La dernière goutte de pétrole fait « Pschitt »...

EDITO. Votre Tribune de la semaine. Nous vous proposons chaque samedi ce nouveau rendez-vous éditorialisé, pour y faire le récit de l’époque, comprendre les grandes tendances de l’économie et vous projeter dans l’avenir avec le meilleur de La Tribune et de ses journalistes.
Philippe Mabille

5 mn

(Crédits : Reuters)

Loin du cliché qui voit l'économie mondiale être dominée inexorablement par les géants du numérique, une étude commentée ce vendredi par Robert Jules montre au contraire que ce sont les entreprises les plus « vénérables », les « entreprises seniors » qui dominent vraiment l'innovation. Et, grâce à cela, elles qui résistent le mieux face aux différentes crises séculaires. Notre chroniqueur économique remet au goût du jour l'effet Lindy qui montre qu'une entité qui se conserve à travers le temps accroît sa capacité à augmenter son espérance de vie.
 
Ce n'est hélas pas complètement valable encore pour les humains... Mais pour les entreprises, cela marche, quoique, dans les énergies carbonées, la question mérite attention... Les « vénérables » majors pétrolières survivront-elles aux mutations du temps ? Sauront-elles changer de cap et investir pour entrer de plain-pied dans l'économie décarbonée du 21ème siècle ? En auront-elles le temps alors que tourne le compte à rebours du réchauffement ?

Après des assemblées générales dominées par la question climatique chez Chevron, ExxonMobil, Shell et Total, la semaine a soufflé le chaud et le froid sur les ONG. Jeudi, elles ont salué le jugement du tribunal de La Haye qui a condamné Shell à réduire drastiquement ses émissions de CO2. Une victoire contrariée vendredi par le plébiscite obtenu par Total qui soumettait pour la première fois au vote de ses actionnaires une résolution consultative sur le climat.

D'inspiration anglo-saxonne, à l'image du « Say on pay » (sur les salaires des dirigeants), ce « Say on climate » a été remporté haut la main par Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, nouveau nom de la major française pour incarner son virage industriel. La fureur de Reclaim Finance et de Greenpeace qui avaient activé leurs réseaux pour convaincre les grands investisseurs de voter contre a été à la hauteur de leurs espoirs contrariés, raconte Juliette Raynal qui a suivi cette AG historique.
 
Parmi les minoritaires rebelles, Meeschaert, La Banque Postale Asset Management et CNP Assurances. Les autres, les plus importants, parmi lesquels Amundi ou AXA, ont fait le choix de la Realpolitik, arguant la décision de Total de consulter ses actionnaires sur le climat et d'indexer la rémunération de ses dirigeants sur la baisse des émissions de CO2 en valeur absolue. Si la rebellion chez Total a fait pschitt, il a fallu que Patrick Pouyanné sorte le grand jeu pour convaincre : Total a l'ambition de devenir "une major de l'énergie verte", a affirmé le PDG. Pour atteindre cet objectif, le groupe va investir massivement : renouvelables, technologies de capture et de stockage du CO2, hydrogène... TotalEnergies s'est aussi engagée à ce que le niveau des émissions mondiales dites "scope 3" liées à l'utilisation des produits par ses clients (comme le carburant brûlé dans les voitures ou les avions) soit inférieur en 2030 au niveau de 2015, sans donner toutefois un objectif chiffré. C'est que ce « scope 3 » dépend de nous plus sûrement que d'eux...

Signe que le monde d'avant pointe le bout de son nez, jamais Airbus n'aura prévu de fabriquer autant d'avions, constate Fabrice Gliszczynski. Avec les cadences envisagées pour l'A320 et l'A220, Airbus serait en mesure de livrer largement plus de 1000 appareils au milieu de la décennie, du jamais vu dans l'histoire de l'aéronautique. La route de TotalEnergies, nouveau nom de la major française, vers la « dernière goutte de pétrole » est encore longue.

Autre sujet de préoccupation majeure en cette sortie de crise, des menaces de prédation étrangères planent sur les entreprises stratégiques françaises, souligne Michel Cabirol, qui a écouté l'audition au Sénat du SISSE, le chef du service de l'information stratégique et de la sécurité économiques situé à Bercy, Joffrey Célestin-Urbain. Une parole rare et des propos alarmants.

Bercy qui est aussi sous les feux de l'actualité en évoquant la fin des aides aux entreprises sur fond de déconfinement et de révision du budget 2021. Il faut dire que le déficit de l'Etat va dépasser les 9% cette année a annoncé Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie pour qui "nous sommes arrivés à ce moment de la sortie du 'quoi qu'il en coûte' mais nous le faisons progressivement". Pour comprendre comment l'Etat a financé le "quoi qu'il en coûte" macronien, notre journaliste macro Grégoire Normand a suivi une journée à l'Agence France Trésor, dans les entrailles de Bercy. A la tête de l'AFT depuis 2015, Anthony Requin lui a raconté quelques secrets pour tenir l'équilibre et emprunter le montant record de 260 milliards d'euros l'an dernier avec la crise Covid. « La dette est certes beaucoup plus élevée mais elle coûte beaucoup moins cher », souligne-t-il.

La bonne nouvelle économique de la semaine est venu de la French Tech où la levée de fonds record de ContentSquare, le champion français de l'analyse du comportement des internautes sur les sites web a impressionné notre journaliste Tech Sylvain Rolland. Avec 14 licornes, la France est toujours nettement derrière le Royaume-Uni (37 fin 2020) et l'Allemagne (16 fin 2020). Mais 2021 marque une nette accélération. La Tribune passe au crible ces entreprises extrêmement dynamiques qui seront peut-être le CAC 40 et les « vénérables entreprises » du futur.


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Petit rappel pour celles et ceux qui n'auraient pas encore écouté le replay de notre forum « RSE, le temps des actes, et des preuves ». Il est disponible en Replay sur Spotify.

Vous pouvez notamment y entendre Emmanuel Faber, ancien patron de Danone sur l'entreprise à mission. Et Jean-Dominique Senard et Pascal Demurger sur le lien entre RSE et stratégie.

Philippe Mabille

5 mn

Replay I Nantes zéro carbone

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Commentaires 2
à écrit le 30/05/2021 à 20:41
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Il faudrait repenser nos déplacements ,magasin alimentaire de proximité ,circuit cours ,télé-travail des que cela est possible ,ect..Le e-commerce à changé certaines habitudes ,le confinement a démontré que le travail en distanciel était possible ect...

à écrit le 30/05/2021 à 8:05
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Deja il y a plus de 50 ans on annoncait la fin du oetrole. Rate depuis les tech d'extraction ont changees, les sites de prospections ont fleuris de partout dans le monde. Les camions ont encore de beaux jours devant eux, les bateaux idem et pour f...

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