Grèce  : la crise s'éloigne, l'austérité demeure

L'accord signé entre Athènes et ses créanciers européens a permis d'éviter une nouvelle crise de la zone euro, en débloquant une tranche de l'aide financière. Mais la Grèce devra continuer à se serrer la ceinture. Surtout cet accord ne règle pas la question de fond qui oppose certains pays européens, Allemagne en tête, au FMI sur l'allègement de la dette comme préalable à la poursuite de l'aide.
Robert Jules

3 mn

Le ministre des Finances grec, Euclide Tsakalotos.
Le ministre des Finances grec, Euclide Tsakalotos. (Crédits : Reuters)

L'accord préliminaire signé la nuit dernière entre la Grèce et ses créanciers (Commission européenne, Union européenne et Fonds monétaire international (FMI)) a un air de déjà-vu. Comme les précédents, il permet de sortir d'une impasse qui aurait conduit à une nouvelle crise de la zone euro, et surtout de gagner du temps pour préparer... de nouvelles discussions.

En effet, en percevant une nouvelle tranche du programme d'aide de 85 milliards d'euros, la République hellénique va pouvoir honorer en juillet le remboursement de 7 milliards d'euros de dettes, en évitant un défaut préjudiciable aux créanciers. C'est en effet le circuit  habituel, l'Europe prête de l'argent à Athènes qui le redonne à l'Europe (et au FMI).

De là à voir dans cet accord la possibilité de « tourner la page du chapitre de l'austérité pour le peuple grec » comme y appelle Pierre Moscovici, commissaire européen des Affaires économiques, c'est faire preuve d'un (trop) grand optimisme.

Nouvelle réduction du montant des retraites

Car pour obtenir le versement de cette tranche, le gouvernement d'Alexis Tsipras a dû accepter au préalable de voter des mesures d'austérité supplémentaires : nouvelle réduction du montant des retraites en 2019, abaissement du seuil d'imposition qui passe de 8.360 euros à 5.700 euros. Le tout assorti de conditions suspensives de l'aide si ses mesures ne sont pas appliquées. La page de l'austérité est donc loin d'être tournée.

Tout juste si un programme d'accompagnement pour les plus défavorisés a été consenti - à condition de bien appliquer les mesures d'économie -, comportant notamment une enveloppe de 250 millions d'euros pour les enfants les plus pauvres, ou encore une contribution réduite pour l'achat de médicaments pour les plus bas revenus.

Mais l'enjeu de ces négociations est ailleurs. Le pays n'arrive pas en effet à retrouver depuis sept ans qu'il est entré en crise une croissance économique qui puisse lui permettre de s'en sortir. En 2016, selon la Commission européenne, celle-ci s'est affichée à 0,3%. Le pays a le taux de chômage le plus élevé en Europe, à 23,4% l'année dernière. La Commission prévoit qu'il baissera à 22% cette année, et que le pays enregistrera une croissance de 2,7%, des chiffres encourageants, mais qui ne suffiront pas à régler le problème du pays plombé par une dette qui représentait l'année dernière 180% du PIB.

Or, sur ce dernier point, Athènes n'est pas maître du jeu. En effet, depuis plusieurs mois, l'un des créanciers, le FMI, a indiqué qu'il ne participerait pas à une nouvelle aide à la Grèce tant que la question d'un allègement de la dette n'aurait pas été réglée, condition première selon l'institution pour que la Grèce sorte de la crise.

Cercle vicieux

L'accord est également suspendu au feu vert des pays de la zone euro. Les ministres de la zone euro doivent se réunir le 22 mai pour l'entériner. Or, plusieurs pays, Allemagne en tête, posent comme condition au versement de leur quote-part la participation du FMI.

Un cercle vicieux dont le ministre des Finances grec, Euclide Tsakalotos, espère que l'accord permettra de sortir en intégrant officiellement des discussions entre Européens et FMI sur les modalités d'un allègement .

Or celles-ci promettent d'être difficiles, Berlin s'étant toujours opposé à une telle option. Et surtout d'être longues, l'Allemagne étant en campagne électorale en vue des législatives qui se tiendront le 25 septembre prochain.

Finalement, cet accord est conforme à la philosophie des précédents : gagner du temps.

Robert Jules

3 mn

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Commentaires 21
à écrit le 18/06/2018 à 19:13
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C'est le nouveau modèle économique pour mettre a genou les peuples et faire main basse sur leurs richesses ... Le fonctionnement même des banques est une supercherie mis en place dans les années 70 et qui a permis d'endetter les états, peuples .... ...

à écrit le 04/05/2017 à 6:26
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..." la crise s'éloigne ..." ( en Grece )...en voilà un titre à sensation mais pensez vois que celà reflete la réalité ? Vous l'ecrivez vous meme dans votre article : ..." le pays n'arrive pas a retrouver , depuis 7 ans qu'il est entré en crise , un...

à écrit le 03/05/2017 à 14:15
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Première question : quand l'allemagne va-t-elle enfin rembourser la "kolossale" dette de guerre qu'elle a toujours vis-à-vis de la Grèce qu'elle a décimée une première fois en 1940-1945 et une deuxième fois depuis les pseudo-"aides" au pays ? Et deux...

à écrit le 03/05/2017 à 10:46
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Politique absurde. Ça ne marche pas, mais on continue à faire pareil. Il faut annuler cette dette (ou l'étaler sur 150 ans à taux zéro avec des conditions de remboursement en fonction de l'excédent budgétaire si vous préférez), et donner un peu d'ais...

le 03/05/2017 à 11:45
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@Alou: allez, j'achète à crédit 100% une villa avec piscine sur la Côte selon tes modalités, à savoir que ma dette est nulle et non avenue. Mais c'est toi qui paie à ma place, non :-)

le 03/05/2017 à 14:10
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Moi j'imagine bien votre tronche si en allant retirer de l'argent à votre banque on vous dit que vous ne pourrez le faire que dans 150 ans quand la Grèce aura remboursé ses dettes.

le 03/05/2017 à 23:21
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Merci Patrickb d'avoir éclairé mon propos. Vous êtes d'une grande clarté, que ferions-nous sans vous ?

à écrit le 03/05/2017 à 9:56
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Voilà ce qu'il advient lorsque l'on ne procède pas à une dévaluation qui s'imposait !

à écrit le 03/05/2017 à 9:49
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"La crise s'éloigne" ? Mais pour qui ? Pour les banques françaises que les Grecs ont, une fois de plus, sauvées ? Pour la bce qui engrange un fabuleux trésor de guerre sur le dos des courageux Grecs ? Pour certains états voyous, france en tête, qui v...

à écrit le 03/05/2017 à 8:32
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Une fois les elections allemandes passes, il y aura une annulation partielle de la dette greque. Mais c est sur que c est politiquement suicidaire pour Merkel de le faire avant. C est pas tres vendeur de dire a vos electeurs qu ils vont devoir payer ...

à écrit le 02/05/2017 à 19:21
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Se sont bel et bien les banquiers allemands et français qui freinent des deux pieds préférant voir le peuple grec souffrir un peu plus tous les jours plutôt que de renégocier une dette déjà largement payée. Pour l'allemagne a bénéficié d'une annu...

le 02/05/2017 à 22:48
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Non, les banques françaises et allemandes n'y sont pour rien car elles ne sont plus créancières de la Grèce, elles ont accepté un "haircut" pour une partie de la dette et ce sont les états de l'eurozone, au premier rang desquels l'état français et l'...

le 03/05/2017 à 7:17
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La fragilisation de banques grecques, en leur imposant recapitalisation, est bien difficile, car qui va remettre au pot? Pas les banques privées des autres pays, -elles ne sont pas stupides, et si elles ont liquidé leurs filiales, ce n'est pas pour r...

le 03/05/2017 à 8:46
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"A elles deux, France et Allemagne sont exposées à plus du tiers de la dette grecque," C'est bien ce que je dis donc, vous le dites différemment c'est tout mais je vous remercie pour une fois je note votre utilité ça fait plaisir. C'est bien le m...

le 03/05/2017 à 9:53
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Sauf que vous feignez d'"oublier" que la Grèce est entrée dans la zone euro dans le seul et unique but de sauver les banques françaises en perdition. Et que vous "oubliez" aussi que les pseudo-aides à la Grèce ont été imposées manu militari dans le s...

le 03/05/2017 à 10:41
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@citoyen..."A elles deux, France et Allemagne sont exposées à plus du tiers de la dette grecque". Ce sont les états français et allemand qui sont exposés directement au tiers de la dette grecque, et non les banquiers (vos têtes de turc habituelles) f...

le 03/05/2017 à 10:47
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@BH : les banques grecques sont déjà fragilisées parce qu'elles sont "collées" avec des titres de dette grecque qu'elles ne peuvent céder à la BCE. Une solution possible serait que l'Eurozone recapitalise directement les banques grecques (n'oublions...

le 03/05/2017 à 11:15
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"Sauf que vous feignez d'"oublier" que la Grèce est entrée dans la zone euro dans le seul et unique but de sauver les banques françaises en perdition" Sauf que vous vous oubliez que c'est grâce au trucage des comptes grecs via goldman sachs et av...

le 05/05/2017 à 9:33
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"Ce comm là n'est pas de moi mais d'un autre utilisateur du site qui me répondait. Redde Caesari quae sunt Caesari." ET c'est quoi qui me le prouve ? Vous passez votre temps à me harceler tandis que je ne lis jamais vos commentaires mais du c...

le 05/05/2017 à 20:56
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@citoyen "Vous passez votre temps à me harceler tandis que je ne lis jamais vos commentaires"... non seulement vous les lisez mais apparemment ils font assez souvent mouche puisque vous éprouvez le besoin d'invoquer systématiquement contre eux les ci...

le 09/05/2017 à 18:37
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Non je ne lis jamais vos commentaires, sauf ceux que vous m'imposez à savoir quand vous me répondez, comme je suis bien élevé je réponds. Donc je comprends parfaitement que vous ne pouviez pas vous passer de lire les miens, vous devez apprendre b...

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