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OpinionsLes rencontres d'une étudiante à Pékin

Décrocher son premier job : France, Chine, même combat ?

Photo de Robert Jules

Juliette Boulay

Publié le 29 avril 2016 à 16:09 - Mis à jour le 29 avril 2016 à 16:30

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A force d'entendre parler du miracle économique chinois, on pourrait imaginer que les jeunes diplômés y décrochent un emploi en claquant des doigts. Mais la croissance s'essoufflant, c'est de moins en moins le cas. Au contraire, leurs difficultés rappellent celles des Français.

C'est son dixième entretien d'embauche en six mois, mais ce n'est toujours pas le bon. Wewen* a beau être titulaire d'une licence en communication et journalisme de l'une des meilleures universités de Chine, avoir distribué son cv dans une bonne douzaine de salons d'embauche et passé les différents tests de recrutement d'entreprises publiques comme privées, on ne l'a rappelée qu'une fois. Mais l'entreprise en question ne distribuait pas de visa de travail pour cette Coréenne qui a pourtant toujours vécu en Chine et maîtrise son mandarin sur le bout des doigts. Aujourd'hui, sa seule solution est de franchir la mer Jaune une seconde fois.

Si Wewen est Coréenne, sa situation n'est pas bien différente de celle de plusieurs étudiants chinois que j'ai rencontrés. D'après Joseph Cheng, professeur de sciences politiques à Hong Kong interrogé par la BBC, le taux de chômage réel des jeunes approchait les 30% en juillet 2014 (15% selon les chiffres officiels) et 2,3 millions de diplômés allaient se retrouver sans emploi cette année-là.

« Que veux-tu faire plus tard ? », la question qui ne se pose pas

Dans ce contexte, comme parfois en France, on renonce bien vite à ses rêves. A 24 ans, Renwui s'apprête à quitter sa chambre universitaire pékinoise pour Shanghai, où elle vient de signer un contrat de deux ans pour manager une équipe de vigiles. La connaissant, je suis surprise. Passionnée de théâtre, s'amusant à écrire des critiques de film pendant son temps libre, Renwui ne connaît rien au management et l'avoue elle-même. Actuellement, elle peaufine son mémoire sur Sartre pour clore son master en philosophie occidentale. Quand je lui demande quel est son métier de rêve, elle s'exclame « c'est la première fois qu'on me pose cette question ! ».

Mais sans même parler de rêve, la question « que veux tu faire plus tard ? » a l'air d'être de celles qui ne se posent pas : quasi systématiquement et malgré leurs différents cursus, les étudiants Chinois que j'ai rencontré m'ont dit espérer « travailler pour le gouvernement ». Mais jamais ils ne préciseront un secteur d'activité particulier. Certains avouent d'ailleurs ne pas savoir. Ont-ils trop bien compris que leur rêve serait très dur à atteindre ?

Renwui s'imagine en vidéaste, journaliste ou productrice dans un théâtre. Mais les offres qu'elle a trouvé dans le milieu du spectacle ne lui auraient même pas permis de louer un studio dans la capitale. Comme pour beaucoup d'étudiants, la réalité économique a pris le dessus.

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En effet, si la jeune diplômée s'est résolue à accepter ce job de manager à Shanghai où elle ne connaît personne, c'est surtout parce qu'il lui offrait le précieux permis de résidence d'une des villes les plus demandées de Chine. Donnant accès aux services publics locaux à moindre prix, c'est un véritable gage de stabilité pour toute sa vie et celle de ses enfants. C'est précisément pour ce permis que les autres étudiants interrogés espèrent travailler pour le gouvernement. Une enquête de juin 2015 montre ainsi que la stabilité est le deuxième critère le plus recherché en terme de carrière, derrière l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie de famille, pour une majorité d'étudiants.

« Que veux-tu étudier ? », l'autre question qui ne se pose pas (ou presque)

En revanche, que les études suivies par ces derniers n'aient aucun rapport avec leur premier emploi semble être un détail. Ou plutôt, les recruteurs s'attendent à ce que les nouvelles recrues potassent les bases de leur future fonction d'ici à leur arrivée.

« C'est un vrai problème », m'explique Wangwei, étudiante en relations internationales, qui se trouve à peu près dans la même situation que Renwui. « Beaucoup d'entre nous avons été affectés à des cursus universitaires qui ne nous intéressent pas », déplore-t-elle. Certains, comme Renwui, finissent par les apprécier mais ne peuvent pas trouver de travail dans leur secteur. Les autres, comme Wangwei, persistent à vouloir faire ce qui leur plaît, pourvu qu'ils se forment par eux-mêmes. L'étudiante qui voudrait travailler dans la formation professionnelle passe ainsi ses vacances à enseigner. A croire que l'université en Chine n'a pas de vocation à professionnaliser ?

En réalité, les situations de Renwui et Wangwei sont surtout le résultat d'un système scolaire et d'un début de carrière extrêmement compétitif, qui commence dès la fin du lycée. Quand les étudiants soumettent leurs choix d'université, la sélection du cursus est loin d'être la priorité. « D'abord, j'ai choisi la ville dans laquelle je voulais étudier : Pékin et Shanghai en premier lieu. Puis j'ai choisi l'université, et enfin ma majeure. Au bout du compte, seuls les meilleurs étudiants peuvent étudier ce qu'ils souhaitent », constate Wangwei.

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Ce n'est pas non plus un hasard si les filières les plus prisées à l'université sont l'économie et le commerce : même si les étudiants s'en désintéressent complètement, ils s'engagent dans ces voies qui permettent de trouver un travail un peu plus facilement qu'ailleurs et surtout, qui paient beaucoup plus. Au pays du miracle économique, le métier de rêve des étudiants est donc celui qui permet de gagner correctement sa vie, sans craindre le chômage ni le burn out, et préserve sa famille de tous ses aléas. En Chine comme en France , beaucoup en rêvent.

*Les prénoms ont été modifiés.

Juliette Boulay

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