Le diable s'habille en AA

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Par Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

Dans la longue histoire des coups de pied au cul, ce n'est, généralement, pas le pied le plus coupable. Depuis trente-six ans que la France bénéficiait de la meilleure notation possible, AAA, elle n'a jamais présenté un budget équilibré, lorsque sa croissance le lui aurait pourtant permis ; sa dette n'a fait que gonfler ; et ce n'est pas faire injure aux Français que de dire qu'ils ont collectivement vécu au-dessus de leurs moyens, reportant sans cesse la charge de leurs déficits sur les générations futures. La responsabilité de cette impéritie est partagée par tous les gouvernements qui se sont succédé. Mais, depuis dix ans, c'est que l'on sache la droite et elle seule qui gouverne et, depuis cinq ans, Nicolas Sarkozy qui préside.

Au cours de cette période, force est de constater que la France a décroché comme jamais elle ne l'avait fait auparavant de son principal partenaire et concurrent, l'Allemagne, qui, elle, a fait les réformes nécessaires pour conserver son rang. Impossible donc de ne pas voir dans la dégradation de notre pays autre chose que la sanction d'un mauvais bilan. On peut appeler à la "résistance" contre les marchés, diaboliser la finance apatride ou le complot américain. Cela n'y changera rien : tant que l'on aura besoin de placer des emprunts de l'Etat auprès d'investisseurs étrangers, il faudra accepter le jugement qu'ils portent sur la qualité de la signature de notre pays.

Or, même si la France, désormais notée AA +, conserve la deuxième meilleure note (sur une échelle de 22), la direction prise l'entraîne inéluctablement, si rien n'est fait, vers la seconde division. Europe du Nord ou Europe du Sud : c'est le choix stratégique qui attend les électeurs le 6 mai 2012. En dix ans, d'autres pays, au modèle social guère différent du nôtre (Canada, Suède, Finlande), sont parvenus à retrouver leur AAA. Ce ne peut être l'objectif principal, mais cela peut devenir le résultat d'une meilleure politique économique, sociale et budgétaire que celle qui a été menée jusqu'à présent.

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Commentaires
a écrit le 16/01/2012 à 16:49 :
"tant que l'on aura besoin de placer des emprunts de l'Etat auprès d'investisseurs étrangers"
Tout est dit! Pourquoi a-t-on fait ce choix il y a 40 ans? Pourquoi l'a-t-on gravé dans le marbre dans les traités européens??? Pourquoi la BCE doit-elle être indépendante? Pourquoi la BCE ne surveille-t-elle que l'inflation et pas le niveau d'emploi comme la FED?
a écrit le 16/01/2012 à 8:46 :
Dans les nombreux commentaires qui s'expriment sur le triple A, je note une certaine façon de banaliser la perte du dit triple A qui est fausse. Les Etats unis ont perdu le leur cet été et ils empruntent à des taux trés bas. Mais on omet de dire que la FED aux Etats unis est un préteur en dernier recours. Ce que n'est pas la BCE dans la zone euro. La France est obligée d'emprunter à des préteurs privés. Et leurs taux d'intêrtets ne sont pas ceux d'une banque centrale. La comparaison est donc totalement déplacée.
a écrit le 16/01/2012 à 6:59 :
Excellente analyse confirmée par les dernières tentatives avortées de ce « diable » : TVA sociale, taxe sur la finance, avancée en leader enrobé de stupidité, sachant pertinemment que ce pétard mouillé n'était qu'un acte supplémentaire de cette communication assommante dont il a usé et abusé, en s'imposant, à travers les écrans et les ondes, quotidiennement durant 4 ans et demi ! Lorsqu'on commence un mandat en s'octroyant une relèvement de son salaire de 170%, alors qu'on ne débourse rien pour son train de vie et celui de sa cour, lorsqu'on essaye de placer ses amis et sa famille (EPAD), aux postes rentables alors qu'ils n'ont aucune compétence ni formation adéquate, lorsqu'on offre un bouclier fiscal aux ultras riches qui se fichent de l'acte sachant que ce semblant de retour d'argent ira remplir les comptes de son parti, (affaire Bettencourt qui ne serait probablement pas la seule) etc..., on ne peut certainement espérer être taxé un jour de « beau diable » en costume AA, mais de « diable maléfique », de "sale diable" !
a écrit le 15/01/2012 à 23:23 :
Quel choix strategique avons nous le 6 Mai ? Si Mr Mabille a raison de dire que la gestion de la droite a ete mauvais depuis 10 ans, devrions nous esperer beaucoup mieux des socialistes? Leur programme est inaplicable du fait de la degradation, et si il devait etre applique ce n'est pas AA qui nous attend mais BB-. Le prochain President, quel qu'il soit, devra etre rigoureux, meme pas besoin d'aller voter. Il sera rigoureux mais il ne le dira qu'une fois elu.
a écrit le 15/01/2012 à 22:34 :
Le AAA de la Suede tient notamment a son refus d'entrer dans l'Euro qui lui a donné la souplesse nécessaire a la pérennité de sa prospérité !!!

Le AAA de la Finlande tient largement au poids prépondérant (trop !) d'une entreprise successful de haute techonologie qu'est Nokia (si la perte part de marché devait se poursuivre , on en reparlera ...).


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