histoire puis de géographie quelques mois plus tard, les élèves auront une leçon sur l'Union européenne traitant des aspects historiques, géographique, sociaux et économiques en même temps.

Face à cela, notre réforme du collège paraît finalement timide : les EPI mettent en place des thèmes définis, mais sur 20% du temps d'enseignement.

Bien sûr, l'approche interdisciplinaire nécessite quelques précautions, notamment celles qui consistent à éviter toute démarche superficielle. Mais au prisme de la comparaison internationale et de la situation française, la piste est intéressante.

Angoisse de la société française devant le dilemme stérile de "l'excellence pour tous"

Et même si les EPI sont éloignés du cas finlandais, les idéologies sont là, parfois radicales. Ce projet de réforme du collège aura ouvert une fois de plus un débat, salutaire mais néanmoins stérile.

D'un côté les tenants d'une école plus traditionnelle, favorisant une mince élite et sa reproduction - une école très bonne pour certains, mais aggravant les inégalités pour d'autres. De l'autre, une école plus tournée vers les besoins de la société de demain, favorisant une plus large part des élèves.

L'angoisse que la société française ressent face à notre système scolaire est le résultat de cette schizophrénie qui ne peut être synthétisée telle quelle. Il est certainement temps pour un débat de fond permettant, espérons-le, de créer un consensus sur ce que doit être notre école.

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Commentaires
a écrit le 04/06/2015 à 10:20 :
Le système éducatif ne marche plus depuis plusieurs décennies, si ce n'est que pour les privilégiés bénéficiant des meilleurs professeurs. Soit il change pour mieux former pour la majorité des élèves, soit l'échec scolaire va s'accroître avec des conséquences sur notre compétitivité mondiale. Mais malheureusement, les français sont des irréductibles conservateurs qui préfèrent garder leur bonnes vielles habitudes....
a écrit le 04/06/2015 à 8:12 :
20% d' heures en moins par matière. La fin des classes à faible effectif (15 élèves) pour ceux qui ont accumulés de gros retards (et qui permettaient de sauver quelques élèves). La fin de l'enseignement des langues mortes (latin et grec). Si c'est pas du concret !
a écrit le 04/06/2015 à 7:51 :
20% d' heures en moins par matière remplacées par des heures d' "interdisciplinarité" où les élèves ne feront pas grand chose et la fin des classes à faible effectif (15 élèves) pour ceux qui ont accumulés de gros retards. Si le latin n'est pas supprimé en totalité, ceux qui veulent en faire en feront 1 heure par semaine ; c'est à dire rien. Bref, c' est la massacre de l' Education Nationale sauce PS. Les socialos travaillent à fabriquer de nouveaux chomeurs, idiots et sans repère, et il faut reconnaitre qu' ils sont très compétents dans ce domaine... mais que ne font ils pas pour se maintenir au pouvoir !
a écrit le 02/06/2015 à 16:15 :
En général les pays étrangers se basent sur ce que raconte l'AFP pour se faire "leur" propre idée de ce qu'il se passe chez nous. C'est dire si c'est fiable...
a écrit le 02/06/2015 à 11:13 :
Interdire aux enfants de savoir lire ou compter au motif que c est injuste car certains ne savent pas c est le summum de l egalitarisme a la francaise
Brillantissime
Réponse de le 03/06/2015 à 15:18 :
Les tests PISA catastrophiques de 2012 montrent la réussite du nivellement par le haut, réalisé par ceux qui ont été 10 ans au pouvoir et qui semblent l'avoir oublié....
Le surréalisme dans l'incompétence...
Réponse de le 04/06/2015 à 8:07 :
Malheureusement, il n'y a pas de nivellement par le haut, mais bien un nivellement par le bas : les enseignats peuvent vous dire que les programmes sont détricotés année après année, et ce n'est pas un scoop : les petits Français ne maitrisent même plus leur propre langue aujourd'hui. Certains parents payent leurs études à leurs enfants (école hors contrat) pour assurer à leur progéniture un enseignement de qualité et exigeant (ex : Hattemer à Paris). Ces écoles, non gérées par l' Education Nationale, vont être appelées à se développer. L' Education Nationale produit aujourd'hui de nombreux chomeurs car beaucoup d'entreprises n' emploieront pas des Français sans qualification à 32€/h en sachant que les Polonais sont à 8€/h. La situation actuelle de l'Education Nationale est de la responsabilité du PS et de l' UMP qui nous dirigent malheureusement depuis 40 ans avec les résultats que l'on connait.
a écrit le 02/06/2015 à 7:20 :
"lutte contre les inégalités" égal "nivellement par le bas", comme tout ce que font les socialistes, ce n'est pas nouveau, sauf pour eux.
a écrit le 02/06/2015 à 6:58 :
L'inégalité est humaine et saine. L'égalitarisme est inhumain et malsain. Impossible de faire monter les moins doués ou moins ambitieux en revanche on peut facilement empêcher les meilleurs d'exceller et c'est ce que l'on fera. La société française perd donc ses talents étouffés ou expatriés. Il en résulte un appauvrissement général. On le sait mais on l'accepte chez les politiciens en place car l'égalitarisme est une religion, une idolâtrie et ça ne se raisonne pas. Le peuple veut de l'égalité et bien il l'aura ! Tout le monde en bas ! ( sauf la nomemklatura du pouvoir )
a écrit le 02/06/2015 à 0:40 :
"L'approche interdisciplinaire est une méthode efficace de lutte contre les inégalités". Fichtre ! Vous avez intérêt à avoir raison... ^^
a écrit le 01/06/2015 à 17:06 :
Rien que cela : "D'un côté les tenants d'une école plus traditionnelle favorisant une mince élite et sa reproduction... Fichtre !!! De l'autre une école plus tournée vers les besoins de demain favorisant une plus large part des élèves ".. De prime abord on serait prêt à miser d'office sur la seconde option ou comment induire le lecteur vers ses propres idées. Sauf que les /mes besoins d'aujourd'hui sont de trouver des jeunes motivés sachant lire correctement, écrire un texte sans fautes, et calculer de tête ou poser une opération simple sans courir dans la voiture chercher une calculette. Le b a ba. Connaître, quand on doit se déplacer dans la région, un minimum de géographie locale. Comprendre rapidement des consignes claires correspondant à son niveau de diplôme. Et souvent malgré un nombre d'années d'étude bien supérieur à celui de ma génération il reste difficile de trouver la perle rare. Je pense que pour l'orthographe la méthode globale des années 80-90 n'a pas arrangé les choses pour cette génération. Mais si l'école traditionnelle qui permettait de rentrer au collège en sachant lire-écrire/compter et d'aller au bac pour se débrouiller ensuite c'est ça "favoriser une mince élite et sa reproduction "...
a écrit le 01/06/2015 à 16:53 :
Pour info la Finlande a démenti vouloir supprimer l'enseignement par discipline (source: le lien proposé ... dans cet article).
a écrit le 01/06/2015 à 16:46 :
Le collège (et le lycée aussi) sont une des premières causes de l'inégalité en France.
Les enseignants y ont créé des classes "d'excellence" dans lesquelles ils mettent... leurs enfants ! Dans ces classes, les profs sont rarement absents, le niveau est bon, et les informations sur les cursus d'études sont bien distillées... Cette ségrégation effectuée par une population majoritairement à gauche dans leur seul intérêt, est assez caractéristique de l’hypocrisie du cors enseignant dans notre pays. Avec la suppression des classes européennes, leurs enfants auront moins de cours de langue, mais on peut être certain que les classes de privilégiées existeront toujours (on a une stat sur la proportion de fils d'enseignants dans les meilleures prépas et les meilleures écoles ?)
Réponse de le 01/06/2015 à 19:47 :
Que les enfants d'enseignants réussissent un peu mieux leur scolarité, je ne sais pas si c'est vrai mais quoi de plus normal ? Je suppose que c'est le cas dans tous les pays. Quand aux stratégies utilisées par les parents pour se faufiler dans les classes "d'élite", elles ne sont pas que le fait que des enseignants, loin de la.

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