Les cinq montagnes d'Arnaud... le matamore

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Philippe Mabille
Philippe Mabille (Crédits : A.Caen)
Mais que peut-il faire ? « Inviter » la famille Peugeot à s'expliquer, c'est bien. Trouver un chemin crédible pour redresser l'industrie nationale, c'est autre chose. Le « pacte productif » sur lequel travaille le gouvernement se mène sur cinq fronts, qui sont autant de montagnes à franchir.

Que peut faire le gouvernement pour sortir par le haut du délitement de l'industrie nationale ? Le décor a été planté mercredi 11 juillet lors de la réunion de la conférence nationale de l'industrie, qui a suivi la « grande conférence sociale » de la veille. Confronté à l'urgence, le gouvernement veut mettre en ?uvre un « pacte productif » dont il a confié l'élaboration à louis gallois, le nouveau commissaire aux investissements d'avenir. L'ancien patron d'EADS rendra son rapport à la mi-octobre. le langage est guerrier. « L'heure de l'action est venue », a affirmé le premier ministre, Jean-Marc Ayrault. et dans un discours hyper-volontariste, Arnaud Montebourg a détaillé les cinq fronts sur lesquels il entend se battre.

Le premier front est celui de la compétitivité. le gouvernement a reconnu la réalité de la question du coût du travail. il veut y répondre par une réforme du financement de la protection sociale. inutile de dire que ce ne sont pas les trois points de baisse du coût du travail chargé envisagé au travers de la CSG sociale (ou autre) qui résoudront le problème.

Deuxième montagne, le financement des entreprises. Arnaud Montebourg bataille avec son collègue de l'économie, pierre Moscovici, pour avoir la main sur la future banque publique d'investissement et sur la mobilisation de l'épargne en faveur de l'industrie et des pme. mais le trésor n'entend pas laisser la banque publique aux mains des régions au risque de financer les brebis galeuses sur des critères « politiques ».

Le troisième front est celui de la « souveraineté énergétique », pour faire de l'énergie bon marché un levier. Arnaud Montebourg a clairement pris le parti du lobby nucléaire et promet de rapidement devenir le meilleur ennemi des écologistes : à l'occasion de la refonte promise du Code minier, à l'automne, il a ouvert la voie à un réexamen de la question de l'exploitation des gaz de schiste, dont regorgerait notre sous-sol. là encore, un défi de taille face à l'opinion.

Quatrième montagne, la recherche et l'innovation, la seule voie crédible à long terme pour regagner de la compétitivité par la qualité et la valeur ajoutée. Arnaud Montebourg veut mieux concentrer l'action de l'état en faveur des pôles de compétitivité, ce qui présage des révisions déchirantes et de dures batailles avec les collectivités locales. il souhaite aussi importer en France le mécanisme américain du programme small business innovation research, qui permettrait de mieux diffuser l'argent public vers les pme innovantes.

Enfin, le cinquième front est celui de la philosophie de la concurrence. Sur le dossier des télécoms, le ministre a affiché la couleur avec Fleur Pellerin : pour relocaliser des emplois en France et empêcher ce secteur d'en détruire avec l'arrivée de Free, il plaide pour un arbitrage différent entre le producteur et le consommateur. La loi Chatel de 2008 est dans le collimateur, ainsi que l'Arcep, le régulateur des télécoms. Pour gravir cette montagne-là, Arnaud Montebourg devra passer sur le corps des associations de consommateurs.

Reste la plus grosse montagne, face à laquelle tous les gouvernements ont calé jusqu'ici?: aucun pacte productif n'est possible s'il ne s'accompagne pas d'un pacte social qui améliore le fonctionnement du marché du travail. Arnaud le matamore veut s'attaquer aux « licenciements abusifs » et jouer la carte du don-nant-donnant avec les entreprises aidées par l'état.
Mais comment définir un plan social abusif, s'agissant d'entreprises privées ?le véritable enjeu est ailleurs, dans la réforme de la culture de la négociation sociale d'un pays qui n'a pas su anticiper, avant qu'ils n'éclatent inéluctablement, les problèmes d'emploi, de surcapacités, de formation et de reconversion des salariés.

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Commentaires
a écrit le 31/07/2012 à 11:10 :
La question de la communication est secondaire, ce qui compte, c'est la nature des actions engagées. Or que voyons nous jusqu'ici à part les rodomontades contre la famille Peugeot: une loi qui favorise les voitures hybrides ou électriques, et une demande d'annulation d'un contrat passé avec une entreprise marocaine pour un centre d'appel. Cela n'aura qu'un effet très marginal et n'est que du protectionnisme déguisé. Le protectionnisme, cela marche jusqu'à ce que les autres fassent des représailles ou jusqu'à ce Bruxelles ou l'OMC s'en mêlent. C'est dangereux et cela n'ira pas loin. Montebourg-le-fanfaron se garde bien d'aborder problème de fond: améliorer la productivité de la France, c'est à dire faire sauter les 35 haures, faire sauter la barrière des 60 ans, baisser les charges pour réduire le coût du travail, réduire la rigidité sociale qui empêche les entreprises en difficulté de réagir à temps. La famille Peugeot, mise en accusation, a en effet commis une grave faute: elle s'est obstinée à produire en France et est devenue ainsi non compétitive. Sa rivale Renault a depuis longtemps délocalisé sa production, et elle fait des bénéfices.
a écrit le 29/07/2012 à 8:28 :
In fine, on ne peut reprocher au gouvernement, ou à M.Montebourg un défaut de clairvoyance, et c'est déjà pas si mal. Mais la communication est très douteuse, car elle rend nos concitoyens encore plus bornés, car elle tend à rendre responsables les chefs d'entreprises, les actionnaires, les banquiers, les investisseurs, tous ceux sans qui l'économie française est morte. Il est vrai que tous ces mensonges du monde politique ne datent pas d'hier, sont communs à la gauche comme la droite, et que la conséquence en est des attentes de nos concitoyens insupportables au premier sens du terme, car non compatibles avec nos performances.
Réponse de le 29/07/2012 à 9:02 :
La communication de ce gvt n'est certs pas parfaite, mais que dire du precedent avec un premier ministre declarant a sa prise de fonction que notre paays etait en faillite et qui a contribuer a l'endetter de quelque 600 milliards, sans parler de NS qui n'avait aucune peine a envisager le sacrifice pour les autres et une augmentation de 140% le concernant. Maintenant l'article est excellent et decrit parfaitement les defis qui attendent la France. La question de fond est celle de la gouvernane et donc du dialogue avec le pays. De mon point de vue le gvt semble en etre conscient et cherche peut etre simplement le meilleur compromis.
a écrit le 29/07/2012 à 7:10 :
Peu importe ce qui pense Montevourg, le PS, Hollande, etc, etc. Ce qui vraiment compte, pour l'emploi, c'est sont les réflexions des entrepreneurs, notamment des TPE et PME. Pour l'instant, le nouveau gouvernement nous fait peur...
a écrit le 27/07/2012 à 15:41 :
Nous sommes revenus 30 ans en arrière. L'époque Tonton a fait reculer la France puis vint la gauche plurielle avec ses néfastes 35 heures. Sous Chirac ce fut du sur place. Ce qui explique pourquoi Hollande est allé rendre visite au devin sans doute pour demander la marche à suivre. ou du moins ne rien faire tout en ayant l'air d?agir.
a écrit le 26/07/2012 à 22:58 :
"mais le trésor n'entend pas laisser la banque publique aux mains des régions au risque de financer les brebis galeuses sur des critères « politiques »." Je crois que tout est dit.Nous n'avons plus la main sur les financements et c'est le fond du problème.
a écrit le 26/07/2012 à 14:15 :
Tant que nous seront gouverner par des irresponsables n ayant produit que du vent la démagogie sera le fil conducteur du redressement productif jamais un chef d entreprise responsable ne
Sera écouter par ces gens la ses
Idées ne sont pas sans doute asser sociales
a écrit le 26/07/2012 à 14:00 :
vient de délocaliser la production de ses voitures Série A en ....Finlande, à Uusikaupunki,
chez Valmet Automobile !
a écrit le 26/07/2012 à 13:50 :
Dans l affaire Peugeot MMontebourg a cherche des coupables et non des solutions. Son action à été minable sur la forme comme sur le fond car inefficace.
Gesticuler n est pas gouverner.
Les entreprises françaises souffrent surtout du manque de visibilité, de gouvernants qui depuis 40 ans vendent du rêve, en défendant l idée que ne pas travailler, ne pas innover, ne pas investir ne pose aucun problème car la France à les moyens de sa politique sociale. C est un énorme mensonge dont la responsabilité est commune à tous les partis, dirigés par des personnes dont la connaissance des entreprises est proche de 0.
Réponse de le 07/08/2012 à 9:39 :
La responsabilité est également partagée par l'électorat qui demande et cautionne ces mensonges.
a écrit le 26/07/2012 à 11:07 :
Montebourre n'a aucun poids face à ce qui est décrit ci-dessus. En matraquant fiscalement toutes les classes, je ne vois comment donner le goût de retrouver le chemin des concessions PSA.
a écrit le 25/07/2012 à 18:29 :
zorro, don quichotte et maintenant le matamore?
mois je pense plutot à fusible
a écrit le 25/07/2012 à 17:23 :
On lit avec plaisir ces choses là........
a écrit le 25/07/2012 à 15:09 :
ses seuls "atouts" sa suffisance !!!!

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